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Sens et foi   14 novembre 2011

Leonard Boff : vers une spiritualité de l’écologie

Théologien, philosophe et écrivain brésilien engagé mondialement reconnu, Leonardo Boff a des idées inspirantes en matière d’écologie, de spiritualité, de justice sociale et de gestion de l’environnement. Cette théologie de la libération laisse peu à peu la place à une écologie de la spiritualité qui fait preuve de vitalité et de créativité.

Théologien, philosophe et écrivain brésilien engagé mondialement reconnu, Leonardo Boff a reçu le prix Nobel alternatif en 2001 pour ses idées inspirantes en matière d’écologie, de spiritualité, de justice sociale et de gestion de l’environnement.

Devenu docteur en philosophie et théologie de l’Université de Munich en 1970, le Brésilien Leonardo Boff a mené toute une carrière de professeur et a été fait plusieurs fois docteur honoris causa dans et hors de son pays. Ardent défenseur des droits des plus pauvres, il est aussi connu comme un des fondateurs de la théologie de la libération aux côtés du Péruvien Gustavo Guttierez. Il a décidé de renoncer à la prêtrise à la suite des sanctions prises contre lui par le Vatican. Il est aussi devenu un défenseur de l’écologie et il a reçu le Prix Nobel alternatif en 2001 « pour ses idées inspirantes et ses travaux pratiques pour aider les gens à comprendre les liens entre la spiritualité de l’homme, la justice sociale et la gestion de l’environnement. ».

Lors d’Europalia Brésil 2011, Leonardo Boff devait être l’invité de la Communauté internationale Saint-Dominique et d’Entraide et Fraternité pour une conférence intitulée « Vers une théologie de l’écologie ». Leonardo Boff a annulé celle-ci en raison de problème de santé.

A travers la théologie de la libération

Petit-fils d’immigrés italiens né au Brésil en 1938, Leonardo Boff entra chez les Franciscains en 1959. A la suite de sa thèse sur « l’Eglise comme sacrement dans l’expérience du monde », et aux côtés de Gustavo Guttierez, il contribua au développement de la théologie de la libération. Celui-ci se fit dans le prolongement du concile Vatican II et de la rencontre des Evêques d’Amérique latine (CELAM) qui accueillit le pape Paul VI et prôna « l’option préférentielle pour les pauvres » en 1968 à Medellin.

Bien que marquée par sa naissance en Amérique latine, la théologie de la libération s’est développée comme une théologie véritable et universelle. Etant le résultat d’une réflexion sur Dieu (théologie) et sur la réalité (sciences humaines), elle montre Dieu présent dans l’histoire et aujourd’hui, voyant la souffrance de son peuple et voulant le libérer, comme cela était déjà écrit dans la Bible, au livre de l’Exode. Sa spécificité est qu’elle développe une réflexion théologique sur le contexte (politique, économique et social) et dans la perspective de l’option pour les pauvres et les opprimés.

Dès lors, la théologie de la libération a suscité un très vif intérêt en Amérique ainsi qu’ailleurs. Beaucoup de laïcs et de prêtres, mais aussi des évêques s’y sont reconnus. Toutefois, elle fut aussi l’objet de vives critiques et de controverses. Ainsi, a paru, en 1984 et sous la signature du cardinal Ratzinger - l’actuel pape Benoît XVI -, une instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui dénonçait « les déviations et les risques de déviation, ruineux pour la foi et pour la vie chrétienne, que comportent certaines formes de théologie de la libération ». Cette critique et d’autres se sont surtout focalisées sur la reprise d’éléments scientifiques de l’analyse marxiste qui avait été faite par les théologiens de la libération, tout comme par bien d’autres acteurs de la société et des Eglises. Mais elles ont oublié de voir l’ensemble de la démarche comprenant une approche explicite d’une spiritualité liée au projet d’un Dieu libérateur et une dimension non-violente.

