logo Entraide et Fraternité
17 janvier 2018  Actualités

Je me suis construite grâce à Entraide et Fraternité

Interview avec Axelle Fischer

Le 19 février prochain, Axelle Fischer prendra ses fonctions de secrétaire générale d’Entraide et Fraternité-Vivre Ensemble.

Aujourd’hui secrétaire générale de la Commission Justice et Paix depuis 2008, Axelle Fischer n’est pas une inconnue pour les membres de nos associations, loin de là, elle siégeait d’ailleurs au Conseil d’administration au titre d’observatrice.

Juste Terre ! : Pour vous, Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble, c’est un retour aux sources ?

Axelle Fischer : C’est effectivement là que tout a commencé pour moi. Dans mon cheminement, je crois qu’il était temps, après 17 ans à Justice et Paix, de voir autre chose et je suis évidemment ravie que ce soit à Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble, qui sont des associations que j’aime et que je connais. J’y ai fait des remplacements dans plusieurs départements en 2000-2001. En réalité, au terme de mes études de journalisme à l’IHECS, j’ai souhaité faire mon stage au sein d’une ONG plutôt que dans une rédaction car je souhaitais profiter de ce stage pour voir si une journaliste pouvait être utile dans le monde associatif. C’est grâce à Entraide et Fraternité que je suis entrée dans ce milieu dans lequel je souhaitais travailler et que j’ai pu développer ma passion pour l’Amérique latine. Je connaissais Entraide et Fraternité et j’ai pu accompagner toute la campagne dédiée au Chiapas (Mexique), ce qui m’intéressait d’autant plus que je suis à moitié mexicaine et que j’ai grandi dans ce pays qui est un peu le mien. Puis, j’ai fait mon mémoire en retournant au Chiapas rencontrer les mouvements agricoles que j’avais connus grâce à Entraide et Fraternité. On était alors en plein mouvement zapatiste et aller au Chiapas n’était pas une promenade de santé. Comme quoi, c’est une longue histoire entre cette association et moi. Je me suis littéralement construite grâce à Entraide et Fraternité sur plein de plans. La chance m’a souri puisque je suis finalement restée en contact avec l’association et j’ai commencé à y travailler par le biais d’intérims. Après un contrat à l’UCL, je suis entrée à Justice et Paix quelques mois plus tard en travaillant notamment sur l’Amérique latine à nouveau (Mexique, Guatemala, Pérou). Là aussi, sur le terrain, j’étais en contact avec les partenaires d’Entraide et Fraternité.

Juste Terre ! : Il y a une proximité historique entre les deux associations…

Axelle Fischer : Oui, car elles ont la même origine, l’après-Vatican II, les liens nord-sud. Pour moi, il y a une espèce de partage des tâches - et donc de complémentarité : Entraide et Fraternité a une capacité de mobilisation importante notamment grâce à sa campagne de Carême tandis que Justice et Paix est spécialisée dans la recherche et le plaidoyer politique. Nous avons d’ailleurs eu des campagnes communes avec de belles collaborations. Justice et Paix est plus petit mais légitime et avec une plus-value. J’ai découvert aussi que je me passionnais pour tout l’aspect d’éducation permanente que je ne connaissais pas bien et qu’Entraide et Fraternité développe de manière extraordinaire. Passer d’une association à l’autre est une occasion de continuer à travailler dans un réseau que j’aime, les ONG, l’éducation permanente, le public paroissial, les bénévoles…

Juste Terre ! : Qu’aimeriez-vous apporter à Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble ?

Axelle Fischer : J’ai envie de plein de choses. D’abord, d’utiliser la capacité que j’ai d’être à l’écoute des réalités, à commencer par redécouvrir ce que sont ces associations, je n’arrive pas en terrain conquis, en ayant une vision préconçue des choses. Ces associations ont fortement évolué depuis que je les ai quittées. Elles ont, par exemple, beaucoup à apprendre aux autres acteurs du secteur en termes d’éducation permanente car leur dynamique avec les partenaires locaux qui viennent rencontrer le public en Belgique est extraordinaire. L’éducation permanente, ce n’est pas juste les problèmes des Belges, ici, c’est le lien entre les gens, ce qui fait qu’on est ici, d’une certaine façon, responsable de la façon dont sont exploitées les ressources naturelles au Congo. Parler ici de ce qui se passe là-bas me paraît très important. À côté de cet aspect, il y a l’enjeu politique : je viens d’une association où la place du plaidoyer est centrale et j’ai la conviction qu’Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble ont plein de choses à partager en termes de lecture politique des événements actuels, que la prise de recul nous permet de nous poser les bonnes questions. Quand on est sur le terrain, on voit les implications et les liens entre les combats : entre le buen vivir en Amérique latine et le « consommer local » en Belgique, on est dans une même logique. Oser parler aux citoyens de la complexité des choses, comme le font Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble, est une lecture politique comme l’est le fait de rencontrer les parlementaires européens.

Juste Terre ! : Le travail de Justice et Paix concerne essentiellement les pays du sud. Avec la présence de Vivre Ensemble aux côtés d’Entraide et Fraternité, la dimension belge est également présente. Cela vous manquait-il ?

