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4 août 2010  Actualités

Nourrir le monde...ou le piller ?

L’accès à la nourriture est la plus scandaleuse des inégalités, entretenue par les affairistes.

La ligne ultralibérale et business de la foire de Libramont oublie l’agriculture paysanne. A l’occasion de la Foire agricole de Libramont, 23 associations dont Entraide et Fraternité ont lancé un cri d’alarme.

L’accès à la nourriture est la plus scandaleuse des inégalités, entretenue par les affairistes.La ligne ultralibérale et business de la foire de Libramont oublie l’agriculture paysanne. Quelques gobelets compostables ou fournisseurs bio masquent mal cette duperie.
Alors que la Foire agricole de Libramont s’apprête à ouvrir à nouveau ses portes, nous lançons un cri d’alarme, relayé par vingt-trois associations préoccupées par l’édition 2010 de cet événement marquant.

Mais quel rapport entre l’agriculture et la paix ?

Parmi les inégalités criantes qui divisent le monde et alimentent aujourd’hui une série de conflits, la plus scandaleuse concerne, sans aucun doute, l’accès à la nourriture. Selon la FAO, plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim, et ce nombre ne fait que croître, provoquant à la fois des famines, des migrations forcées, des actes de piraterie, des émeutes de la faim et autres situations extrêmes. La malnutrition et les conséquences qui en découlent font aujourd’hui plus de victimes que les conflits armés.

Les affairistes et spéculateurs de l’agroalimentaire n’en poursuivent pas moins leur politique de « profit à tout prix ». Parmi leurs victimes se trouve aussi un grand nombre d’agriculteurs luttant désespérément pour leur survie, voire éliminés purement et simplement, alors qu’ils assuraient jusqu’ici la subsistance de leurs familles et de leur communauté de vie. Et cela aussi bien dans le nord que dans le sud de la planète.

Le mythe selon lequel l’agriculture industrielle serait l’agriculture de demain, c’est-à-dire la seule forme de production capable d’assurer l’alimentation de plus de six milliards d’êtres humains, a la vie dure.

Un mythe que la Foire agricole de Libramont entretient depuis des années en privilégiant, parmi ses 700 exposants, les industriels de la mécanisation à outrance, le lobby pétrochimique des fertilisants et des pesticides ainsi que les agents du grand commerce mondial qui fournissent à notre bétail des farines à base de maïs, de soja et autres protéines importées notamment de pays où sévit la malnutrition, tout en organisant chez eux l’exportation subventionnée des surplus résultant de ce gavage, ruinant par une concurrence déloyale les petits producteurs et réduisant du même coup la production locale d’aliments.

Un mythe qui a sévi dans les orientations politiques depuis le début de la Politique agricole commune et qui s’est continuellement renforcé par ses réformes successives pour rendre l’agriculture européenne compétitive au détriment de l’agriculture familiale et de l’environnement. Même constat pour ce qui est de la promotion des agrocarburants qui, pour satisfaire notre fringale de ressources énergétiques (plus « vertes » paraît-il ), soustrait à la production alimentaire de vastes terres agricoles, surtout dans les pays du Sud.

Il est vrai qu’au prix où sont les emplacements offerts par la Foire dite « agricole » (qui ne compte aucun agriculteur au sein de son Conseil d’administration !), seuls les businessmen de l’agro-industrie peuvent se permettre d’occuper l’espace le plus visible, la portion congrue étant réservée à quelques fournisseurs de produits bio et de proximité qui leur servent commodément d’alibi.

Voilà des années déjà que des voix autorisées dénoncent la duperie d’une telle agriculture. Une étude internationale, menée par plus de 400 scientifiques, a encore démontré récemment le rôle incontournable de l’agriculture familiale dans la satisfaction durable des besoins alimentaires de la planète et la lutte contre la pauvreté rurale [1].

Si l’agriculture industrielle semble si performante, c’est tout simplement parce qu’elle se garde bien de comptabiliser les coûts cachés exorbitants en consommation d’eau, dégradation des sols, pollution chimique, transports énergivores, accumulation des déchets et autres graves nuisances. Une facture salée, mais c’est la collectivité qui paie !

Les organisateurs de la Foire reconnaissent dans leurs communiqués à la presse qu’elle est bien « un rendez-vous de la haute technologie et une véritable plateforme d’affaires », et que dans cette 76e édition « elle donnera encore plus d’importance que l’an dernier aux constructeurs de machines agricoles » . Quant à la Journée de l’Herbe - qui aurait pu offrir une lueur verte d’espoir à l’alimentation endogène -, il apparaît qu’elle sera surtout là pour faire la promotion d’« une quinzaine de machines des plus performantes vouées à la récolte des fourrages ».

Une récente « Déclaration alimentaire européenne » vient à point. Ce n’est évidemment pas le progrès technique en tant que tel que nous contestons, mais son exploitation à des fins purement mercantiles. En se mettant au service des multinationales de l’agroalimentaire - qui achètent en ce moment des millions d’hectares dans les pays du Sud -, cette technicité-là n’a plus rien de rationnel, ni évidemment d’équitable. Elle n’est plus qu’un facteur de déséquilibre et d’inégalités croissantes tout d’abord au sein même de la classe agricole, ensuite parmi les nombreuses populations victimes de la faim et, finalement, sur toute l’étendue de la planète livrée à un saccage sans précédent de sa terre nourricière.

Des alternatives sérieuses au productivisme industriel existent pourtant. Elles sont rappelées notamment dans la récente « Déclaration alimentaire européenne » « en faveur d’une politique agricole commune saine, durable et équitable », cosignée par 187 organisations de la société civile appartenant à 24 pays différents [2]. Mais ces voix autorisées risquent bien de ne pas se faire entendre sur le site de la Foire. Et ce n’est pas en supprimant - encore une « innovation » de cette année ! - les rencontres officielles et autres « moments de cristallisation pour les débats » (sic) que les choses iront mieux

C’est pourquoi, nous demandons aux organisateurs de la Foire agricole et aux responsables politiques qui la cautionnent de réorienter la ligne ultralibérale et business à tout crin de la Foire en faveur de l’agriculture paysanne et de favoriser les lieux de débat et de rencontres constructives avec les agriculteurs et les citoyens. Ce ne sont pas, en effet, quelques « gobelets compostables » et autres gadgets vaguement écologiques proposés aux visiteurs cette année qui nous convaincront qu’on se montre attentif aux graves préoccupations de l’heure en vue d’une agriculture fidèle à sa noble vocation qui est de nourrir les humains et non de détruire la terre.

Collectif de signataires

Mouvement d’Action Paysanne (MAP), Centre de Développement Rural, Produits et Marchés de Pays, Solidairement Asbl, Ferme du Hayon, Action Chrétienne Rurale des Femmes (ACRF), CNCD-11.11.11, Oxfam-Magasins du Monde, Oxfam-Solidarité, MOC-Lux., Service Civil International, Centre Tricontinental (CETRI), Coordination Nationale pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), Centre des Immigrés-Lux., CGSP-Lux., Entraide et Fraternité, Justice et Paix-Lux., Mouvement International de la Réconciliation, Internationale des Résistants à la Guerre, Centre d’Animation globale du Luxembourg, Solidarité Mondiale, COLUPA.

 [1]

Tribune publiée dans la Libre Belgique le 20 juillet 2010 et dans Le Soir mercredi 28 juillet 2010



[1Notes
[1] Rapport évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD) - www.agassessment.org

[2] Déclaration alimentaire européenne - www.europeanfooddeclaration.org



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