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	<title>Analyses &#8211; Entraide et Fraternité</title>
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	<description>Pour que la Terre tourne plus JUSTE !</description>
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	<title>Analyses &#8211; Entraide et Fraternité</title>
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		<title>La méthode « GALS » : Avancer ensemble vers l’égalité hommes-femmes  </title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-6/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 14:47:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACORD Burundi]]></category>
		<category><![CDATA[Genre]]></category>
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					<description><![CDATA[En matière d’égalité entre les hommes et les femmes, les discours et les intentions ne suffisent pas. Sur le terrain, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="chapo">En matière d’égalité entre les hommes et les femmes, les discours et les intentions ne suffisent pas. Sur le terrain, chez nous ou ailleurs, des méthodes, des formations et des outils contribuent à passer de la théorie à la pratique pour ancrer l’égalité dans la vie quotidienne.</p>



<p class="chapo">Utilisée dès 2008 par Linda Mayoux et des partenaires ougandais dans le cadre d’un programme d’Oxfam Novib<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>, la méthode GALS, pour Gender Action Learning System, s’est aujourd’hui répandue dans de nombreux pays, notamment au Burundi où elle est pratiquée par ACORD Burundi et plusieurs autres associations partenaires d’Entraide et Fraternité.</p>



<p class="chapo">Se démarquant par de nombreux aspects, elle est inclusive et éduque aussi bien les hommes que les femmes. En outre, la méthode GALS aborde la sphère privée et intime du couple et engage les apprenant·es dans une démarche de diffusion de la formation, permettant ainsi un progrès durable de l’ensemble de la communauté. Cette méthode, qui fait ses preuves au Burundi, peut aussi nous inspirer dans notre quotidien, alors que la Belgique présente encore de nombreuses lacunes quant à l’égalité de genre.</p>



<p>Partenaire d’Entraide et Fraternité depuis 2019, ACORD Burundi est une association qui lutte pour la justice et l’égalité des droits en s’attaquant aux causes profondes de la pauvreté<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. Alors que le Burundi est le deuxième pays le plus pauvre du monde<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> et que plus de 84% de la population y vit de l’agriculture<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>, elle s’attache à <strong>promouvoir l’égalité de genre au sein des familles paysannes, une gestion équitable des revenus et à faire entendre la voix des femmes dans leur communauté</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Pour ce faire, l’Association de coopération et de recherche pour le développement au Burundi (ACORD Burundi) allie analyses de terrain et actions, en développant notamment des outils et approches participatives, dont <strong>la méthode GALS</strong>.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">GALS qu’est-ce que c’est ?</h3>



<p>Gender Action Learning System, en français : système d’apprentissage par l’action en matière de genre. Utilisée par plusieurs des partenaires d’Entraide et Fraternité au Burundi et dans le monde, cette méthode se diffuse et fait ses preuves.</p>
</div>
</div>



<p>Depuis 2016, ACORD Burundi utilise la méthode GALS dans les provinces où elle intervient. Par la suite, l’ONG a pu diffuser ses savoir-faire aux autres associations burundaises partenaires d’Entraide et Fraternité, donnant lieu à un renforcement mutuel de leurs capacités et à un développement de la méthode à plus large échelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">GALS, un outil propice au changement</h2>



<p>Dans certaines régions du Burundi, les femmes ont peu d&rsquo;espace pour prendre part aux décisions collinaires (une colline est une entité administrative, l’équivalent d’un village). Ce constat a poussé ACORD Burundi à mettre en place des projets de renforcement des capacités des femmes&nbsp;&#8211; des projets qui ont évolué au cours du temps, comme l’explique Alice Harushimana, directrice nationale d’ACORD Burundi&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>« On nous a enseigné que moi et mon mari avions de la valeur, comme le diamant. Ensemble, nous brillons comme le diamant. »</em></p>
<cite>Goretti, participante puis formatrice GALS pour la colline et zone Gitaba, de la province Rutana.</cite></blockquote>



