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7 mars 2011  Actualités

Journée de la femme : découvrez le combat de Lydia

Lydia milite depuis plus de vingt ans au sein du DKMP-Lanao (Mouvement démocratique des paysans philippins – section Lanao). Elle aide les agriculteurs de la province à bénéficier des avantages de la réforme agraire du gouvernement.
Lourdement endettée et contrainte de reverser une large partie de sa récolte au propriétaire des terres qu’elle cultive, elle ne ménage pas ses efforts pour s’investir auprès des petits paysans privés de leurs terres.

5 heures 30 du matin, penchée sur un champ, Lydia Mancao repique du riz et nous parle de sa vie. "Je viens ici après avoir conduit les enfants à l’école. Quand j’ai fini la récolte, je reçois 10% de celle-ci du propriétaire. Comme beaucoup de paysans, je suis surendettée et j’ai connu beaucoup de difficultés. Nous n’avons pas d’économie et ma fille aînée, a dû se faire opérer en juin 2010, on a failli la perdre…C’était très grave. Cela semble dû à une dent infectée qu’on n’a pas enlevé et dont l’abcès est remonté sur le cerveau. Mon frère m’a prêté de l’argent pour l’opération. Ensuite c’est moi qui ai dû me faire opérer en juillet 2010. Aujourd’hui, je dois près de 100 0000 pesos à mon frère. J’ai eu ensuite les obsèques de ma mère à payer.
Le 30 décembre 2009 alors que la fête du nouvel an se préparait, ma maison fut complètement détruite par le feu. Cela à cause des coques de riz entreposées non loin du feu, j’ai tout perdu. Avec l’aide des voisins et des membres de DKMP, j’ai pu reconstruire une nouvelle maison
 ».

DKMP-Lanao, c’est le mouvement de paysans dans lequel Lydia est active depuis plus de vingt ans. Il aide les agriculteurs de la province à bénéficier des avantages de la réforme agraire que le gouvernement met en œuvre. Le mouvement assiste ses membres pour réclamer des terres auxquelles ils ont droit, par des négociations, des mobilisations, une assistance juridique et la préparation de documents officiels. Il aide également les petits paysans dans leurs efforts pour produire plus en respectant l’environnement. Des formations sont dispensées, des semences biologiques distribuées.

DKMP fédère 40 organisations villageoises et compte plus de 1000 membres

« En dépit de mes problèmes personnels, je m’investis depuis près de 20 ans auprès des paysans. Je m’investis dans le combat pour l’accès à la terre en appuyant des petits paysans dans leurs réclamations. J’ai commencé en 1991 comme organisatrice provinciale du programme de DKMP dans la province de Lanao. J’ai ensuite été investie dans différentes organisations.

Mon expérience personnelle et familiale m’a souvent servie. Après avoir été trésorière, je suis actuellement présidente du mouvement. Dans ce barangay (village) de 728 ménages, seuls 28 d’entre eux ont pu bénéficier de la réforme agraire et acquérir un lopin de terre à leur nom.

Autour de moi, plus personne n’a de terre, poursuit Lydia. J’aide toujours les fermiers membres de DKMP, dans toute la région de Lanao Del Norte. Ils ont besoin de conseils juridiques. Mon expertise est reconnue. Je mobilise les gens en les informant de leurs droits surtout lorsqu’ils cultivent sans le savoir des terres qui peuvent être éligibles à la réforme agraire. Je les accompagne alors dans le processus, du début à la fin. Ainsi, en 2008, 83 fermiers de la région de Lala ont obtenu un titre de propriété pour des terres de plus de 100 hectares grâce à l’action de DKMP.
Bien sûr, il y a beaucoup de difficultés. Les familles au pouvoir sont très influentes. Dans notre région, la famille Dimaparo (qui dispose d’énormément de terres) exerce des pressions importantes sur les agents municipaux en charge de la réforme agraire. Leur objectif est de faire durer au maximum la mise en œuvre de la réforme pour qu’elle n’aboutisse pas.

Ma motivation pour continuer malgré les aléas ?


Je sais à quel point il est dur de ne pas posséder de terre. Mais l’appui et les formations de DKMP font que nous nous sentons plus fort. Nous nous entraidons.
Autour de moi, plus personne n’a de terre. J’aide toujours les fermiers membres de DKMP dans toute la région de Lanao Del Norte qui ont besoin de conseils juridiques. Je mobilise les gens en les informant de leurs droits surtout lorsqu’ils cultivent sans le savoir des terres qui peuvent être éligibles à la réforme agraire. Je les accompagne alors dans le processus du début à la fin.

« En 1998, le président Estrada lui-même m’a consultée pour lui apporter une vision de terrain sur l’application de la réforme agraire. Mon expertise est reconnue et on me demande conseils. Mes conclusions ont servi de base de travail pour les administrateurs »

Mes parents étaient locataires d’une terre. J’ai pu « hériter » d’une partie de ces terres équivalente à 0.4 hectares mais ne les ai plus. Je les louais à mon frère pour avoir un peu d’argent, mais j’ai dû les vendre, me plongeant dans une pauvreté accrue.
Maintenant je travaille pour le compte d’autres fermiers. Ils me donnent 10% de la récolte quand je travaille pour eux. Mes frères, mon neveu et ma sœur vivent à côté de moi et on s’entraide. C’est vital, sans ça je ne pourrai y arriver.

En 2009 j’ai reçu 3 cochons avec l’aide d’Entraide et Fraternité, des canards, des poules. Il ne me reste que des canards et des poules pour notre consommation. Je vends parfois quelques bananes sur le marché. Cela me permet d’acheter un peu d’huile de temps en temps. C’est très difficile de vivre comme ça. »

Mon rêve ?

Je rêve de retrouver des terres et pouvoir les cultiver de manière biologique, avoir un carabao (buffle) ou des chèvres. Il me suffirait d’un hectare pour nourrir ma famille car je connais les différentes cultures et façons d’optimaliser l’agriculture biologique, l’élevage et la pisciculture. Vous savez, les fermiers philippins ont un réel besoin de soutien. Il faut continuer à soutenir et accélérer la redistribution des terres. Faites pression sur votre gouvernement pour qu’il soutienne ce droit. La terre est la source de notre nourriture. Avoir son lopin de terre c’est vital pour nous.





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