Un drone vol au dessus d'un champs agricole
Analyses

L’agriculture numérique, une menace pour l’agroécologie ?

par Lila Lescornez
# numérique
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Entre capteurs d’humidité connectés et applications mobiles de suivi des prix du marché, l’agriculture mondiale connaît une transformation majeure ces dernières années : celle de la numérisation1Voir le document de la FAO. (2022). The State of Food and Agriculture 2022: Leveraging automation to transform agrifood systems.. Cette numérisation est souvent présentée par les institutions internationales et l’industrie agroalimentaire comme une solution miracle pour nourrir les populations et faire face au changement climatique2Voir le document publié par ETC Group en septembre 2022. Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power. Et le document de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. . Pourtant, l’agriculture dite numérique suscite de nombreuses questions.

En effet, si ces technologies promettent une optimisation des rendements, elles s’insèrent dans des systèmes agricoles très inégalitaires. Dans les pays du Sud comme aux Philippines et au Guatemala, la numérisation des systèmes alimentaires confronte les communautés paysannes à de nouveaux enjeux3Voir le document du FAO. (2022). The State of Food and Agriculture 2022: Leveraging automation to transform agrifood systems. Et celui de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. . Outre la question de la fracture numérique se pose celle de l’accaparement des données numériques et de la souveraineté des paysan·nes sur leurs propres moyens de production4Voir les documents de GRAIN datant de janvier 2021 intitulé Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres. Et le papier de GRAIN. (2021, janvier). Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres. Et celui de ETC Group daté de septembre 2022 intitulé Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power..

Comprendre l’agriculture numérique

L’agriculture numérique, aussi nommée « AgTech », englobe l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des données dans le secteur agricole. Ces technologies comprennent à la fois des technologies de pointe — drones, intelligence artificielle, capteurs de précision — et des outils plus accessibles comme les téléphones portables, les SMS pour les alertes météo ou encore les services de paiement mobile.

Le récit dominant, porté notamment par la Banque mondiale, la Fondation Bill & Melinda Gates ou les géants de l’agrobusiness (Bayer, Syngenta) et de la technologie (Microsoft, Amazon), affirme que la donnée est « le nouvel intrant agricole ». Selon ces acteurs, la numérisation permettrait une meilleure intégration des petits producteurs aux chaînes de valeur mondiales5Voir l’étude publiée par ETC Group en septembre 2022. Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power. Et le papier de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. .

Or, l’agriculture numérique est loin d’être neutre. Elle s’inscrit dans un modèle productiviste qui tend à déposséder les agriculteurs et agricultrices de leurs savoirs ancestraux et à les rendre dépendant·es de solutions privées et brevetées.  Elle est souvent justifiée par la nécessité d’intégrer les petits producteurs et productrices au sein des chaînes de valeurs mondiales – mais est-ce véritablement ce dont ils ont besoin ? Ne serait-ce pas plus bénéfique de leur fournir un accès sûr et durable à une terre non polluée, des moyens pour s’adapter à la crise climatique et des soutiens publics pour pratiquer l’agroécologie ?

Par ailleurs, l’agriculture numérique pose d’autant plus de questions qu’elle se développe ou est imposée dans des contextes où la démocratie est affaiblie. Dans ce cadre, les intérêts des décideurs politiques et des représentants de l’agro-industrie placent agriculteurs et agricultrices dans un rapport de force totalement inique. Ainsi, l’imposition des technologies au sein de l’agriculture a tendance à privilégier les intérêts de l’agro-industrie et des pouvoirs peu démocratiques qui les soutiennent. C’est justement ce que les exemples du Guatemala et des Philippines mettent en lumière.

Des Philippines au Guatemala : quand le mirage technologique aggrave les fractures agraires

Les Philippines : la numérisation au service de l’agro-industrie

Les Philippines connaissent un taux de pénétration mobile massif, avec environ142millions de connexions mobiles cellulaires au début de 2025, soit près de 122% de la population, ainsi qu’un taux de pénétration d’Internet d’environ 83,8%, entendu comme la part de la population utilisant Internet6Voir le document de la Banque mondiale. (2023). Indicateurs de développement mondial : Pénétration d’Internet et abonnements cellulaires. . Dans ce pays d’Asie du sud-est, l’agriculture numérique est fortement promue par le gouvernement. En effet, le secrétaire à l’Agriculture, William Dar, a affirmé, lors de la session ministérielle de haut niveau de la 35e Conférence régionale de la FAO pour l’Asie et le Pacifique (APRC35) :

“We aim to integrate digital technologies in the food value chain and logistics, benefiting both producers and consumers.”7« Notre objectif est d’intégrer les technologies numériques à la chaîne de valeur alimentaire et à la logistique, au bénéfice des producteurs comme des consommateurs. »

La numérisation de l’agriculture est aussi portée par le secteur privé. Des outils et plateformes numériques comme le Rice Crop Manager Advisory Service (RCMAS), WeRise, le MOET App, mais aussi des plateformes plus commerciales comme Syngenta Tiwala App ou Cropital, proposent aux riziculteurs et rizicultrices des recommandations de semis, de fertilisation ou encore des solutions de financement accessibles par smartphone. Cependant, bien que ces initiatives soient séduisantes sur le papier, des rapports d’organisations paysannes comme le réseau MASIPAG, alertent sur les dérives d’un tel système.8Voir MASIPAG (Farmer‑Scientist Partnership for Development). (s.d.). Rapports annuels et plaidoyers sur les impacts des technologies agricoles sur les petits producteurs rizicoles aux Philippines. 