<p><em>«&nbsp;Quand on a renforcé les capacités des femmes pour ces aspects, on s’est rendu compte que la femme avançait mais que son mari restait en arrière.&nbsp;»</em> Constatant le manque d’efficacité, l’ONG a changé d’approche et s’est centrée sur le couple : <em>«&nbsp;Là, on s’est intéressé à la femme et à l’homme, pour les aider à se comprendre mutuellement, partager le travail, se concerter sur les décisions du ménage, l’affectation des ressources. Mais là aussi on s’est rendu compte qu’il y avait encore des choses à améliorer et c’est comme ça que nous avons utilisé le Gender Action Learning System&nbsp;».</em> Selon elle, <strong>la méthode est particulièrement intéressante car</strong> elle travaille sur les relations de genre entre l’homme et la femme, mais <strong>elle amène aussi le couple à analyser son fonctionnement</strong> et lui permet de développer une vision commune pour le fonctionnement du ménage.&nbsp;</p>



<p>Les innovations de l’approche GALS ? <strong>L’inclusion de l’ensemble du ménage, un module sur les relations intimes et la diffusion des savoirs</strong> au reste de la communauté par les participant·es.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une méthode qui fait ses preuves</h2>



<p><strong>L’approche GALS</strong> est transversale : en formant sur le genre et le partage des tâches quotidiennes, notamment agricoles, elle <strong>sensibilise aussi à l’agroécologie et procure aux apprenant·es des outils adaptés à leur quotidien qui est centré sur l’agriculture familiale</strong>.</p>



<p>Aujourd’hui, la méthode porte ses fruits : lorsque 50 ménages sont formés par ACORD Burundi, ils arrivent à leur tour à former 150 ménages autour d’eux, permettant une diffusion à large échelle et une pérennisation des bonnes pratiques dans chaque communauté, autant en matière de genre que d’économie et d’agroécologie.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p>Triphose a suivi le parcours GALS après avoir été abandonnée par son mari, alors que la maison tombait en ruine. Elle déclare : « <em>J’ai suivi la formation GALS et ça m’a remis les idées en place. J’ai compris que je pouvais tenter quelque chose.</em> » Retrouvant petit à petit confiance en elle, elle a décidé de rester dans sa colline et de commencer à épargner. Grâce à son travail et à ses économies, elle a obtenu un petit crédit qui lui a permis de construire sa propre maison. Elle témoigne que, pour elle, l’association est devenue sa famille. Aujourd’hui, elle se sent fière, a repris confiance et veut être candidate aux élections collinaires.</p>



<p>Silvane, quant à elle, avait beaucoup de mal à communiquer dans son ménage. Elle a participé aux ateliers GALS et a affiché les dessins chez elle. Son mari s’y est intéressé et ils ont commencé ensemble à <a>faire</a> les exercices et à construire une vision commune. Un an après, ils ont pu acheter une parcelle de terres de 40 ares et ont fondé à leur tour une école GALS sur leur colline.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>« Ce n’est pas facile de changer les mentalités et les comportements, mais on s’est donnés corps et âme. Nous sommes heureuses de voir des résultats palpables. » </em></p>
<cite>Silvane, participante puis formatrice GALS.</cite></blockquote>



<p>Une autre histoire est celle de Goretti. Alors qu’il y avait beaucoup de conflits entre elle et son mari, celui-ci allant jusqu’à déménager, elle a été invitée aux formations GALS. Elle a commencé les formations seule, puis son mari s’y est rendu aussi et ils ont appris comment prendre des décisions sur les principaux biens de la famille et à se concerter pour les dépenses et le travail. <em>« Ce que j’ai aimé, c’est que c’est une formation qui soude les personnes séparées et qui s’occupe des cœurs.</em> <em>(…)</em> <em>Je ne croyais pas que là où j’avais échoué, le GALS allait réussir.&nbsp;»</em> Par la suite, les voisins de Goretti, qui connaissaient ses problèmes, ont été surpris du changement qu’ils observaient et, plusieurs d’entre eux, hommes et femmes, ont rejoint la classe GALS de Goretti.</p>
</div>
</div>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">Et en Belgique ?</h2>



