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Lundi 6 mars - Lecture de Carême

Dépoussiérez le Carême (Etienne Mayence)

Le Carême peut avoir l’air d’une vieille affaire poussiéreuse. Pour beaucoup, il a un petit goût de vieux. Il peut évoquer de mauvais souvenirs et des pratiques superficielles (ne pas manger de chocolat…). Mais, en même temps, d’autres pratiques proches séduisent : le Ramadan et le sérieux avec lequel il est pratiqué. Le mois sans alcool (plus de 100.000 adeptes au point que l’Horeca s’en inquiète !).

Pourtant, le Carême peut être une période en phase avec les grandes attentes d’aujourd’hui. Il peut être un moment plein de sens. Le Carême nous place devant trois fondamentaux de la tradition chrétienne, et même islamo-judéo-chrétienne, voire de toutes religions et sagesses : le jeûne, de partage, la prière.

1. Le jeûne

Jeûner : voici un mot qui n’a pas toujours bonne presse aujourd’hui. Incongru dans notre société de consommation qui nous dit « J’achète, donc je suis » ! ». La pub nous fait croire qu’en achetant le dernier smartphone, la plus belle voiture, en mangeant tel yaourt, c’est le bonheur assuré. Cependant, jeûner est devenu à la mode. Notre société de malbouffe provoque l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et bien d’autres misères. Les esthéticiens, les nutritionnistes, les médecins plaident pour plus de sobriété. Les produits light et top-silhouette ont un bel avenir devant eux…

Le jeûne chrétien (religieux et spirituel) a des sens multiples :

  • Le jeûne est libérateur. Nous risquons d’être possédés par ce que nous possédons. Le jeûne nous permet de nous débarrasser de tout le superflu qui risque de nous étouffer. C’est le refus de s’encombrer de luxe inutile aussi bien pour notre corps que pour notre esprit. Il permet d’atteindre l’essentiel de notre vie.
  • Le jeûne est une forme de contestation d’une culture qui nous dit que le bonheur, c’est d’avoir. Cf. la belle chanson d’Alain Souchon : « On nous fait croire que le bonheur, c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires, dérisions de nous dérisoires. Alors qu’on est foule sentimentale, le cœur plein d’idéal… »
  • Le jeûne est un chemin de dépouillement et de renoncement qui nous rend plus disponibles aux autresautres (et pour les chrétiens et adeptes d’autres religions : à Dieu). Gandhi jeûnait souvent. Quand il était engagé dans des conflits. Il a empêché la guerre entre le Pakistan et l’Hindoustan après un jeûne de cinq jours. Les jeûnes de Gandhi étaient radicaux, pas simplement se priver de chocolat.
  • Le jeûne rejoint aussi le courant de simplicité volontaire. Le pape François dans son encyclique Laudato Si’ évoque la « décroissance pour certains » et souligne l’importance de vivre autrement.

2. Le partage

On ne jeûne pas en Carême pour être svelte et en bonne santé ou pour s’offrir avec l’argent épargné un minitrip à Vienne. On jeûne :

  • Pour partager. Avec l’argent épargné, on est invité à soutenir des projets de « développement » dans des pays du sud. On se rend solidaire de celles et ceux qui se battent pour garder leur terre et produire une alimentation saine qui leur permet de vivre dignement. Cette année, nous sommes invités à la solidarité avec les paysans du Guatemala. « Vivre simplement pour que les autres puissent simplement vivre » (Gandhi). Les changements viennent des multiples gestes fragiles, apparemment dérisoires mais solidaires. Cf. dans l’Évangile, la parabole de la graine qui disparaît en terre et meurt mais qui donne un grand arbre quoiqu’il arrive...
  • Le don est important. L’argent est un redoutable séducteur. Si on n’est pas vigilant, plus on en a, plus on en veut. On ne peut adorer Dieu et l’argent (Jésus). Cf. l’épisode du veau d’or : Moïse est sur la montagne depuis 40 jours. Les gens se disent : Dieu nous a abandonnés. Ils ramassent tous les bijoux en or et en font une idole. Récit extraordinaire et évidemment plein de sens aujourd’hui (même pour ceux qui ne croient pas en Dieu) : méfions-nous à ne pas faire de l’argent un absolu !
  • Le jeûne et le partage nous rendent proches de celles et ceux qui ne doivent pas faire d’effort pour jeûner… parce que c’est leur quotidien ! Cf. Laudato Si’ : « Il s’agir de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager dans une ascèse qui signifie : apprendre à donner et non seulement à renoncer » (Pape François, citant son ami le Patriarche Bartholomé).

