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7 septembre 2017  Actualités

Comité Anti-Bwaki

Les journées champêtres

Rendez-vous de la paysannerie congolaise

Assurer la sécurité alimentaire par une agriculture respectueuse de la terre et de ceux qu’elle nourrit, telle est la mission principale du CAB.

Retour sur les dernières journées champêtres organisées dans le Sud Kivu autour d’une distribution de prix, d’échanges et de plaidoyer auprès des autorités.

Venus des collines du Sud Kivu, des alentours de Bukavu et même du Burundi, agriculteurs, éleveurs et artisans franchissent joyeusement l’enceinte d’une école de Walungu pour y exhiber trois jours durant les fruits de leur travail.

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« Ne quittez pas vos villages », scandent les danseurs aux paysans.

Des paysans mués pour la circonstance en danseurs traditionnels s’entraînent en formant les rares jeunes tandis que les paysans, regroupés en comités ou coopératives, aménagent leurs étals. Le ciel est plombé, la chaleur accablante mais rien n’arrête leur ardeur. Chèvres, moutons et vaches sont rassemblés pour valoriser la mise en stabulation, permettant de récolter les précieux excréments et d’éviter les vagabondages. À proximité, un élevage de poissons tilapia, des champignons sous tente, des mini-cultures à étages et autres nouveautés.

Les danseurs entrent en scène en chantant : « Ne quittez pas vos villages. »
Mais l’appel a-t-il des chances d’être entendu ? « Les paysans fuient les campagnes à cause de l’insécurité et des exactions des milices locales. Et l’aide humanitaire a importé indirectement la famine, en réduisant la demande de production agricole, avec une pression sur les prix. », expliquera Bosco Muchukiwa, directeur de l’Institut Supérieur du Développement rural de Bukavu.
Responsable pour l’archidiocèse du secteur santé au Sud Kivu, Maria Masson confirme la montée inquiétante de la malnutrition, pointant aussi l’accent mis sur l’urgence au détriment du développement durable. « Pourtant, avec un sol aussi fertile, nous devrions manger trois fois par jour et exporter... Il faut repenser le développement rural, réorienter les soutiens financiers, et sensibiliser, former davantage », nous dira encore le responsable de l’institution universitaire.

Un secteur vital

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Les animaux dans une étable, c’est l’assurance d’avoir du fumier pour les champs.

« L’agriculture devrait être la première activité de santé. Le paysan doit précéder le médecin », c’est là le credo de Pierre Rabhi tout comme celui d’Entraide et Fraternité. D’où l’importance de mettre à l’honneur les métiers de la paysannerie comme ici.

Sous les toiles de plastic bleu s’alignent oignons rouges, sacs de farine ou de riz, haricots multicolores, plants élancés, courgettes géantes, ignames, manioc ou choux de taille impressionnante... sous les yeux ébahis des chalands. Les produits phares seront examinés par un jury, les autres proposés au marché.

Une femme, tout sourire, présente son vin d’ananas, une belle trouvaille à côté de l’élixir de canne à sucre. D’autres proposent des légumes oubliés. Plus loin, un forgeron travaille à l’ancienne. A l’instar de cet homme d’âge mûr, fort d’une longue expérience, qui propose une pommade miracle à base de 54 plantes, traitant aussi bien 25 maladies graves que des piqûres de moustique. Un trésor enfoui à relayer et exploiter, espérons-le, par le pharmacien spécialisé du Bureau diocésain des œuvres médicales, disposant d’une unité de fabrication à Bukavu.

La fierté et la joie se lisent sur tous les visages. Combien il est important de leur offrir cet encouragement à l’heure où le Congo traverse une crise politique profonde, qui risque d’aggraver l’exode rural. Sans parler des maladies ravageant les cultures de bananes et de maniocs.

Une farine savoureuse à haute valeur nutritionnelle

Au Burundi voisin, la vie est devenue difficile, voire intenable, depuis le coup de force du Président Nkurunziza. « Si on parle contre le pouvoir, on risque de disparaître la nuit. Les tueries sont légion dans les collines comme à Bujumbura. Il y a des fosses communes partout », confie un Burundais exilé, extérieur à la délégation. Les ONG sont surveillées à la loupe. Et, comme les entreprises ou les commerçants, obligées de déposer leurs fonds à la banque centrale du pays. « Sinon, on ramasse les cadavres le lendemain matin », chuchote notre source.

Quant aux producteurs burundais présents, ils peuvent se targuer d’une innovation alimentaire particulièrement intéressante. Si les Africains de la région aiment le goût du manioc, il en est autrement pour le sorgho et le soja, pourtant nettement plus protéinés. Alors, certains ont eu l’idée de les marier dans une composition riche et savoureuse - 40% de maïs, 24% de sorgho, 24% de soja, 10% de blé et 2% de sésame - avec l’avantage d’associer légumineuses et céréales. Les curieux viennent voir. Sitôt exposée, la farine améliorée se vend « comme des petits pains ».

Une paysanne veuve, modèle de débrouillardise, a décidé de ramener au pays des semences de courge géante. Un autre a observé la fabrication de machettes : « pourquoi pas nous ? », s’est-il dit avant de repartir, avec une piste de travail possible. « Notre but est de favoriser les échanges de savoir-faire et les synergies entre partenaires », explique le coordinateur régional des Grands Lacs d’Entraide et Fraternité.

Une créativité à encourager

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Beaucoup attendent impatiemment la remise des prix du dernier jour. Peu de surprises toutefois : la plupart des récompenses vont aux plus gros maniocs ou ignames, au plant de haricot le plus grand, etc.

La transmission d’un savoir-faire ancestral comme les innovations écologiques ou nutritionnelles ne mériteraient-elles pas elles aussi de rentrer dans la cour des challengers ? Une reconnaissance constitue un bras de levier démultiplicateur.

Appel aux autorités

Le cri est unanime : les « tracasseries » - entendez les taxes infligées sur les routes ou à l’entrée des marchés - découragent les paysans dans l’écoulement de leur production. Certains y laissent jusqu’à 70%. Par ailleurs, dans une région hélas pas oubliée des lobbies de l’agrobusiness, le CAB et ses partenaires plaident en faveur de l’agroécologie.

Avec des accents d’encyclique Laudato Si, l’administrateur territorial de Walungu admoneste : « L’homme a cru les possibilités de croissance illimitées. Il a provoqué le réchauffement climatique et commencé à détruire la terre, creusant ainsi sa propre tombe... », avant de conclure de façon plus concrète, à la congolaise : « Mieux vaut manger des choux et des mangues sain(e)s que du vin pollué ». Un vaste chantier à soutenir !

Le CAB (Comité Anti-Bwaki) a été créé par différentes organisations en 1965 pour lutter contre le Kwashiorkor (malnutrition enfantine), appelé Bwaki en langue bantoue de la région de Bukavu. Un fléau dans les années post-indépendance, marquées par l’insécurité. La mission du CAB s’est ensuite élargie à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural dans plusieurs territoires du Sud Kivu.
+ d’info

Béatrice Petit, Journaliste





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