En outre, bien avant l’arrivée des technologies dans les champs, la simple numérisation des processus administratifs posait déjà un problème en ce qu’elle provoquait une exclusion structurelle. À cet égard, le Registre du système de base des secteurs agricoles (RSBSA), base de données de l’État créée pour distribuer des aides, illustre très bien cette dynamique. En effet, ce système, exclusivement dédié aux propriétaires, a souvent mis de côté les paysan∙nes sans terre ou les métayers dénué·es de titres de propriété officiels, accentuant ainsi les inégalités foncières préexistantes sous couvert de modernisation

Le Guatemala : une numérisation agricole sous fortes contraintes structurelles

Au regard de l’agriculture numérique, le Guatemala constitue aussi un terrain pertinent. En effet, le secteur agricole y représente environ 9,8% du PIB et emploie près d’un tiers de la main-d’œuvre, tandis que 46,1% de la population vivent en zone rurale.9Voir MEDA. (2025). Guatemala.  

Dans le même temps, le pays est marqué par de profondes inégalités sociales et territoriales : 56% de la population vivent dans la pauvreté, les petit·es exploitant·es représentent60,8% du secteur agricole, et 2,7 millions de personnes se trouvaient en situation d’insécurité alimentaire aiguë entre septembre 2024 et février 2025. Dans ce contexte, l’agriculture numérique est de plus en plus promue à travers des outils de conseil agricole, d’information sur les marchés, ou de gestion numérique de l’irrigation par exemple.10Voir le document de l’U.S. International Trade Administration. (2024, 17 septembre). Guatemala – Digital economy. Et celui de CGIAR. (2024). Perfil de agricultura digital Guatemala.

Par ailleurs, le pays dispose d’une forte diffusion du téléphone mobile, avec plus de 20 millions de connexions mobiles enregistrées en 2025, tandis que le taux de pénétration d’Internet atteignait 60,8%.

Cette connectivité ne signifie pourtant pas un accès égal aux usages numériques agricoles : dans un contexte marqué par de fortes inégalités foncières, par l’exclusion persistante des populations autochtones et par la marginalisation d’une partie du monde rural, les petit·es producteurs et productrices ne disposent pas nécessairement des ressources, des infrastructures, des formations ou du pouvoir de marché11Le pouvoir de marché se définit comme la capacité à négocier, à influencer les prix et à dicter les conditions d’un échange. nécessaires pour s’approprier ces outils dans des conditions favorables. Dès lors, la numérisation agricole risque moins de transformer les structures de vulnérabilité que d’intégrer les paysan·nes à des dispositifs techniques et marchands conçus par des acteurs externes, sans agir sur les déterminants de fond que sont la pauvreté rurale, l’inégale distribution de la terre et l’exclusion des communautés autochtones12Voir Oxfam. (2022, 24 mai). Les inégalités foncières au cœur des inégalités sociétales.  .

Le contexte européen : un écho aux luttes paysannes des Suds

Si l’agriculture numérique soulève de vifs débats dans les pays du Sud, elle fait également l’objet de rapports de force politiques complexes au Nord. Loin d’être un enjeu exclusivement réservé aux pays dits « en développement », la numérisation des campagnes européennes révèle des fractures qui résonnent fortement avec celles observées aux Philippines et au Guatemala.

L’Union européenne : entre impératif de compétitivité, « verdissement » et critiques paysannes

Au niveau européen, les institutions promeuvent fortement l’agriculture dite “intelligente” – qui se traduit smart farming en anglais – comme levier incontournable de la transition écologique et de la Politique agricole commune (PAC)13Voir le document publié par la Commission européenne : Numérisation du secteur agricole de l’UE. Ce discours institutionnel européen présente la technologie comme une solution pour concilier ses objectifs de rendements élevés et le respect de l’environnement (notamment en ciblant la dispersion de pesticides à l’aide de satellites). À titre d’exemple, la Commission européenne prévoit 300 millions d’euros pour le nouveau Partenariat européen ”agriculture des données” afin de financer le déploiement des technologies numériques au sein du secteur agricole. En parallèle, des projets pilotes à grande échelle comme IoF2020 (pour 34 millions d’euros)14« Innover dans le domaine de l’Internet des objets (IdO) pour renforcer les chaînes alimentaires européennes ». Voir Internet of Food and Farm 2020 et DEMETER (pour 17,6millions d’euros et 6000 agriculteurs dans 18 pays)15« L’objectif de DEMETER est de mener la transformation numérique du secteur agroalimentaire européen grâce à l’adoption rapide des technologies IoT avancées, de la science des données et de l’agriculture intelligente, garantissant ainsi sa viabilité et sa durabilité à long terme. » voir H2020 DEMETER PROJECT ainsi que SmartAgriHubs (avec 22,4 millions d’euros prévus)16« SmartAgriHubs est un projet européen €20M relevant de l’instrument Horizon 2020 et rassemble un consortium de plus de 164 partenaires du secteur agroalimentaire européen. Le projet vise à réaliser la numérisation de l’agriculture européenne en favorisant un écosystème d’innovation agricole dédié à l’excellence, à la durabilité et au succès. » voir SmartAgriHubs illustrent de façon concrète l’engagement de l’UE en faveur de l’agriculture numérique.

Toutefois, ce techno-optimisme européen fait face à des voix particulièrement critiques. Parmi elles, on retrouve notamment la Coordination européenne Via Campesina (ECVC) qui alerte sur le fait que la numérisation de l’agriculture telle qu’elle est pensée et subventionnée aujourd’hui a tendance à favoriser l’agrobusiness au détriment de l’agroécologie paysanne.17Voir la brochure Les défis de la numérisation pour l’agroécologie paysanne : perspective d’ECVC, publiée par la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC). Pour des mouvements comme ECVC, la technologie sert de cheval de Troie : elle maintient sous perfusion un modèle agro-industriel à bout de souffle tout en verdissant son image sans remettre en question pour autant la monoculture18La monoculture est un mode de production agricole qui consiste à cultiver une seule et même espèce végétale sur une parcelle ou exploitation, sans rotation des cultures. et la taille démesurée de certaines exploitations. Pire, elle impose des solutions brevetées éloignant physiquement et intellectuellement les paysans de la terre agricole.19 Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole.