3. La prière

C’est la troisième « œuvre de miséricorde » de la tradition islamo-judéo-chrétienne.

La spiritualité : un vieux mot qui revient à la mode. On écrit des masses de livres sur la spiritualité, sur l’importance de prendre distance du quotidien, pour réfléchir aux grandes questions de sens et ne pas se laisser séduire par le « sens » que notre société nous impose : consommer, consommer. Frédéric Lenoir fait dans des écoles pour les enfants des moments d’apprentissage au silence et à l’intériorité.

La tradition chrétienne souligne l’importance de la spiritualité, de la prise de distance et de la prière. Les pratiques de Jésus : une solidarité radicale avec les « cabossés » de la vie et des moments de retrait et de prière dans la solitude avec celui qu’il appelle Père. Les évangiles nous suggèrent que c’est grâce à ces moments forts qu’il a eu le courage d’aller jusqu’au bout (cf. l’agonie au jardin des oliviers : « Père, si c’est possible que ce calice s’éloigne de moi », puis « que ta volonté soit faite ».)

N.B. Le Juif croyant prie trois fois par jour, au lever du soleil, à 3 heures, à l’heure du sacrifice dans le temple, au coucher du soleil. Les musulmans : la prière est un des cinq piliers de l’islam. Le musulman croyant prie cinq fois par jour.

4. Le désert

Beaucoup de gens quittent le quotidien pour se retirer seuls pour faire le point de l’existence. Cf. tous les pèlerins de Compostelle, croyants ou non. Le désert est un lieu privilégié d’expérience spirituelle. Cf. Eric-Emmanuel Schmitt, philosophe agnostique, relate son expérience de Dieu quand, perdu dans le désert, seul, dans la nuit glacée, il pensait mourir (La Nuit de Feu).

Dans la tradition islamo-judéo-chrétienne, le désert a une grande place :

  • D’après la tradition, Mahomet aurait vécu ses cinq premières années dans le désert.
  • Dans la tradition judéo-chrétienne, le désert est le lieu d’expérience spirituelle décisive.
  • Les 40 ans du peuple hébreu dans le désert à la sortie d’Egypte. Lieu d’épreuves et de tentations mais aussi lieu béni des « fiançailles » avec Dieu (le prophète Osée).

N.B. : Les auteurs de la Bible ne sont ni historiens, ni journalistes. Ils ont le souci d’écrire des récits pleins de sens.

  • La marche de 40 jours du prophète Elie dans le désert. Le prophète est menacé par la reine Jézabel qui veut le tuer. Il est en pleine déprime. Au bout d’une marche de 40 jours et 40 nuits dans le désert, il fait l’expérience de Dieu « dans le souffle ténu d’une brise légère ». Il repart plein de force pour reprendre sa mission (2 R 19). Récit éminemment symbolique.
  • Dans la tradition chrétienne, Jésus, avant de commencer son ministère public, passe 40 jours dans le désert. Il sort vainqueur de la tentation de l’avoir, du pouvoir, du savoir (refus d’accepter ses limites, de ne pas être tout-puissant). Tentation d’hier, tentations de toujours.

N.B. : les textes de la Bible et de l’Évangile recèlent des trésors uniques de sens. Ne laissons pas Dieu et la tradition judéo-chrétienne entre les mains de Donald Trump, François Fillon ou Marine Le Pen !

En guise de conclusion : 40 jours pour changer. Certains médecins ont critiqué le mois sans alcool disant que cela ne servait guère à grand-chose puisqu’ensuite, on reprenait la consommation d’alcool. Le Carême ne doit pas être une parenthèse dans une vie qui reprend ensuite son cours normal de consommation. Elle doit être une étape qui, d’année en année, nous rend un peu plus sobres, solidaires et « spirituels ».

40 jours pour changer. Et on ne le fait pas tout seul, mais ensemble. Normalement, nous le faisons en communauté, soutenus par les chrétiens et chrétiennes du monde entier. La campagne annuelle d’Entraide et Fraternité est un fameux outil bienvenu.
N.B. : on pourra noter pas mal d’harmoniques avec le buen vivir.





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