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26 mai 2020  Actualités

“Business as usual” chez Socfin et Bolloré

Texte collectif

Le 26 et 27 mai 2020 ont lieu les assemblées générales des groupes Socfin et Bolloré.

Socfin, détenu à 39,7% par le Groupe Bolloré, contrôle 400 000 ha de concessions de palmiers à huile et d’hévéa dans dix pays d’Afrique et d’Asie. Alors qu’au Luxembourg et à Paris, les actionnaires se réunissent à huis clos pour se partager les dividendes, des milliers de personnes travaillant dans ces plantations sont touchées directement par la crise provoquée par le Covid-19. Les communautés locales dénoncent licenciements, congés sans soldes et le manque de mesures adéquates pour faire face au virus. Cet impact de la crise s’ajoute aux effets de la perte des terres sur l’agriculture et la sécurité alimentaire des populations locales. La résolution des conflits fonciers et la protection des travailleurs-euses et des droits humains ne semblent donc pas passer avant la recherche du profit pour les actionnaires et dirigeants de ces deux groupes.

Des mesures insuffisantes face à la pandémie

L’année dernière, selon Profundo, un groupe de recherche indépendant néerlandais, 30 millions d’euros ont été distribués aux principaux actionnaires et aux administrateurs du groupe Socfin, sur un bénéfice net de 47 millions . Cette année ne semble guère différente : 20 millions seront distribués sur un bénéfice net de 30 millions d’euros, malgré les tensions persistantes autour des plantations et la crise sanitaire et économique provoquée par le Covid-19.

Selon une lettre ouverte envoyée aux dirigeants des deux groupes fin avril, dans plusieurs pays, les travailleurs-euses de Socfin seraient renvoyé-es chez eux, forcé-es de prendre des congés sans solde, encourant le risque de perdre leurs droits. Au Liberia, Socfin serait en train de licencier des salarié-es sans notification - sans garantie de les ré-embaucher à temps plein. Selon la même lettre, dans plusieurs plantations au Cameroun, au Ghana et en Sierra Leone, des travailleurs-euses des agro-industries de palmiers à huile et d’hévéas gérées par Socfin ne se considèrent pas protégé-es correctement et se plaignent de mesures de protection insatisfaisantes. Ils-elles sont par exemple obligé-es de parcourir de grandes distances entassé-es dans des camions, n’ont pas de point d’eau pour se laver les mains et pas de gel hydroalcoolique non plus .

Dans ce contexte de pandémie mondiale, l’entreprise ne mettrait donc pas en place des mesures suffisantes pour protéger et assurer un revenu minimal à tous-tes ses travailleurs-euses et aux familles qui en dépendent.

À cette gestion de la crise du Covid par Socfin et Bolloré, s’ajoutent les tensions persistantes concernant les droits fonciers, les impacts environnementaux, les violences sexuelles et autres subies par les femmes, et les poursuites judiciaires.

Des abus toujours dénoncés : conflits fonciers, violences sexuelles, répression et poursuites bâillons

Les ONG et les communautés locales vont jusqu’aux tribunaux et mécanismes de plaintes pour dénoncer les abus observés et vécus :
- Il y a tout juste un an, le 27 mai 2019, dix ONG et syndicats assignaient en justice l’entreprise Bolloré pour forcer la mise en œuvre du plan d’action convenu dans le cadre de la médiation gérée par l’OCDE.
- Le même jour, une plainte a été engagée contre Socfin à la Banque mondiale, au sujet d’une série de problèmes causés par la Salala Rubber Corporation au Liberia, soutenue par un prêt de 10 millions de dollars de la Société Financière Internationale.
- En octobre 2019, une audition a eu lieu au tribunal de Nanterre avec 9 représentant-es autochtones Bunong, venu-es du Mondol Kiri au Cambodge pour défendre la cause des 80 plaignants contre le groupe Bolloré : ils-elles demandent la restitution de leurs terres occupées par Socfin-KCD. Des paysan-nes riverain-es camerounais-es se sont joints à leur démarche.
- En octobre également, une plainte a été déposée par des groupes de la société civile auprès du Point de Contact néerlandais de l’OCDE contre la banque ING pour son absence d’action effective contre les abus commis dans les plantations gérées par son client Socfin, au Cameroun et en Sierra Leone .

