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2 février 2018  Actualités

Dossier Haïti

Nous ne voulons pas devenir dépendants

Interview

Cabra, district de Sainte-Suzanne, commune du nord-est d’Haïti, est située à plus de 1000 mètres d’altitude. La route se dégrade au fil de la montée, il faut compter 30 minutes de marche, de traversée de rivières et d’escalade pour atteindre Cabra.

Nous y avons fait le déplacement avec Rosnel Jean-Baptiste de la direction nationale de Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen (TK). Là-haut, vivent deux familles, dix adultes et trois enfants qui vont à l’école à Sainte-Suzanne. Marie Victorin fait partie de ce petit groupe de personnes qui travaillent en commun.

Juste Terre ! : Pourquoi travailler en commun ?

Marie Victorin : Notre principale activité est l’agriculture. Nous travaillons en commun (kombit) car on travaille plus vite ensemble, c’est moins coûteux pour réaliser un jardin (parcelle), on économise de l’énergie, et on peut ainsi faire plus de jardins. Nous avons ici des parcelles individuelles et nous sommes six femmes à travailler sur la parcelle des femmes.

Juste Terre ! : Vos jardins sont assez riches en termes de diversité…

Marie Victorin : Oui, nous sommes loin de Sainte-Suzanne et de la route qui redescend vers la côte. Nous produisons ici la majorité de ce que nous consommons : haricot, riz, igname, tomate, banane, pois noir, canne à sucre, patate douce… Nous achetons très peu au marché, seulement les choux et les carottes. Notre production nous permet d’abord de nous alimenter, les surplus sont commercialisés et permettent de payer les frais d’école, de santé, les assurances ou encore la construction de petites infrastructures. Comme nous travaillons en kombit, la production ou les revenus de la production sont partagés entre tous.

Juste Terre ! : Votre production est agroécologique ?

Marie Victorin : Oui, ici, nous n’avons pas accès au crédit et encore moins aux engrais, semences ou plants. Nous cultivons avec la nature, en associant les cultures qui se marient bien, nous avons de bons résultats.

Juste Terre ! : Et si, demain, on vous proposait de faire de la monoculture, vous seriez tentés ?

Marie Victorin : Non, pas du tout, nous sommes heureux comme cela, nous produisons ce dont nous avons besoin, nous ne voulons pas devenir dépendants.

Juste Terre ! : Vous recevez des appuis de Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen (TK) ?

Marie Victorin : Oui, nous sommes tous membres de TK, nous avons reçu plusieurs formations : en plaidoyer, sur le genre, en élevage, en kombit mais aussi en mutuelle de solidarité. Avec TK, nous avons eu aussi des programmes de Pasé Kado (ndlr : expérience de gardiennage d’animaux dans laquelle une femme se voit confier une bête, vache, chèvre…, pour un temps déterminé) avec des cabris. Mais, lors du dernier cyclone Irma, nous avons perdu plusieurs animaux dont une partie des cabris, nous aurons du retard pour le processus de remboursement.





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