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11 juillet 2018  Actualités

Au Nicaragua, la crise inquiète les partenaires d’Entraide et Fraternité

La situation est de plus en plus explosive au Nicaragua. Depuis le mois d’avril, plus de 250 personnes ont été tuées dans des affrontements avec les forces de l’ordre. Le départ du président Ortega est réclamé. Les partenaires d’Entraide et Fraternité sont inquiets.

Depuis plusieurs mois, le Nicaragua est en proie à une contestation grandissante qui a dégénéré en émeutes depuis le mois d’avril : les organisations de défense des Droits de l’Homme parlaient le dimanche 24 juin d’un bilan de 250 morts, 2000 blessés et des centaines d’arrestations. Si, au départ, l’enjeu des manifestations était la réforme de la Sécurité sociale, les choses ont complètement évolué depuis : aujourd’hui, c’est le départ du président Daniel Ortega qui est exigé par la rue malgré le retrait de la réforme des pensions. Il faut dire que l’ex-guérillero sandiniste qui avait fait tomber le régime du dictateur Somoza en 1979 est à son tour tenté par la dérive autocratique. Il en est à son troisième mandat consécutif après avoir déjà dirigé le pays de la révolution à 1990. Le dialogue vient de reprendre entre gouvernement et opposition en vue d’avancer les élections de 2021 à 2019.

L’Église joue un rôle de médiatrice dans la crise. La CIDSE, alliance d’organisations de développement catholiques européennes et nord-américaines, dont Entraide et Fraternité est membre, a d’ailleurs récemment rappelé son soutien à la Conférence des évêques du Nicaragua et condamné « la répression violente des manifestations pacifiques ». Un nouveau seuil a d’ailleurs été franchi dans la crise le 9 juillet puisque le cardinal Leopoldo Brenes, président de la Conférence épiscopale, le nonce apostolique, Mgr Stanislaw Waldemar Sommertag, ainsi que plusieurs évêques les accompagnant, ont été pris à partie et malmenés par des partisans paramilitaires d’Ortega à l’intérieur de la basilique San Sebastian de Diriamba (40 km de la capitale Managua).

Sans être parties prenantes du conflit politique, les partenaires nicaraguayens d’Entraide et Fraternité pâtissent de la situation et ne cachent pas leur inquiétude, comme c’est le cas de Leonor Rodriguez, une des fondatrices de La Cuculmeca (active dans le domaine de la souveraineté alimentaire) présente voici peu à Bruxelles pour un séminaire des partenaires de l’association à travers le monde. « En réalité, explique-t-elle, puisque nous sommes à Jinotega, à plus de 100 km de la capitale Managua, où ont lieu les incidents, nous ne sommes pas prioritairement touchés. Au début, la question portait sur la baisse des pensions, les retraités ont été rejoints dans la rue par les étudiants. Nos bénéficiaires étant des petits agriculteurs, ils n’étaient pas concernés. Aujourd’hui que cette réforme a été abandonnée et que la contestation a pour but un changement de régime, nous le sommes encore moins. Pourtant, cette crise nous handicape dans notre travail quotidien. »

De quelle manière ? « D’abord, il y a eu une intensification de la violence depuis quelques temps même dans nos régions, il y a des barricades dans notre ville. Les gens qui, comme nos bénéficiaires, travaillent pacifiquement, en sont évidemment pénalisés. D’abord parce que la crise provoque une augmentation de tous les prix et un retard dans la production ; ensuite, parce que les barricades empêchent les camions d’accéder aux zones rurales pour prendre livraison de la production. Enfin, le programme Droit à l’alimentation est touché car les transactions foncières sont actuellement bloquées et que cela joue fatalement en faveur de l’agro-business. »
Bref, personne n’a intérêt à voir cette crise s’éterniser.





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