Par ailleurs, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre au sujet d’injustices subies par les femmes autour des plantations. Au Cameroun, des femmes ont publié le 8 mars 2020 une note dénonçant les conditions de travail, les abus sexuels, les dettes impayées, la destruction de leur environnement et le vol de leurs récoltes, y compris sur des plantations de filiales détenues pas Socfin (Socapalm, Sosucam).

Et les conflits fonciers continuent de créer des tensions. Au Nigeria, les communautés autour de la plantation d’Okomu tentent de réaffirmer leur souveraineté sur leurs terres qui, selon elles, ont été acquises par Socfin sans leur consentement. En Sierra Leone en janvier 2019, des mobilisations des communautés autochtones réclamant le respect de leurs droits par le groupe Socfin dans le district de Pujehun ont entraîné une intense répression par l’armée, qui a eu pour conséquences la mort de deux villageois, l’arrestation de 15 personnes et le déplacement de 2500 personnes, principalement des femmes et des enfants.

Enfin, Bolloré et Socfin ont mené de très nombreuses attaques en diffamation, qualifiées ainsi de “poursuites bâillons” par les ONG et journalistes visés : depuis 2009, plus d’une vingtaine de procédures en diffamation ont été lancées par Bolloré ou Socfin en France et à l’étranger contre des articles, des reportages audiovisuels, des rapports d’organisations non gouvernementales, un livre . Fin 2019 encore, Socfin a intenté une action pour diffamation et atteinte à la vie privée contre des représentant-es d’ONG et contre des ONG elles-mêmes en Belgique et au Luxembourg , et un procès pour diffamation est encore en cours contre Green Scenery en Sierra Leone .

Il est urgent que ces conflits soient résolus et que les poursuites cessent. Des sociétés étrangères comme Socfin tirent d’immenses profits de la terre et du travail des communautés d’Afrique et d’Asie. Le “monde de demain” se doit de sortir du “business as usual”, et l’enrichissement des dirigeants et des actionnaires ne doit plus prendre le pas sur les droits humains et environnementaux.

Signataires :

AEFJN, Belgique - AFASPA, France - Amis de la Terre France -Alliance for Rural Democracy, Liberia -CADTM, France -COLAT, Cameroun - Collectif pour la défense des terres malgaches, TANY (France) - Confédération Paysanne, France - COPACO, République Démocratique du Congo - CNRT, France - CNOP, Congo - Entraide et Fraternité, Belgique - ERA (Friends of the Earth), Nigeria - FIAN Belgium - FIAN Switzerland - GRAIN, international - Green Advocate, USA - Green Advocates, International - INSPIRIT Creatives, Germany - JUSTIC’ITIZ, Liberia - JVE, Côte d’Ivoire -MALOA, Sierra Leone -Milieudefensie - Friends of the Earth Netherlands - Muyissi, Environnement Gabon - Natural Resources Women’s Plateform, International - OGARSEAI, Gabon - OIP, Côte d’Ivoire - Pain pour le Prochain, Suisse - RADD, Cameroun - ReAct, International - REFEB, Côte d’Ivoire -Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Antenne de France - RIAO, République Démocratique du Congo -SEFE, Cameroun - SOS Faim, Luxembourg - Survie, France - SYNAPARCAM, Cameroun - The Oakland Institute, USA - Union des Villages Déguerpis, Côte d’Ivoire - We For Her, Côte d’Ivoire - World Rainforest Movement - YETIHO, Côte d’Ivoire





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