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22 mars 2021  Actualités

Interview

Nos partenaires congolais et la question de la dette

Trois responsables d’associations congolaises (CAB, APEF et Change) soutenues par Entraide et Fraternité ont répondu à nos questions sur la dette extérieure de leur pays.

Entraide et Fraternité : Le 22 Septembre 2020, le président de la RD Congo, Félix Tshisekedi,
soulignait, lors de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, le contexte exceptionnel de la pandémie. À cette occasion, il a estimé que les efforts de la « communauté internationale » devraient inclure des annulations de dettes afin de permettre aux pays de se reconstruire. Comment percevez-vous ce discours appelant à l’annulation de la dette ?

Nunu Salufa (APEF) : Nous soutenons ce discours, nous demandons l’annulation totale des dettes. Parce que le pays a tant souffert, depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours : c’est un pays qui vit dans la misère. Ces dix dernières années, nous avons vécu des conflits armés au niveau de notre sous-région, le Sud-Kivu. Chaque année, le gouvernement, au lieu de s’occuper de la misère, va donner la priorité au remboursement de la dette extérieure. C’est un poids pour nous. C’est pourquoi nous demandons l’annulation sans condition de la dette. Cela nous permettrait de nous relancer sur le plan économique et cela permettrait que la misère soit plus ou moins soulagée.

Sylvain-Dominique Akilimali (Change) : L’annulation de la dette est, en effet, indispensable vu que son remboursement contribue au blocage du développement de la RDC. Par exemple, la population n’a que très peu accès aux services sociaux de base et les routes d’intérêt national et de dessertes agricoles ne sont pas praticables. Le remboursement et les conditionnalités liées à la dette expliquent largement cette situation. La Covid-19 va encore aggraver cette situation en alourdissant le poids de la dette congolaise.

Patient Bagenda (CAB) : Ces dettes ont servi à enrichir les dirigeants, en grande partie, quand elles n’ont pas été investies dans des projets de prestige sans impact social et quand elles n’ont pas été retournées sous la forme d’achats de biens et de services auprès de ceux qui avaient octroyé les prêts. [Cependant,] il faut éviter que la question de la dette demeure un alibi pour justifier les insuffisances et les mauvaises politiques qui ont caractérisé les dirigeants congolais pendant plusieurs décennies.

Entraide et Fraternité : Si la dette congolaise devait être annulée, dans quels secteurs verriez-vous des investissements au Sud-Kivu ?

N. Salufa (APEF) : Ce que je vois en priorité, c’est l’agriculture. Parce que c’est un secteur clé dans la vie des gens. Même si on n’a pas d’électricité, on a besoin de manger, et on peut cultiver. Mettre de l’argent dans l’agriculture, c’est soulager la population. Puis, l’éducation, parce qu’en tant que femme, j’aimerais que le secteur éducatif ait des moyens pour que les femmes et les filles puissent aller à l’école. Puis, l’eau et l’assainissement.

S.-D. Akilimali (Change) : Pour nous, il y a quatre secteurs prioritaires où les pouvoirs publics doivent s’engager : la gratuité de l’enseignement, le soutien à l’agriculture, la gratuité de soins de santé (le paludisme, la diarrhée, les infections des voies supérieures et inférieures chez les enfants, l’accouchement et la malnutrition) et la construction des infrastructures routières.

P. Bagenda (CAB) : Les investissements devraient viser les infrastructures de base (les routes, l’électricité, l’eau, l’habitat/le logement) et les secteurs sociaux, principalement l’enseignement et la santé. Ils devraient également viser les secteurs de haute intensité de main-d’œuvre afin de donner de l’emploi aux jeunes (afin de
réduire les milices et le banditisme armé, entre autres). L’autre priorité, c’est l’investissement dans la sécurité des populations et la protection des frontières du pays : l’armée congolaise est à refaire, autant que la police et les services de sécurité. Un investissement dans le rétablissement de la conscience nationale, de bonnes mœurs politiques et une réforme du secteur de la justice constituent d’autres défis. La corruption, l’impunité, le détournement des recettes publiques, l’enrichissement des élites sont autant de tares qui doivent être éradiquées par un investissement humain et politique avisé.

Propos recueillis par
P. Cartier, I. Frank et R. Vivien

L’intégralité de ces interviews est téléchargeable sur le site internet www.annulerladette.be




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