En outre, à l’époque où il diffusa sa fameuse instruction, le Vatican soumit L.Boff au silence et le démit de ses fonctions, avant de l’autoriser, deux ans plus tard, à revenir à certaines de ses activités antérieures. Et c’est devant une nouvelle menace romaine qu’il renonça à la prêtrise en 1992 pour maintenir sa liberté. Mais il continua ses activités comme théologien, écrivain, professeur, conférencier et comme conseiller des Communautés Ecclésiales de Base (CEB), qui constituent une manière d’être Eglise, et aussi du Mouvement des Sans Terre (MST). Devenu professeur d’éthique, de philosophie de la religion et d’écologie à l’Université d’Etat de Rio de Janeiro en 1993, il se préoccupa de plus en plus de l’écologie, tout en partageant sa vie avec Marcia Mara Monteiro de Miranda, militante des droits humains, et comme père et grand-père « par affinité ».

Des engagements partagés

Les interventions de Leonardo Boff lors d’Europalia 2011 ne devaient que prolonger tous les apports reçus des théologiens de la libération et autres chrétiens qui se sont engagés avec d’autres pour l’avenir de l’humanité et de notre planète. Un engagement pour concrétiser « l’option préférentielle pour les pauvres » et l’affirmation du Synode des Evêques de 1971 ayant reconnu le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde « comme une dimension constitutive de la prédication de l’Evangile, qui est la mission de l’Eglise pour la rédemption de l’humanité et sa libération de toute situation oppressive ». Soit une affirmation qu’ont faite leur les papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, même s’ils l’ont accompagnée de certaines nuances et de divers éclairages, voire de mises en garde ou plus.

Parmi les interventions des théologiens de la libération faites dans notre pays même, il y a eu celles de Gustavo Guttierez, qui fut l’hôte d’Entraide et Fraternité et de Justice et Paix ; de frei Betto, que Broederlijk Delen invita en 1981 pour parler de la crise de la solidarité internationale, et de Leonardo Boff, que Broederlijk Delen reçut en 1985 pour présenter son livre « Chemins de croix de la Justice ». Mais il y a aussi eu celles d’évêques engagés dans le combat pour la Justice aux côtés des théologiens de la libération, soit, du Brésil : Dom Helder Camara, Dom Antonio Fragoso, Dom Tomas Balduino, de même que Mgr Leonidas Proano, d’Equateur, et Dom Samuel Ruiz, du Mexique. S’y ajoutent les témoignages partagés ici ou chez eux par des chrétiens, femmes et hommes, engagés dans des communautés, services et groupes comme les Communautés Ecclésiales de Base (CEB), les Commissions Pastorales de la Terre (CPT), le Mouvement des Sans Terre (MST), ainsi que les apports des chrétiens de diverses confessions actifs dans les différents continents et notamment à travers l’Association Oecuménique des Théologiens du Tiers-Monde (EATWOT) créée en 1976.

Cependant, comme l’avait noté en 2010 notre compatriote José Comblin, décédé en mars 2011 au Brésil, après avoir notamment été conseiller théologique de Dom Helder Camara et du CELAM, il s’avère que devant l’évolution du monde, de l’Eglise catholique et même des Eglises, les théologies de la libération n’intéressent plus tant la nouvelle génération de chrétiens. Et pourtant, elles ont continué et continuent à faire preuve de vitalité et de créativité en ce qui concerne la recherche d’une spiritualité pour aujourd’hui et pour le pluralisme religieux. En sont, par exemple, encore une preuve les interventions de Dom Marcelo Barros, bénédictin brésilien, faites durant le mois d’octobre 2011 en Belgique. A cela s’ajoute que plusieurs des grandes figures, des soutiens et des alliés des théologies de la libération se sont, comme Leonardo Boff, engagés dans le combat pour la sauvegarde de la création et de l’environnement, le développement durable, la Justice climatique ou encore la souveraineté alimentaire. De tels engagements s’expliquent du fait que si, durant les années ’70 et ’80, les théologiens de la libération ont surtout prêté attention aux problèmes socio-économiques, des études anthropologiques, sociologiques et psychologiques ont bien montré que les pauvres ne sont pas seulement victimes du système socio-économique, mais qu’ils le sont aussi au plan socio-culturel, du fait de leurs origines, ou encore à cause des problèmes relationnels - dont les relations entre hommes et femmes - , des rapports au domaine religieux et à ses institutions, Eglises et autres, ainsi qu’en raison du manque de respect pour l’écologie et, plus largement, pour la Création.

Jacques Briard, volontaire namurois





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