Qu’est-ce que le techno-solutionnisme ?

Le techno-solutionnisme désigne l’idée selon laquelle des outils technologiques — applications, plateformes, algorithmes ou objets connectés — pourraient, à eux seuls, résoudre des problèmes qui sont en réalité des problèmes politiques, sociaux, environnementaux ou économiques.20Voir le document publié par Morozov, To Save Everything, Click Here, 2013.

Dans le domaine agricole, cela revient par exemple à croire qu’une application météo ou un outil numérique peut compenser les bouleversements climatiques, l’absence de réforme agraire, d’infrastructures rurales ou de protection des petits producteurs.21Voir le document publié par Selwyn, Is Technology Good for Education?, 2016.

France et Belgique : une numérisation conditionnée au modèle agricole

Au niveau national, que ce soit en France ou en Belgique, la numérisation n’est pas d’office rejetée par le monde rural. Néanmoins, son acceptation varie selon le modèle agricole défendu par les différents syndicats.

Les partisans d’une modernisation compétitive

Les syndicats agricoles dits majoritaires, comme la FNSEA en France ou le Boerenbond, la FWA22Fédération wallonne de l’agriculture et la FJA23Fédération des jeunes agriculteurs en Belgique, perçoivent la numérisation comme une sorte de passage obligé24Voir le communiqué de presse publié par FUGEA : 30e anniversaire de la Journée des luttes paysannes : Stop UE-Mercosur.. À leur sens, l’agriculture de précision, permise grâce à des technologies comme les drones, les tracteurs autoguidés par GPS ou les colliers connectés pour le bétail, est le seul moyen de rester compétitifs face au libre-échange mondial. C’est aussi, selon eux, une bonne façon de respecter les normes environnementales sans avoir à repenser la structure de leurs fermes tout en rendant le travail moins pénible. À cet égard, le Boerenbond insiste sur cette dynamique : ”Notre société en évolution rapide demande à chacun de nous créativité et innovation continues. Le Boerenbond investit dans des outils et instruments pour accélérer les innovations dans l’agriculture”25Voir la page de présentation thématique « Innovatie » (Innovation), site officiel du syndicat Boerenbond. En ligne : www.boerenbond.be/domein/innovatie (notre traduction).

La FNSEA elle-même promet que le numérique permet “à la fois de gagner en compétitivité économique et de minimiser l’impact environnemental”.26Voir le Cahier d’acteur FNSEA, contribution à la Concertation publique sur la Stratégie française sur l’énergie et le climat, novembre 2021, p. 3. Le syndicat y souligne que le numérique permet « de gagner en compétitivité [et] de réduire l’impact environnemental

Les défenseurs de l’autonomie paysanne


À l’inverse, d’autres organisations, comme la Confédération paysanne (France), l’Atelier Paysan (France), la Fugea (Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs, Belgique) ou un centre d’études comme le Cetri (Centre tricontinental) portent un regard beaucoup plus critique sur ces technologies.

La Fugea elle-même se définit comme un mouvement qui développe « des politiques agricoles défendant l’autonomie paysanne et une agriculture durable multifonctionnelle », promouvant « une agriculture à taille humaine, rémunératrice, autonome, saine, de qualité et respectueuse de l’environnement ». Sans être « technophobe », la Fugea dénonce tout de même la numérisation lorsqu’elle s’accompagne de surinvestissement matériel et aggrave l’endettement des petites fermes.27Voir le document de présentation « Qui sommes-nous ? » et la Charte officielle, site de la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA), en ligne : www.fugea.be.

Comme le souligne le Cetri , « les technologies ne sont pas neutres, même si certains usages peuvent se révéler plus ou moins émancipateurs. Elles sont en effet principalement développées par et pour des acteurs aux intérêts spécifiques ». Le Centre tricontinental alerte également sur la perte d’autonomie des agriculteurs et agricultrices, que ce soit dans les pays du Nord ou dans les pays du Sud. En effet, d’une part, les prescriptions algorithmiques tendent à remplacer l’observation et le bon sens agronomique ; d’autre part, les agriculteurs et agricultrices deviennent captifs de certains logiciels. Par exemple, lorsqu’un tracteur connecté tombe en panne, l’agriculteur ou l’agricultrice n’a plus le droit ni la capacité technique d’intervenir pour le réparer, le/la rendant totalement dépendant·e du constructeur28Voir l’article « Numérisation de l’agriculture : comment et pour qui ? » du Centre tricontinental (CETRI), rédigé par Cédric Leterme et publié le 21 janvier 2022..

Ce constat de perte de bon sens agronomique est partagé par l’UNAB (Union nationale des agrobiologistes belges). En effet, le syndicat des agriculteurs biologiques remet régulièrement en cause ce qu’il appelle « l’agriculture de dates », résultat de l’informatisation croissante des contrôles administratifs. Les producteurs bio dénoncent ces logiciels et plateformes numériques leur imposant des dates rigides pour les semis ou les récoltes en faisant totalement abstraction des aléas météorologiques29Oxfam-Magasins du monde, 2023 ; Ville de Lessines, 2024.. Pour l’UNAB, confier le calendrier agricole à des outils informatiques standardisés participe à la dépossession du paysan de sa capacité d’observation directe de la nature et de son expertise de terrain.