<p><strong>Cetteméthode utilisée au Burundi peut nous inspirer ici, en Belgique</strong>, où des progrès en matière d’égalité de genre sont encore à faire. On le voit dans le partage des tâches domestiques : chez nous, 81% des femmes effectuent quotidiennement ces tâches, contre seulement 33% des hommes<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. <strong>La charge mentale d’un ménage repose encore majoritairement sur la femme</strong>. Sans oublier le masculinisme qui se répand sur les réseaux sociaux et touche particulièrement les adolescents, prônant sans complexe un retour à la domination masculine et aux rôles traditionnels. Une tendance soutenue par les partis d’extrême droite qui gagnent du terrain, en Europe comme aux États-Unis.</p>



<p>De même, au niveau des revenus, les inégalités de genre persistent. Dans le monde agricole, alors que le statut de « conjoint·e-aidant·e » devait permettre une reconnaissance du travail des femmes et une meilleure protection juridique, le terme lui-même maintient une hiérarchie des rôles.</p>



<p>Au Burundi, où la majorité de la population vit de l’agriculture, les pratiques agroécologiques se répandent de plus en plus. Ce type d’agriculture aborde notamment, dans sa dimension sociale, l’égalité de genre<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. <strong>En Belgique, au Burundi et ailleurs dans le monde, ce sont principalement les femmes qui pratiquent l’agroécologie</strong>, attirées par la durabilité des pratiques et le respect accordé à la terre. Cependant, malgré leur rôle central pour une transition responsable de nos sociétés, <strong>elles sont encore souvent confrontées au sexisme et au machisme régnant dans le milieu agricole</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>.</p>



<p>Finalement, si les stéréotypes et le sexisme persistent, les méthodes pour les combattre se perfectionnent elles aussi. La méthode GALS, comme le féminisme, nous rappelle que ce n’est pas en nous opposant les un·es aux autres que nous parviendrons à faire progresser la société, mais bien en agissant collectivement. <strong>Éduquer et apprendre ensemble, agir ensemble, se montrer inclusif et faire front commun,</strong> c’est ainsi que nous pourrons bâtir une société plus juste et plus égalitaire où chacun·e peut trouver sa place.</p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir : Étude de cas − Le système d’apprentissage interactif entre les sexes − Ghana, Nigéria, Ouganda, Rwanda et Sierra Leone, FIDA, 2014, <a href="https://www.ifad.org/fr/w/publications/case-study-gender-action-learning-system-in-ghana-nigeria-rwanda-sierra-leone-and-uganda">ifad.org</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://acord.bi/">acord.bi</a> et <a href="https://entraide.be/partenaire/acord-burundi/">ACORD Burundi</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chiffre de 2025, <a href="https://www.carefrance.org/actualites/les-10-pays-les-plus-pauvres-du-monde-en-2025/">carefrance.org</a>, <a href="https://www.donneesmondiales.com/pays-plus-pauvres.php">donneesmondiales.com</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chiffre du Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage burundais <a href="https://mineagrie.gov.bi/mineagrie/Apropos">mineagrie.gov.bi</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://entraide.be/burundi-une-approche-egalitaire-pour-sortir-de-la-pauvrete/">Burundi : une approche égalitaire pour sortir de la pauvreté</a></div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chiffres de 2020. Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. <a href="https://igvm-iefh.belgium.be/sites/default/files/downloads/pb-combinatie-cijfers2020_fr.pdf">igvm-iefh.belgium.be</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour les différentes dimensions de l’agroécologie, voir « Les principes de l’agroécologie », CIDSE, 2018, <a href="https://www.cidse.org/wp-content/uploads/2018/04/FR_Les_Principles_de_lAgroecologie_CIDSE_2018.pdf">FR_Les_Principles_de_lAgroecologie_CIDSE_2018.pdf</a></div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir « Cultiver la terre, pas le sexisme », Eloïse Tuerlinckx, analyse, Entraide et Fraternité, 2024. <a href="https://entraide.be/publication/analyse2024-08/">Cultiver la terre, pas le sexisme : le potentiel de l’agroécologie</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Free Palestine - Une nouvelle génération militante ? </title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 18:04:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Manifestation]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 15 juin 2025, à Bruxelles, cent mille personnes vêtues de rouge ont défilé dans les rues bruxelloises pour tracer une symbolique ligne rouge contre le génocide en cours à Gaza.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>« Free, free Palestine ». « Israël casse-toi, la Palestine n’est pas à toi ». « Nous sommes tous des enfants de Gaza ». Le 15 juin 2025, à Bruxelles, ces slogans n’ont pas été criés par quelques militant·es particulièrement investi·es dans la cause palestinienne mais par…cent mille personnes. Ce jour-là, cent mille personnes vêtues de rouge ont défilé dans les rues bruxelloises pour tracer une symbolique ligne rouge contre le génocide en cours à Gaza. Ce jour-là, associations, syndicats et citoyen·nes se sont unis pour exiger paix et justice en Palestine. </strong> </p>