Axelle Fischer : Oui. Car, quand on fait de l’éducation permanente, on doit pouvoir faire le lien avec le citoyen d’ici et pouvoir répondre à la question « Pourquoi vous occupez-vous de ce qui se passe là-bas et pas de ce qui se passe ici ? » Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble présentent donc l’avantage d’avoir une réponse globale : on ne travaille pas pour les uns ou pour les autres mais, in fine, ce sont les mêmes combats. Il ne faut, bien sûr, pas tout mélanger mais les logiques dans lesquelles nous nous trouvons aboutissent aux mêmes résultats. Par exemple, je trouve formidable que les publics paroissiaux, par exemple, puissent entendre parler des questions de genre, puis de la pauvreté en Belgique, puis écouter un évêque burundais. D’un coup, cela permet de comprendre le fonctionnement du monde, de chercher le pourquoi, de donner les moyens d’agir, certes donner de l’argent mais aussi vivre en citoyen en s’engageant comme volontaire. C’est un processus complet : entendre les témoignages, se poser les bonnes questions, agir.

Juste Terre ! : Que répondre à ces gens qui disent que c’est la crise, qu’il y a un repli identitaire et qu’il faudrait d’abord s’occuper de la misère en Belgique ?

Axelle Fischer : Déjà, je ne suis pas convaincue qu’on est à ce point dans un repli sur soi. Il y a des gens qui ont envie d’aider et n’ont pas les moyens mais qui le font autrement, gratuitement. Pour moi, il ne faut pas choisir entre ce qui se passe ici et ce qui se passe là-bas, mais faire les deux de front et être à la fois dans l’aide individuelle ou collective, au nord ou au sud.

Juste Terre ! : Et à ceux qui disent que les associations se substituent aux pouvoirs publics ?

Axelle Fischer : Il y a plusieurs tempos, je suis une idéaliste pragmatique : si, aujourd’hui au Congo, nous n’encourageons pas les gens à se mettre en coopératives, ils ne le feront pas, c’est aussi simple que cela. Ce n’est pas la priorité des gouvernants. En le faisant, on construit une force politique alternative, on crée un contre-pouvoir, mais notre rôle est d’interpeller la coopération belge sur sa vision de ces pays. Si on n’appuie pas ces associations qui aident les plus démunis ici aussi, qui va le faire ?

Juste Terre ! : L’Afrique centrale est au cœur de la campagne de Carême. Votre regard ?

Axelle Fischer : Les situations sont très complexes. Entraide et Fraternité travaille sur les questions de développement, l’agriculture par exemple ici. On ne peut pas déconnecter la question du développement en Afrique centrale de celle des conflits. Le Burundi, comme la RD Congo ou le Rwanda, sont sous le joug de présidents qui ne veulent pas d’alternance démocratique et pratiquent les coups de force. Dans l’est du Congo, c’est dangereux pour les femmes d’aller cultiver parce qu’elles risquent de se faire violer trois fois sur le chemin et doivent se tourner vers de nouveaux moyens de subsistance. La question est donc de travailler les enjeux et de répondre aux demandes de nos partenaires locaux tout en tenant compte du contexte. C’est pourquoi nous travaillons avec le prisme des droits. C’est donc une vision politique : comment répondre aux besoins vitaux des gens tout en prenant le contexte en considération ? On ne travaille pas de la même façon en Afrique et en Amérique centrale. Les femmes et les jeunes sont les priorités d’Entraide et Fraternité car ce sont des éléments centraux de l’économie informelle.

Juste Terre ! : Le conseil pontifical Justice et Paix a, dit-on, fortement inspiré l’encyclique Laudato Si’ du pape François. D’une certaine façon, l’action d’Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble n’en était pas très éloignée…

Axelle Fischer : Ce qui est intéressant dans cette encyclique, c’est que le pape y explique point par point le rôle de chacun, les entreprises, la société civile, les citoyens, il montre que l’Église ne fonctionne pas toute seule, qu’il y a un besoin de concertation et c’est vrai que nous faisons cela depuis toujours. Ce qui est très important, c’est que, même dans les milieux pluralistes, Laudato Si’ fait référence car c’est un texte politique et diplomatique, il cible les gros consommateurs de CO 2, critique les pays qui ne respectent pas les normes. Et cela rejaillit positivement sur la place et l’image que des organisations catholiques peuvent avoir dans la société au-delà de leur public habituel. Entraide et Fraternité et Vivre Ensemble n’ont pas attendu cette encyclique mais le reste de la société civile constate désormais qu’il peut exister un texte de référence venu du monde catholique.





Articles en rapport

Rapport annuel 2017

Retour sur l’année en mots et en images dans le rapport 2017

Statuts

Dans un souci de transparence nous mettons à votre disposition sur ce site les statuts de l’association.
3 juillet 2018    Radio

Agricovert

Du 11 au 22 juin, Entraide&Fraternité organisait le séminaire des partenaires sud-sud.

Retrouvez-nous sur : facebook twitter youtube flickr

logo Vivre Ensemble
logo Miteinander Teilen
logo CIDSE
logo La coopération belge au développement
logo Portail FW-B - Portail de la Fédération Wallonie-Bruxelles
logo Triodos
logo culture.be