L’Atelier paysan, de son côté, dénonce ces « règles de propriété intellectuelle et industrielle, normes adaptées à l’agriculture industrielle, prix exorbitants et complexification des outils et procédures » qui « tendent à restreindre les capacités de prise de décision des paysans et paysannes en ce qui concerne leur agroéquipement ».[30]Voir l’entretien « L’Atelier Paysan : produire des technologies appropriées au service de l’agroécologie paysanne », publié sur le portail Ritimo le 10 mai 2022.[/note]

Ces acteurs dénoncent également le côté greenwashing de la numérisation de l’agriculture. En effet, comme évoqué plus haut, les institutions européennes présentent la technologie comme une solution pour concilier rendements élevés et respect de l’environnement, alors que les effets environnementaux liés au numérique demeurent peu étudiés et méconnus. La Confédération paysanne accuse ainsi le modèle productiviste de « privilégier les grandes cultures pour l’export et l’élevage intensif au détriment des petits paysans ». De plus, comme le note le Cetri, « il en résulte également une désappropriation des savoirs qui va de pair avec une uniformisation des pratiques favorable à l’agriculture intensive et aux monocultures ». Et, pour les (petits) agriculteurs en agroécologie, qu’ils se trouvent dans les pays du Sud ou au Nord, « les conseils qu’ils recevront [des plateformes numériques] seront totalement inutiles ».30Voir l’article « Numérisation de l’agriculture : comment et pour qui ? » du Centre tricontinental (CETRI), rédigé par Cédric Leterme et publié le 21 janvier 2022.

Ce débat européen éclaire d’une lumière nouvelle les situations du Guatemala et des Philippines évoquées dans cette analyse. En effet, partout à travers le monde, l’importance grandissante de la numérisation dans l’agriculture pose exactement la même question politique : qui contrôle la technologie et à qui profite la donnée récoltée dans les champs ?

Dans ce cadre, qu’il s’agisse d’un éleveur wallon dont le robot de traite envoie les données de son troupeau à une multinationale de l’agroéquipement, d’un riziculteur philippin contraint d’utiliser la Syngenta Tiwala App ou d’une communauté rurale guatémaltèque ciblée par des applications de microcrédit agricole, le risque est identique31Voir le document publié par l’International Fund for Agricultural Development (IFAD) : Assurance.. La numérisation de l’agriculture génère des effets asymétriques qui fragilisent l’agriculture familiale.

Le « Data Grabbing »32Accaparement des données. ou l’accaparement des données  : une dépendance économique

De la même manière qu’elles accaparent des terres, les multinationales s’emparent aujourd’hui des données agricoles telles que celles relatives à la qualité des sols, à la météo, aux rendements…33Voir les documents de ETC Group. (2022, septembre). Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power.  Et celui de GRAIN. (2021, janvier). Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres.  Ces informations, pourtant produites gratuitement par les communautés rurales et les paysan∙nes, sont ensuite privatisées, analysées, puis revendues aux agriculteurs et agricultrices sous la forme de conseils payants ou de polices d’assurance.

  • Au Sud : Comme le note le rapport de l’ONG GRAIN (2021), les paysan∙nes philippin·es et guatémaltèques deviennent des fournisseurs et fournisseuses de matières premières numériques gratuites qui sont ensuite monétisées.
  • Au Nord : Cette même logique suscite l’inquiétude en Europe. Si les syndicats majoritaires (FNSEA en France, Boerenbond, FWA et FJA en Belgique) voient souvent dans l’accumulation de ces données un levier de compétitivité, les organisations de l’agriculture paysanne (la Confédération paysanne en France et FUGEA en Belgique) dénoncent une captation de la valeur.34Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole. L’agriculteur ou l’agricultrice paie pour des tracteurs suréquipés et des capteurs, mais les données générées enrichissent les géants de l’AgTech (comme John Deere ou Bayer), créant une dépendance technologique et financière (endettement) de plus en plus lourde pour les petites fermes35Voir le document publié par Carolan, Automating Agriculture,2020..

Le numérique, une technologie vraiment “immatérielle” ?

Le numérique est souvent présenté comme quelque chose de dématérialisé. Pourtant, il repose sur des infrastructures très concrètes : smartphones, capteurs, batteries, câbles, centres de données et serveurs.36Voir le document publié par Crawford, Atlas of AI, 2021.

Or, ces équipements nécessitent l’extraction de nombreux minerais, comme le cobalt ou le tantale, avec des conséquences sociales et environnementales importantes dans plusieurs pays du Sud comme la République démocratique du Congo37Voir les documents publiés par Amnesty International sur le cobalt en République démocratique du Congo, 2016 et 2019. . Promouvoir l’agriculture numérique sans interroger cette matérialité revient donc aussi à invisibiliser l’extractivisme qui rend ces technologies possibles38Voir le document publié par Crawford, Atlas of AI, 2021..

La dépossession des savoirs et la perte d’autonomie

L’agroécologie repose sur trois éléments interconnectés : l’observation fine de la nature, l’adaptation au microclimat local et l’échange horizontal des savoirs entre pair·es39Voir le document publié par Van der Ploeg, The New Peasantries, 2018.. A contrario, l’agriculture numérique impose la centralisation du savoir agricole dans des serveurs (le « Cloud »).

  • Une standardisation mondiale : Que ce soit dans les champs de blé wallons ou les rizières philippines, l’expertise humaine et l’intuition paysanne sont progressivement remplacées par des prescriptions algorithmiques standardisées40Voir le document publié par Klerkx et al., “Digitalisation of agriculture”, 2019..
  • De paysan·ne à « exécutant·e » : La Coordination européenne Via Campesina (ECVC) souligne que l’agriculteur et l’agricultrice risquent de se transformer en simples exécutant·es des recommandations dictées par leur application mobile41 Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole.. Cette perte d’autonomie décisionnelle fragilise leur capacité d’adaptation face aux imprévus climatiques, tout en les enfermant dans des systèmes propriétaires (outils non réparables de façon autonome, logiciels brevetés)42Voir le document publié par Wiseman et al., “Farmers and their data”, 2019. C’est pourquoi, si ECVC admet que « les outils numériques peuvent faciliter les échanges de connaissances et aider les paysan·nes à faire face aux défis climatiques », elle souligne que ces outils « doivent les autonomiser plutôt que leur imposer des solutions externes43La Via Campesina Les défis de la numérisation pour l’agroécologie paysanne du point de vue de l’ECVC ».