<p><strong>Fait encore plus impressionnant : la manifestation du 15 juin succédait à celle du 11 mai, qui avait déjà rassemblé environ quatre-vingt mille personnes, et précédait celle du 07 septembre, qui a également rassemblé plus de cent mille personnes. Malgré les polémiques et répressions entourant la cause palestinienne, l’année 2025 n’a donc vu aucun essoufflement des manifestations pour Gaza. Au contraire, elles se sont renforcées tout au long de l’année écoulée. Mieux encore : ces manifestations rassemblèrent aussi bien syndicats, ONG et&nbsp;militant·es&nbsp;politiques que des pans entiers de la population moins habitués à ce type de mobilisation, comme les&nbsp;habitant·es&nbsp;des quartiers populaires ou la tranche d’âge 18-25 ans.&nbsp;&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p><strong>Le constat ne se limite pas à la Belgique. De La Haye à Rome en passant par Paris et Dublin, les rues européennes ont massivement vibré d’indignation face au génocide perpétré par Israël. La participation à ces manifestations est telle que l’ancien candidat à l’élection présidentielle française Olivier Besancenot</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup><strong>&nbsp;parle d’une « génération qui se politise via la question palestinienne »</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup><strong>.</strong></p>



<p><strong>S’il est trop tôt pour confirmer ou infirmer ces propos, force est de constater que les manifestations pro-Palestine ont été des succès de foule indéniables. Ces succès tiennent à une série de facteurs riches d’enseignement pour tout mouvement social, en Belgique comme ailleurs.&nbsp;&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p>Depuis le mois d’octobre 2023, l’Humanité assiste au premier génocide de l’Histoire diffusé en direct sur les réseaux sociaux. Chaque jour, images, vidéos et… publications de l’armée israélienne elle-même témoignent de bombardements d’hôpitaux, d’assassinats de civils ou du blocage de convois humanitaires à la frontière de Gaza<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. En un peu plus de deux ans, au moins 75 000 hommes, femmes et enfants sont&nbsp;mort·es&nbsp;dans la bande de&nbsp;Gaza<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Face à cette horreur, l’Europe se distingue par… sa complicité ! Que ce soit via l’envoi d’armes à Israël, les tentatives de justification des massacres, la négation pure et simple des crimes commis par Israël ou encore l’impunité accordée au gouvernement israélien,&nbsp;<strong>la majorité des politiques et médias européens refuse d’appliquer le « plus jamais ça » censé guider&nbsp;la politique européenne depuis la Shoah</strong>.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>De façon plus implicite,&nbsp;<strong>les manifestations pour la Palestine expriment aussi une forme de peur</strong>&nbsp;partagée par une partie des&nbsp;manifestant·es<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Une peur de l’avenir. En effet, si la communauté internationale laisse faire un génocide perpétré aussi ouvertement que celui commis par Israël,&nbsp;<strong>comment imaginer qu’un tel crime ne se reproduira pas ailleurs dans le monde ?&nbsp;</strong>Qu’adviendra-t-il d’un monde où le « plan Trump », à savoir la déportation totale de la population gazaouie et la transformation du territoire en station balnéaire pour ultra-riches<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>, se réalise ? À la colère ressentie face aux crimes d’Israël s’ajoute donc&nbsp;<strong>la peur d’un avenir où plus rien ne s’oppose au capitalisme, au colonialisme et au fascisme.</strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une cause hautement symbolique&nbsp;</h2>



