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25 juin 2018  Actualités

Brésil

Les défenseurs des paysans sans terre dans l’œil du cyclone

Défendre la cause des paysans sans terre reste un exercice difficile au Brésil : le père Amaro en a fait les frais. Il a été arrêté alors que la question du droit à la terre connaît une nouvelle période de turbulences, les plus graves depuis 15 ans.

Le 27 mars dernier, le Père Amaro Lopes de Sousa, 50 ans, prêtre de la paroisse de Santa Luzia à Anapu (État du Para, au sud de l’Amazone) et membre de la Commission pastorale de la terre (CPT), une branche de la Conférence épiscopale brésilienne, a été arrêté et jeté en prison. Entraide et Fraternité s’indigne de cette arrestation avec le CCFD-Terre solidaire, notre pendant français, qui écrivait que « Toute personne ayant eu l’occasion d’échanger avec le Père Amaro dans l’exercice de sa mission pastorale peut attester de l’intégrité de son dévouement sans faille. » Pourtant, la police d’Anapu a collectionné les chefs d’accusation contre le prêtre afin de justifier sa mise en détention préventive : « association de malfaiteurs en vue d’invasions illégales de terres publiques et privées avec armes à feu ; extorsion de fonds auprès des propriétaires terriens ; blanchiment d’argent ; déforestation illégale ; harcèlement sexuel. »

Si les autorités ont fini par reconnaître que ce dernier grief était fantaisiste, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que toutes ces accusations semblent une nouvelle fois faire le jeu des grands propriétaires fonciers contre lesquels le Père Amaro se bat sans relâche. « C’est un infatigable défenseur des droits humains, de la régularisation foncière, de la réforme agraire et des paysans sans terre », a d’ailleurs déclaré Mgr Erwin Kräutler, évêque brésilien. Depuis des années, le Père Amaro était victime de menaces de mort. En le mettant au centre de diffamations, les grands propriétaires fonciers de la région souhaitent évidemment décrédibiliser et délégitimer les actions du prêtre.

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Le Père Amaro, un infatigable défenseur de la réforme agraire et des paysans sans terre

Machination des « fazendeiros »

En réalité, il faut surtout comprendre ces événements à la lecture des récents rapports sur les violences récentes dans le monde rural. Selon la Commission pastorale de la terre, 2017 a été l’année la plus meurtrière en milieu rural depuis… 2003 avec notamment 65 assassinats. Selon les observateurs, les propriétaires fonciers locaux sont tellement puissants qu’ils ont le pouvoir de criminaliser les défenseurs des droits du peuple. Voici deux ans, dans une interview avec Jean Claude Gérez, correspondant de l’Agence de Presse internationale catholique (APIC) en Amérique latine, le Père Amaro lui-même avait décrit Anapu comme une ville « aux mains du crime organisé » : « Si la plupart des homicides ont été perpétrés sur des petits paysans qui vivaient dans le projet de développement durable PDS Esperança, les violences existent désormais aussi dans le centre urbain, jusqu’alors exempt de problèmes. Le pire : ceux qui commettent ces actes circulent librement, au vu et au su de la population. C’est donc un désir de justice et la volonté d’en finir avec le climat d’impunité que les habitants d’Anapu sont venus exprimer aux représentants des pouvoirs publics. Le peuple a revendiqué ses droits, notamment à la sécurité. »
La CPT, qui a pu entrer en contact avec l’avocat du Père Amaro, estime que tout cela relève de la machination et souligne d’ailleurs le fait que les témoignages utilisés par la justice proviennent tous de grands propriétaires de la région qui se sont présentés spontanément au commissariat… Les « fazendeiros » s’opposent avec la plus grande véhémence à la redistribution des terres et à la « demarcaçao » (démarcation) des terres indigènes, un procédé reconnu dans la Constitution et qui rend inaliénable les terres des Indiens.

Le projet Esperança avait été lancé par Sœur Dorothy Stang, en 2003. Or, le sort réservé au Père Amaro n’est pas sans rappeler celui subi par Sœur Dorothy. Cette religieuse américaine de la congrégation des Sœurs de Notre-Dame de Namur (fondée à Namur) avait été abattue par deux tueurs à gages en 2005 (elle avait alors 73 ans) dans la même ville d’Anapu. Elle était, elle aussi, une défenderesse des intérêts des petits paysans sans terre que soutient Entraide et Fraternité dans l’État voisin de Goiàs.





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