Une fracture asymétrique : de la compétitivité à la survie

C’est ici que, selon qu’on parle du Nord ou du Sud, les conséquences diffèrent par leur gravité. Le système est le même, mais les filets de sécurité étatiques ne le sont pas.

  • Au Nord, une fracture de compétitivité : en Europe, la fracture numérique se joue sur l’accès au capital. Les fermes familiales qui n’ont pas les moyens d’investir dans ces technologies de pointe risquent d’être disqualifiées par le marché et absorbées par de plus grandes exploitations44Voir le document publié par la Coordination européenne Via Campesina sur les effets de la digitalisation sur les fermes familiales européennes..
  • Au Sud, une menace pour les droits fondamentaux et la survie : Au Guatemala et aux Philippines, la numérisation vient percuter des populations confrontées à l’extrême pauvreté et à la faim.45Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022.
    • Exclusion foncière et administrative : aux Philippines, le registre numérisé RSBSA exclut de facto les métayers et les sans-terre qui ne possèdent pas de titres de propriété officiels, les privant d’aides vitales.46Voir le document publié par la Philippine Statistics Authority et le Department of Agriculture sur le RSBSA.
    • Inégalités de genre : les femmes, qui constituent la grande majorité de la main-d’œuvre agricole vivrière dans les pays du Sud, ont statistiquement un accès moindre aux smartphones et à Internet. L’International Rice Research Institute (2025) rappelle qu’elles sont moins alphabétisées numériquement que les hommes. Numériser les aides ou l’accès aux marchés sans corriger cette asymétrie revient à exclure davantage les productrices les plus vulnérables.47Voir le document publié par GSMA, Mobile Gender Gap Report, 2022.
    • Marginalisation autochtone : Au Guatemala, où les inégalités territoriales sont profondes, proposer des applications de gestion de l’irrigation aux communautés autochtones sans d’abord sécuriser leurs droits fonciers ou leur accès physique à l’eau relève du cynisme technologique.48Voir le document publié par la FAO ou par des études de cas sur le Guatemala et la digitalisation agricole.

Qu’est-ce que l’alphabétisation numérique ?

L’alphabétisation numérique désigne la capacité à utiliser les outils numériques, à chercher et comprendre l’information en ligne, à communiquer et à utiliser des services numériques de manière sûre et critique.
Elle ne se limite donc pas à posséder un smartphone ou avoir accès à internet : elle suppose aussi de savoir se servir réellement du numérique dans la vie quotidienne.49Voir le document publié par l’UNESCO sur l’alphabétisation numérique.

Pourquoi cette dynamique s’impose-t-elle ?

Si l’agriculture numérique prend de plus en plus d’importance, c’est parce qu’elle représente un marché colossal pour le capitalisme de plateforme.50Le capitalisme de plateforme se définit comme un modèle d’accumulation reposant sur des plateformes numériques qui centralisent les données, structurent les échanges et extraient de la valeur des interactions entre usagers. (Srnicek, 2019) De plus, l’agro-industrie voit la vente de services numériques comme un nouveau levier de croissance.51Voir le document publié par ETC Group, Plate Tech-tonics, 2019.

Cette dynamique perdure aussi parce qu’elle séduit le personnel politique. Il faut dire que le techno-solutionnisme est très confortable sur le plan politique. Il est plus facile pour un État ou une institution internationale d’annoncer le lancement d’une application météo que de mettre en place des réformes agraires ou de s’attaquer aux cartels de l’agroalimentaire.

En effet, à titre de comparaison, le coût d’une application mobile varie de10 000 à 50 000 euros (jusqu’à 100 000 euros pour une application complexe), avec seulement 20% supplémentaires pour la maintenance annuelle. En comparaison, la PAC 2021-2027 a un budget de 387 milliards d’euros sur 7 ans, dont96,75 milliards d’euros (25%) pour les écoschémas52Dans le cadre de la PAC, les « éco-schémas » ou « éco-régimes » sont des primes versées aux agriculteurs et agricultrices qui s’engagent volontairement à adopter des pratiques favorables à l’environnement, au climat ou au bien-être animal. (selon les données de la Commission européenne et l’article 97 du Règlement UE 2021/2115).

L’acceptabilité politique est radicalement différente : une application météo est perçue comme un service public utile et consensuel, alors que les réformes agraires menacent directement les intérêts des grands propriétaires terriens et l’agro-industrie. Les cartels de l’agroalimentaire contrôlent 80% du marché alimentaire européen et mènent un lobbying massif à Bruxelles (15 000lobbyistes enregistrés, avec des dépenses de plusieurs centaines de millions d’euros par an).

Les réformes structurelles comme la redistribution des terres ou la régulation des pouvoirs de marché suscitent l’opposition frontale des lobbys agricoles puissants (FNSEA, COPA-COGECA) tandis que les applications numériques sont présentées comme des « solutions » techniquement neutres qui ne remettent pas en cause les rapports de force existants.

Pistes d’action et recommandations

Pour que les technologies soient réellement utiles aux communautés agricoles, un renversement de paradigme est essentiel. Ici, l’Union européenne et la Belgique ont une double responsabilité. D’une part, leurs politiques internes (comme la Politique agricole commune – PAC) façonnent le modèle agricole européen.