<p>Comme le rappelle l’écrivain tunisien&nbsp;Khémais&nbsp;Gharbi,&nbsp;<strong>la Palestine est devenue, au fil du temps, un symbole universel de lutte contre toute forme d’oppression</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. Dans le cas du monde occidental, cette « symbolisation » se manifeste surtout&nbsp;<strong>autour de trois axes, à savoir l’anticolonialisme, l’antiracisme et la crédibilité du droit international.&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Tout d’abord, la cause palestinienne s’inscrit dans la continuité des grandes luttes anticoloniales</strong>&nbsp;de la seconde moitié du vingtième siècle. Rares&nbsp;sont en effet les peuples aussi ouvertement colonisés, par un des plus proches alliés des États-Unis qui plus est, que le peuple palestinien. Il est donc normal que les mouvements historiquement sensibles aux luttes anti-impérialistes comme les&nbsp;gauches&nbsp;communiste, altermondialiste, chrétienne,<sup>&nbsp;</sup>etc. se mobilisent en faveur de la Palestine<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. À cet égard, la lutte pour la libération de la Palestine est la suite logique des luttes des années 1950-1960 en faveur de l’Algérie ou du Vietnam.&nbsp;&nbsp;</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Ensuite, la cause palestinienne est également une lutte antiraciste.</strong>&nbsp;En Cisjordanie comme à Gaza, la population palestinienne subit depuis des décennies un véritable apartheid imposé par Israël<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. De la même façon que l’apartheid sud-africain avait soulevé les mouvements antiracistes, il est logique que ces mêmes mouvements se mobilisent en faveur de la Palestine. Ce n’est pas tout. Il est indéniable que la cause palestinienne est centrale pour toute une partie de la communauté musulmane européenne. Cette importance peut s’expliquer par l’aspect anticolonial expliqué ci-dessus et/ou par le rôle religieux de Jérusalem, qui est la troisième ville sainte de l’Islam. Elle peut aussi s’expliquer par le racisme de plus en plus fort vécu par les&nbsp;musulman·es&nbsp;d’Europe<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. Ce racisme ferait que ses victimes européennes s’identifieraient aisément aux victimes du même racisme au Proche-Orient.&nbsp;&nbsp;</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Enfin,</strong>&nbsp;toute personne défendant&nbsp;<strong>les droits humains</strong>&nbsp;ne peut que s’indigner de l’impunité dont jouit Israël depuis plus de septante-cinq ans.&nbsp;<strong>Israël est en effet un des États au monde qui viole le plus les résolutions des Nations-Unies</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>&nbsp;. C’est aussi l’un des plus impunis. L’Union européenne n’a jamais réellement sanctionné les multiples violations des droits humains commis par Israël en Palestine. À titre comparatif, la même Union européenne a déjà voté dix-neuf&nbsp;<em>paquets</em>&nbsp;de sanctions contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022… L’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>&nbsp;a plusieurs fois rappelé que ce double standard est nuisible à l’existence même des droits humains et du droit international<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Il renforce en effet la crédibilité de régimes pourtant criminels comme celui de Vladimir Poutine, qui considère ces droits humains internationaux comme une arme au service de&nbsp;l’Occident. Au sein des ONG de défense des droits humains, le constat de Rima Hassan semble heureusement assez partagé.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Convergences des luttes et revendications concrètes&nbsp;</h2>



