Depuis trois ans, le réseau Agro é Fogo (en français : L’agrobusiness, c’est le feu), partenaire d’Entraide et Fraternité, se bat aux côtés des communautés traditionnelles de l’Amazonie, du Cerrado et du Pantanal. Retour sur une résistance exemplaire face à un modèle qui sacrifie la terre pour le profit.
Le feu comme arme pour chasser les communautés
Entre 1985 et 2024, plus de 206 millions d’hectares ont brûlé sur le territoire brésilien. Peu le savent mais ces incendies ne sont pas naturels… mais dans leur majorité criminels !
L’agro-industrie utilise ces incendies pour chasser les communautés de leurs terres, accaparer les territoires et étendre les monocultures. Ces incendies sont devenus une véritable arme d’expansion territoriale pour générer toujours plus de profits. On décompte, par exemple, sur la seule année 2021, plus de 37.000 familles victimes de ces incendies criminels.
Trois ans de luttes et de victoires concrètes
Grâce au soutien d’Entraide et Fraternité, Agro é Fogo a accompagné les communautés traditionnelles pour lutter contre ces pratiques criminelles. Voici les piliers du travail accompli entre 2023 et 2025 :
- Savoir, c’est pouvoir : Agro é Fogo a publié un manuel de prévention et de lutte contre les incendies. Ce manuel a permis à des dizaines de communautés du Cerrado de contrer les attaques de l’agro-industrie.
- Une visibilité internationale à l’impact national : Lors de la COP30 sur le climat à Belém, en Amazonie, Agro é Fogo a porté la voix des peuples traditionnels sur le devant de la scène mondiale. Les accords commerciaux comme l’accord UE-Mercosur ont été dénoncés avec force auprès des décideurs, car ils risquent d’encourager encore plus l’expansion de l’agro-industrie incendiaire. Depuis, le sujet des incendies criminels apparaît désormais plus fréquemment et de manière plus approfondie dans le débat public.
- Des brigades sur le terrain : Le projet a permis d’équiper des brigades communautaires, notamment sur le territoire de Cobra Grande dans le Pará. Six communautés ont été directement accompagnées et dotées d’équipements et de protocoles de sécurité communautaires. Ces hommes et ces femmes ne sont plus seulement des victimes, ils sont les gardiens actifs de leurs terres.
L’année 2026 : un contexte politique sous haute tension
Malgré des avancées réelles sous le gouvernement Lula – notamment la mise en place d’une Politique nationale de gestion intégrée du feu – les défis structurels demeurent considérables face au puissant lobby agro-industriel au sein des institutions brésiliennes.
L’année 2026, année électorale fédérale, représente un risque significatif. Au Brésil, les périodes de transition politique sont historiquement exploitées par certains acteurs de l’agro-industrie pour accélérer la déforestation et les accaparements de terres via les incendies. Elles s’accompagnent souvent d’un affaiblissement des mécanismes de contrôle.
2026-2027 : Faire grandir la résistance
Élaboré directement avec les communautés traditionnelles, Agro é Fogo veut faire grandir la résistance avec de nouvelles ambitions dans les 12 prochains mois :
- Dénoncer l’impunité : Face à l’impunité généralisée, Agro é Fogo va mettre en place un registre rigoureux de documentation des incendies criminels. L’objectif est de pousser les autorités (ministères publics, organes de contrôle) à agir. Ce registre croisera les données satellites officielles avec les témoignages directs et les observations de terrain collectés par les communautés elles-mêmes.
- Renforcer les moyens d’agir des communautés : Un accent particulier sera mis sur la formation des femmes et des jeunes au plaidoyer afin de faire émerger de nouveaux leaders dans la défense de leurs droits. Les protocoles de sécurité communautaires seront également renforcés.
- Influencer les politiques : Les incendies criminels sont alimentés autant par des dynamiques locales que par certaines décisions politiques nationales et internationales. Agro é Fogo mènera donc un plaidoyer simultané sur trois niveaux : local (via la participation des leaders), national (en faisant pression sur les ministères et les parlementaires) et international (en intervenant notamment sur les débats autour de l’accord UE-Mercosur mais aussi sur la loi anti-déforestation de l’UE).
Un impact vital : l’urgence de se mobiliser
Environ 6 500 personnes issues de 50 communautés traditionnelles vivant en Amazonie, dans le Cerrado, le Pantanal, ainsi que désormais dans la Caatinga — nouveau territoire d’action du projet — dépendent directement de ces actions pour conserver leur mode de vie et leur souveraineté alimentaire.
Face aux incendies criminels et à l’expansion de l’agro-industrie, les communautés s’organisent, se forment et défendent leurs territoires. En soutenant Entraide et Fraternité et le réseau Agro é Fogo, vous vous tenez aux côtés de ces communautés dans leur combat pour la justice climatique et les droits humains. Ensemble, faisons grandir la résistance.