D’autre part, leurs politiques de coopération, comme la coopération belge orientée vers des « partenariats mutuellement bénéfiques » axés sur le contrôle des flux migratoires et l’accès aux ressources naturelles infléchissent directement les trajectoires agricoles dans les pays du Sud53Au sujet de l’orientation actuelle de la politique de coopération de l’UE, lire Global Gateway – une coopération au service du Sud… ou de l’Europe ?, Lora Verheecke, analyse, Entraide et Fraternité, décembre 2025. .

Ensuite, les accords de libre-échange – comme l’accord UE-Mercosur, dénoncé par des ONG comme toxique pour l’agriculture, la santé, l’environnement, les droits sociaux et les droits humains -, influencent directement les trajectoires agricoles dans les pays du Sud comme les Philippines54Un accord de libre-échange est en négociation entre l’UE et les Philippines. ou le Guatemala55Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022, et par la Commission européenne sur la PAC et la numérisation..

Pour être crédibles et justes, l’UE et la Belgique doivent faire preuve de cohérence : elles ne peuvent pas alerter sur les dépendances numériques56La stratégie de Coopération au développement de la Belgique intègre l’approche « Digital for Development » (D4D), insiste sur un numérique inclusif et la réduction de la fracture numérique. (SPF Affaires étrangères, 2016). De son côté, l’Union européenne, à travers sa stratégie Global Gateway et son approche « centrée sur l’humain » affirmée dans la Déclaration européenne sur les droits et principes numériques, 2022, met officiellement en garde contre les asymétries de pouvoir liées aux données et prône la souveraineté numérique dans ses partenariats avec les pays du Sud. (Parlement européen et al., 2023) et prôner une souveraineté technologique pour les pays du Sud tout en subventionnant un modèle d’accaparement technologique et de captation des données par l’agro-industrie au Nord.57Voir le document publié par IPES-Food, Towards a Common Food Policy for the EU, 2019.

1. Refuser le techno-solutionnisme : traiter les causes politiques avant les symptômes.

La technologie ne résout pas les problèmes structurels.58Voir le document publié par Morozov, To Save Everything, Click Here, 2013. Aux Philippines comme au Guatemala, la priorité absolue doit être donnée à la réforme agraire, à la sécurisation des droits fonciers et à la construction d’infrastructures physiques (routes, systèmes d’irrigation publics) avant de déployer des infrastructures numériques.59Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022.  De même, en Europe, la priorité doit être de garantir des prix rémunérateurs pour les agriculteurs et agricultrices plutôt que de les pousser à s’endetter dans des technologies coûteuses censées pallier la baisse de leurs revenus.60Voir le document publié par la Coordination européenne Via Campesina et par Carolan, Automating Agriculture, 2020.

Quel positionnement pour l’UE et la Belgique ? Dans leurs politiques de développement comme dans la PAC, l’UE et la Belgique doivent arrêter de présenter la numérisation comme un synonyme de développement ou de transition écologique. Tout financement d’un projet numérique doit être conditionné à une analyse stricte de son impact sur les droits humains, les inégalités de genre et l’endettement paysan.

2. Promouvoir une technologie inclusive, l’open source et le droit à la réparation.

Si des technologies numériques sont utilisées, elles doivent être sous le contrôle direct des communautés agricoles.61Voir le document publié par la FAO, The 10 Elements of Agroecology, 2018.  Cela signifie qu’il faut soutenir les outils numériques libres (open source)62Cela signifie que tout le monde a accès à l’outil numérique, peut le partager et le modifier. conçus pour et avec les paysan·nes, ainsi que l’innovation « low-tech »63Voir le document publié par la FAO, The 10 Elements of Agroecology, 2018, et par le HLPE, Agroecological approaches, 2019.. Il est également crucial de garantir le droit à la réparation : un agriculteur ou une agricultrice, belge ou guatémaltèque, ne doit pas être dépendant·e du bon vouloir d’un constructeur pour réparer son propre matériel connecté.64Voir le document publié par Right to Repair Europe et par la Commission européenne sur le Data Act, 2023.

Quel positionnement pour l’UE et la Belgique ?

La Belgique et l’UE doivent cesser de soutenir (via des subventions publiques ou des partenariats de coopération) les plateformes propriétaires fermées qui confisquent le contrôle des outils. Elles doivent légiférer contre les monopoles technologiques agricoles et financer la recherche participative qui associe directement les paysan·nes.

3. Garantir la souveraineté des données paysannes.

Les données numériques (rendements, météo locale, qualité des sols) issues des territoires paysans doivent être considérées comme un bien commun et non comme une matière première privatisable65Voir le document publié par Bronson et Knezevic, “Big Data in food and agriculture”, 2016.. Des cadres légaux stricts doivent protéger les agriculteurs et agricultrices contre le data grabbing (l’accaparement des données) opéré par le secteur privé.66Voir le document publié par GRAIN, Digital agriculture: The new frontier for corporate control of farming, 2021.

Quel positionnement pour l’UE et la Belgique ?

L’UE et la Belgique doivent s’assurer que leurs propres réglementations (comme le Data Act européen) protègent réellement les petits producteurs et productrices face aux géants de l’AgTech. Sur le plan international, elles doivent encadrer strictement les entreprises européennes de l’agrobusiness opérant au Sud, afin d’éviter que les espaces ruraux philippins ou guatémaltèques, par exemple, deviennent de simples réservoirs de données pour la finance numérique.

4. Privilégier le financement de l’agroécologie paysanne.

L’agroécologie paysanne a déjà prouvé sa résilience face aux chocs climatiques et économiques, car elle repose sur l’autonomie et les savoirs locaux. Pourtant, elle reste largement sous-financée par rapport aux solutions technologiques de l' »agriculture de précision ».67Voir le document publié par IPES-Food, A Long Food Movement, 2021, et par ETC Group, Plate Tech-tonics, 2019.