<p><strong>Les appels à rejoindre les manifestations bruxelloises de 2025 ont été relayés aussi bien par certains partis politiques et le monde associatif « classique » que par des collectifs plus récents</strong>. Les partis politiques ECOLO, PTB, PS, les syndicats FGTB/ABVV, CSC/ACV, les associations ABP<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>, UPJB<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>, CNCD-11.11.11, Entraide et Fraternité, Médecins du Monde, entre autres, ont ainsi appelé leurs membres et sympathisants à marcher dans les rues de Bruxelles. En parallèle,&nbsp;<strong>des collectifs comme Code Rouge</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup><strong>&nbsp;ou Commune Colère</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup><strong>&nbsp;ont également mobilisé leurs réseaux</strong>. Précision évidente mais tout de même importante, ces différents acteurs ne se sont pas contentés de relayer l’appel à manifester. Leurs membres étaient également&nbsp;présent·es&nbsp;dans les&nbsp;rues de la capitale. Enfin, les appels à manifester ont également été relayés sur les réseaux sociaux par des comptes privés, indépendants de toute structure politique ou associative.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Cette convergence a bien sûr été rendue possible par l’aspect « exceptionnel » de la situation à Gaza, mais ce n’est pas la seule raison.&nbsp;<strong>La question des revendications a aussi eu son importance</strong>. Cet aspect est moins simple qu’il y paraît. En effet, les organisateurs et organisatrices d’une manifestation sont toujours&nbsp;confronté·es&nbsp;au même dilemme. D’une part, il est tout-à-fait vain de rechercher une unanimité de la population, surtout sur des sujets politiques. D’autre part, le succès d’une manifestation se mesure d’abord et avant tout au nombre de&nbsp;participant·es.&nbsp;<strong>Il faut donc qu’un maximum de personnes se reconnaissent dans la cause et les revendications défendues.&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Radicalité et succès populaire&nbsp;</h2>



<p>Il est intéressant de préciser ici que cette question n’est pas liée à la « radicalité » des revendications défendues. L’Histoire montre en effet qu’il est possible de se mobiliser en nombre autour de revendications jugées radicales. Un exemple&nbsp;entre mille : dans les années 1950, l’idée de l’indépendance du Congo était jugée très radicale, y compris par la gauche anticoloniale. Or, entre 1958 et 1959, les partis ABAKO<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>&nbsp;et MNC<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>&nbsp;mobilisèrent sans problème plusieurs dizaines de milliers de&nbsp;Congolais·es&nbsp;autour de cette revendication. Le véritable enjeu n’est donc pas la « radicalité » mais bien l’identification des demandes qu’un maximum de personnes sont capables de défendre en public.&nbsp;</p>
</div>
</div>



<p>En axant leurs revendications sur la demande d’un cessez-le-feu et de sanctions contre le gouvernement israélien, les organisateurs et organisatrices des grandes manifestations pour la Palestine semblent avoir visé juste.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Apprendre de&nbsp;« free&nbsp;Palestine »&nbsp;</h2>



