Haïti

Semer le futur

Quand les organisations paysannes locales ramènent les paysans haïtiens à leurs terres et les aident à en vivre dignement grâce à l’agroécologie et l’économie solidaire.

Le personnage principal de ce récit s’appelle Joachim. Il est le trésorier de l’association VEDEK [1] . Créée en 1988, elle est spécialisée dans la formation aux techniques agricoles et plus particulièrement l’agroécologie. Elle est aussi la coupole d’une vingtaine de groupes de paysans de la région et compte 2000 membres répartis dans dix villages (dont 800 hommes et 1200 femmes).

Joachim a connu l’exode rural, la réalité dure de la métropole, puis le chemin inverse vers ses terres ancestrales, à Cap Rouge (dans le sud-est d’Haïti). À son retour, formé aux techniques d’agroécologie par la PAPDA [2], une organi-sation-partenaire d’Entraide et Fraternité, Joachim a décidé de travailler sa terre non plus pour l’exploiter jusqu’à épuisement comme cela avait été fait par d’autres dans le passé avec le café par exemple, mais pour qu’elle de-vienne nourricière pour lui, les siens et sa communauté. L’agroécologie couplée à une démarche d’économie soli-daire a transformé le quotidien des familles vivant dans la région. L’expérience de Joachim sert aujourd’hui d’exemple pour de nombreux paysans.


4 organisations paysannes se sont unies pour dé-fendre les droits des paysans, lutter contre l’insécurité alimentaire, former à l’agroécologie, à l’économie solidaire et porter un plai-doyer fort auprès des décideurs poli-tiques.

La démarche de Joachim et des organisations paysannes locales se trouve aux antipodes du modèle économique défendu par le Gouvernement Haïtien. Celui-ci mise sur le développement de zones franches et d’une économie industrielle de sous-traitance où les paysans sont incités à quitter leurs terres pour trouver du travail en ville ; tra-vail qui bien souvent n’est pas disponible et s’il l’est, s’avère précaire. Dans ce système, la sécurité alimentaire en Haïti dépend d’aides extérieures et d’importations alimentaires. Cela se traduit notamment par l’absence de pro-grammes d’appui à l’agriculture nationale et 38% de la population haïtienne qui vit dans l’insécurité alimentaire.

Si, avec l’aide des organisations paysannes locales, il a été possible de refaçonner l’agriculture paysanne locale pour que les familles rurales puissent en vivre dignement, il est également nécessaire, pour que ces transforma-tions puissent perdurer, de construire un plaidoyer fort et porté par les différentes organisations paysannes pré-sentes sur le terrain auprès des décideurs politiques. Ce plaidoyer comprend les thèmes-clés comme l’accès à la terre, le crédit agricole, la rotation du bétail au sein des groupes, la mise à disposition d’intrants, les formations en agroécologie, l’accompagnement pour la mise en place d’initiatives d’économie solidaire, etc.

Le programme auquel Entraide et Fraternité a participé en collaboration avec 4 autres organisations (PAPDA, ICKL, SAKS et Tèt Kole ti Paysan), a permis de renforcer les capacités de production et organisationnelles de 20 organisations paysannes (1700 familles). La PAPDA coordonne le programme qui s’étend sur 6 départements. Les organisations auxquelles elle s’adresse évoluent dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et de la mobilisa-tion paysanne. Plusieurs d’entre-elles sont impliquées dans l’animation d’une radio-communautaire. Au total, près de 25 000 personnes sont touchées par l’action commune de ces quatre organisations.
Camille Chalmers, économiste et coordinateur de la PAPDA : « Les paysans sont les personnages-clé du dévelop-pement rural. Ils se sont engagés dans la transition d’une agriculture pour leur consommation propre vers une production agricole à destination de la transformation de leurs produits, puis de la vente sur le marché intérieur. Ils doivent s’organiser dans ce sens, suivre des formations, augmenter leur production, veiller à la qualité et gérer eux-mêmes le circuit commercial jusqu’au consommateur final. Mais la situation doit aussi changer au niveau des poli-tiques de l’État qui doivent les soutenir. Une de nos missions est donc de permettre aux gens de la base de com-prendre les thèmes abordés par la politique nationale, d’exprimer leur avis et de faire entendre leur voix ».



[1VEDEK : Vivre l’espoir pour le développement de Cap rouge

[2PAPDA : Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif



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