Quel positionnement pour l’UE et la Belgique ?

L’UE et la Belgique doivent opérer une réorientation massive de leurs fonds : tant les subventions de la PAC (au niveau interne) que les budgets d’Aide publique au développement (au niveau externe) doivent cesser de nourrir l’agriculture “intelligente” dirigée par les multinationales. Elles doivent privilégier le soutien aux semences paysannes, aux marchés locaux, aux circuits courts et à la souveraineté alimentaire des petit·es producteurs et productrices.

En conclusion…

L’agriculture numérique ne peut se substituer à la justice sociale. Imposer des drones et des applications algorithmiques à des paysan·nes qui luttent quotidiennement contre l’accaparement de leurs terres est non seulement inefficace, mais cynique.

L’enjeu aujourd’hui, pour Entraide et Fraternité ainsi que ses partenaires locaux, est de connecter les communautés agricoles non aux serveurs des multinationales mais à leurs droits, leurs terres et à leur souveraineté alimentaire.

Bibliographie et sources empiriques

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  • Chapelle, S. (2014, 25 avril). Concentration foncière en Europe : vers une agriculture sans paysans ? Observatoire des multinationales.
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  • Commission européenne. (2021, 1 décembre). Le portail mondial (Global Gateway) (Communication conjointe JOIN(2021) 30 final). Commission européenne et Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
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  • Dagne, T. W. (2019). A data justice framework for farm data in the context of African indigenous farmers. Law, Social Justice and Global Development,
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  • International Rice Research Institute. (2025, 21 avril). Bridging the gender divide in agriculture through digital tools.
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  • MASIPAG (Farmer‑Scientist Partnership for Development). (s.d.). Rapports annuels et plaidoyers sur les impacts des technologies agricoles sur les petits producteurs rizicoles aux Philippines.
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  • Wiseman, L., et al. (2019). Farmers and their data. International Data Privacy Law.
  • World Food Programme. (2025). Rapport succinct de l’évaluation du plan stratégique pour le Guatemala.

  • 1
    Voir le document de la FAO. (2022). The State of Food and Agriculture 2022: Leveraging automation to transform agrifood systems.
  • 2
    Voir le document publié par ETC Group en septembre 2022. Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power. Et le document de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. 
  • 3
    Voir le document du FAO. (2022). The State of Food and Agriculture 2022: Leveraging automation to transform agrifood systems. Et celui de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. 
  • 4
    Voir les documents de GRAIN datant de janvier 2021 intitulé Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres. Et le papier de GRAIN. (2021, janvier). Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres. Et celui de ETC Group daté de septembre 2022 intitulé Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power.
  • 5
    Voir l’étude publiée par ETC Group en septembre 2022. Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power. Et le papier de IPES‑Food. (2022). Concentration du pouvoir et systèmes alimentaires : Comment les grandes entreprises s’emparent de l’agriculture numérique. 
  • 6
    Voir le document de la Banque mondiale. (2023). Indicateurs de développement mondial : Pénétration d’Internet et abonnements cellulaires. 
  • 7
    « Notre objectif est d’intégrer les technologies numériques à la chaîne de valeur alimentaire et à la logistique, au bénéfice des producteurs comme des consommateurs. »
  • 8
    Voir MASIPAG (Farmer‑Scientist Partnership for Development). (s.d.). Rapports annuels et plaidoyers sur les impacts des technologies agricoles sur les petits producteurs rizicoles aux Philippines. 
  • 9
    Voir MEDA. (2025). Guatemala.  
  • 10
    Voir le document de l’U.S. International Trade Administration. (2024, 17 septembre). Guatemala – Digital economy. Et celui de CGIAR. (2024). Perfil de agricultura digital Guatemala.
  • 11
    Le pouvoir de marché se définit comme la capacité à négocier, à influencer les prix et à dicter les conditions d’un échange.
  • 12
    Voir Oxfam. (2022, 24 mai). Les inégalités foncières au cœur des inégalités sociétales.  
  • 13
    Voir le document publié par la Commission européenne : Numérisation du secteur agricole de l’UE
  • 14
    « Innover dans le domaine de l’Internet des objets (IdO) pour renforcer les chaînes alimentaires européennes ». Voir Internet of Food and Farm 2020
  • 15
    « L’objectif de DEMETER est de mener la transformation numérique du secteur agroalimentaire européen grâce à l’adoption rapide des technologies IoT avancées, de la science des données et de l’agriculture intelligente, garantissant ainsi sa viabilité et sa durabilité à long terme. » voir H2020 DEMETER PROJECT
  • 16
    « SmartAgriHubs est un projet européen €20M relevant de l’instrument Horizon 2020 et rassemble un consortium de plus de 164 partenaires du secteur agroalimentaire européen. Le projet vise à réaliser la numérisation de l’agriculture européenne en favorisant un écosystème d’innovation agricole dédié à l’excellence, à la durabilité et au succès. » voir SmartAgriHubs
  • 17
    Voir la brochure Les défis de la numérisation pour l’agroécologie paysanne : perspective d’ECVC, publiée par la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC).
  • 18
    La monoculture est un mode de production agricole qui consiste à cultiver une seule et même espèce végétale sur une parcelle ou exploitation, sans rotation des cultures.
  • 19
     Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole.
  • 20
    Voir le document publié par Morozov, To Save Everything, Click Here, 2013.
  • 21
    Voir le document publié par Selwyn, Is Technology Good for Education?, 2016.
  • 22
    Fédération wallonne de l’agriculture
  • 23
    Fédération des jeunes agriculteurs
  • 24
    Voir le communiqué de presse publié par FUGEA : 30e anniversaire de la Journée des luttes paysannes : Stop UE-Mercosur.
  • 25
    Voir la page de présentation thématique « Innovatie » (Innovation), site officiel du syndicat Boerenbond. En ligne : www.boerenbond.be/domein/innovatie (notre traduction)
  • 26
    Voir le Cahier d’acteur FNSEA, contribution à la Concertation publique sur la Stratégie française sur l’énergie et le climat, novembre 2021, p. 3. Le syndicat y souligne que le numérique permet « de gagner en compétitivité [et] de réduire l’impact environnemental
  • 27
    Voir le document de présentation « Qui sommes-nous ? » et la Charte officielle, site de la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA), en ligne : www.fugea.be.
  • 28
    Voir l’article « Numérisation de l’agriculture : comment et pour qui ? » du Centre tricontinental (CETRI), rédigé par Cédric Leterme et publié le 21 janvier 2022.
  • 29
    Oxfam-Magasins du monde, 2023 ; Ville de Lessines, 2024.
  • 30
    Voir l’article « Numérisation de l’agriculture : comment et pour qui ? » du Centre tricontinental (CETRI), rédigé par Cédric Leterme et publié le 21 janvier 2022.
  • 31
    Voir le document publié par l’International Fund for Agricultural Development (IFAD) : Assurance.
  • 32
    Accaparement des données.
  • 33
    Voir les documents de ETC Group. (2022, septembre). Food Barons 2022: Crisis profiteering, digitalization and shifting power.  Et celui de GRAIN. (2021, janvier). Le contrôle numérique, la nouvelle facette de l’accaparement des terres. 
  • 34
    Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole.
  • 35
    Voir le document publié par Carolan, Automating Agriculture,2020.
  • 36
    Voir le document publié par Crawford, Atlas of AI, 2021.
  • 37
    Voir les documents publiés par Amnesty International sur le cobalt en République démocratique du Congo, 2016 et 2019.
  • 38
    Voir le document publié par Crawford, Atlas of AI, 2021.
  • 39
    Voir le document publié par Van der Ploeg, The New Peasantries, 2018.
  • 40
    Voir le document publié par Klerkx et al., “Digitalisation of agriculture”, 2019.
  • 41
     Voir la brochure publiée par la Coordination européenne Via Campesina et les prises de position de la Confédération paysanne et de la FUGEA sur la numérisation agricole.
  • 42
    Voir le document publié par Wiseman et al., “Farmers and their data”, 2019
  • 43
  • 44
    Voir le document publié par la Coordination européenne Via Campesina sur les effets de la digitalisation sur les fermes familiales européennes.
  • 45
    Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022.
  • 46
    Voir le document publié par la Philippine Statistics Authority et le Department of Agriculture sur le RSBSA.
  • 47
    Voir le document publié par GSMA, Mobile Gender Gap Report, 2022.
  • 48
    Voir le document publié par la FAO ou par des études de cas sur le Guatemala et la digitalisation agricole.
  • 49
    Voir le document publié par l’UNESCO sur l’alphabétisation numérique.
  • 50
    Le capitalisme de plateforme se définit comme un modèle d’accumulation reposant sur des plateformes numériques qui centralisent les données, structurent les échanges et extraient de la valeur des interactions entre usagers. (Srnicek, 2019)
  • 51
    Voir le document publié par ETC Group, Plate Tech-tonics, 2019.
  • 52
    Dans le cadre de la PAC, les « éco-schémas » ou « éco-régimes » sont des primes versées aux agriculteurs et agricultrices qui s’engagent volontairement à adopter des pratiques favorables à l’environnement, au climat ou au bien-être animal. (selon les données de la Commission européenne et l’article 97 du Règlement UE 2021/2115)
  • 53
    Au sujet de l’orientation actuelle de la politique de coopération de l’UE, lire Global Gateway – une coopération au service du Sud… ou de l’Europe ?, Lora Verheecke, analyse, Entraide et Fraternité, décembre 2025.
  • 54
    Un accord de libre-échange est en négociation entre l’UE et les Philippines.
  • 55
    Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022, et par la Commission européenne sur la PAC et la numérisation.
  • 56
    La stratégie de Coopération au développement de la Belgique intègre l’approche « Digital for Development » (D4D), insiste sur un numérique inclusif et la réduction de la fracture numérique. (SPF Affaires étrangères, 2016). De son côté, l’Union européenne, à travers sa stratégie Global Gateway et son approche « centrée sur l’humain » affirmée dans la Déclaration européenne sur les droits et principes numériques, 2022, met officiellement en garde contre les asymétries de pouvoir liées aux données et prône la souveraineté numérique dans ses partenariats avec les pays du Sud. (Parlement européen et al., 2023)
  • 57
    Voir le document publié par IPES-Food, Towards a Common Food Policy for the EU, 2019.
  • 58
    Voir le document publié par Morozov, To Save Everything, Click Here, 2013.
  • 59
    Voir le document publié par la FAO, The State of Food and Agriculture, 2022. 
  • 60
    Voir le document publié par la Coordination européenne Via Campesina et par Carolan, Automating Agriculture, 2020.
  • 61
    Voir le document publié par la FAO, The 10 Elements of Agroecology, 2018. 
  • 62
    Cela signifie que tout le monde a accès à l’outil numérique, peut le partager et le modifier.
  • 63
    Voir le document publié par la FAO, The 10 Elements of Agroecology, 2018, et par le HLPE, Agroecological approaches, 2019.
  • 64
    Voir le document publié par Right to Repair Europe et par la Commission européenne sur le Data Act, 2023.
  • 65
    Voir le document publié par Bronson et Knezevic, “Big Data in food and agriculture”, 2016.
  • 66
    Voir le document publié par GRAIN, Digital agriculture: The new frontier for corporate control of farming, 2021.
  • 67
    Voir le document publié par IPES-Food, A Long Food Movement, 2021, et par ETC Group, Plate Tech-tonics, 2019.
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