<p>Le mouvement pro-Palestine va à présent être confronté au défi majeur de tout mouvement social : tenir sur la longueur. Aucune victoire ne se remporte après une ou deux manifestations, aussi massives soient-elles.&nbsp;<strong>Pour modifier réellement la politique belge et/ou européenne vis-à-vis d’Israël, il va falloir maintenir le rapport de force créé en 2025</strong>&nbsp;durant, peut-être, plusieurs années. La reconnaissance partielle de la Palestine actée en septembre 2025 par le gouvernement Arizona prouve que seule la pression citoyenne permet le changement. Pour que ce changement aille plus loin qu’une demi-mesure symbolique, les manifestations pour la Palestine vont devoir se poursuivre, avec la même ampleur, en 2026, 2027, etc.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Seul l’avenir dira si les manifestations pour la Palestine réussiront à maintenir ce rapport de force et à devenir une véritable « nouvelle génération militante ». Il y a toutefois une chose qui est d’ores et déjà certaine.&nbsp;<strong>Ces manifestations auront fait mentir l’idée courante que « les gens ne se mobilisent plus ».</strong>&nbsp;Pour la Palestine, les gens se sont mobilisés. En nombre. Pour des raisons bien identifiées. À l’heure où la classe des ultra-riches agit ouvertement contre les intérêts de la majorité de la population, où l’extrême droite reprend de plus en plus de pouvoir, où les conditions de vie des plus précaires ne cessent de se dégrader,&nbsp;<strong>la capacité à se mobiliser, à manifester, à défendre le bien commun devient une nécessité vitale.</strong>&nbsp;Il est donc intéressant de tirer des leçons du succès des mobilisations propalestiniennes.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Comme expliqué ci-dessus,&nbsp;<strong>l’émotion suscitée par les images provenant de Gaza est un puissant moteur de mobilisation</strong>. Or, le monde militant belge,&nbsp;et les ONG en particulier, ont un rapport ambigu avec les émotions du public. Si le recours à ces dernières dans le cas de la récolte de fonds est globalement admis, il n’en va pas de même dans le domaine politique. Le refus du populisme, la forte intégration aux institutions établies, la crainte de diffuser des clichés archaïques, tout cela fait que le secteur associatif<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>&nbsp;préfère se mobiliser autour de notions plus abstraites comme la justice climatique ou les droits humains. Cependant, il existe des colères saines, des peurs justifiées. Refuser leur pouvoir mobilisateur revient à se couper délibérément d’une majorité de la population, qui est soit moins politisée,&nbsp;soit pas&nbsp;intégrée dans les réseaux militants, soit encore qui souhaite « simplement » partager ses sentiments avec des personnes aux convictions semblables.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>La lutte pour la Palestine est une lutte symbolique, une cause qui parle presque instinctivement à une partie du monde. De ce fait, c’est également une lutte fortement médiatisée.&nbsp;<strong>Cet aspect symbolique et médiatique constitue une explication importante de l’affluence constatée lors des manifestations de mai et juin 2025</strong>. À l’inverse,&nbsp;<strong>d’autres luttes demeurent moins connues, moins parlantes aux yeux de beaucoup.</strong>&nbsp;Par conséquent, elles mobilisent beaucoup moins. Ce constat prouve une fois de plus l’importance de l’éducation permanente et&nbsp;de l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS). Elles&nbsp;visent à&nbsp;<strong>former des citoyens et citoyennes&nbsp;conscient·es&nbsp;des enjeux globaux et&nbsp;prêt·es&nbsp;à agir pour un monde plus juste et plus solidaire</strong>. C’est un donc un vecteur essentiel pour faire de toutes les injustices un symbole de l’injustice.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le succès des dernières manifestations constitue une piqûre de rappel pour le monde associatif. Face à un certain fatalisme répandu au sein de la population mais aussi face à une fatigue militante bien réelle, la tentation est grande de se replier sur le seul plaidoyer politique. La capacité d’écoute du monde politique et des institutions officielles s’avère pourtant bien faible.&nbsp;<strong>Le plaidoyer ne peut donc fonctionner que si&nbsp;l’organisation&nbsp;qui le porte bénéficie d’un bon rapport de force vis-à-vis du pouvoir en place.</strong>&nbsp;Et ce rapport de force n’existe que grâce aux mobilisations populaires… À cet égard,&nbsp;<strong>la manifestation demeure toujours une action militante pertinente.&nbsp;</strong>&nbsp;</p>



<p><strong>Le 14 octobre 2025, près de deux cent mille personnes manifestaient à Bruxelles contre le très droitier gouvernement Arizona.</strong>&nbsp;Une nouvelle preuve que bon nombre de&nbsp;citoyen·nes&nbsp;sont encore capables (voire en demande) de se mobiliser en masse, et sur d’autres causes que la Palestine. Si la victoire n’est pas assurée, l’espoir est, lui,&nbsp;bel et bien permis.&nbsp;<strong>Le fatalisme et l’indifférence aux horreurs du monde n’ont pas gagné toute la population !&nbsp;</strong>&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Né en 1974, Olivier Besancenot est l’ancien porte-parole de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) puis du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste). Il a également été candidat aux élections présidentielles de 2002 et 2007.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ça ira – entretien avec Olivier Besancenot dans L’HUMANITE, https://www.humanite.fr/politique/extreme-droite/fascisme-fin-des-presidents-et-internationalisme-olivier-besancenot-face-a-lhuma-ca-ira, 31/05/2025.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sans oublier les violentes et constantes attaques des colons israéliens contre les populations civiles de Cisjordanie, le génocide commis par Israël ne se limite en effet pas à la bande de Gaza.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;SPAGAT, M., PEDERSEN, J., SHIKAKI, K. et al., Violent and non-violent death tolls for the Gaza conflict: new primary evidence from a population-representative field survey dans THE LANCET 18/02/2026. Lien raccourci : https://miniurl.be/r-6ok2</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’après des témoignages recueillis par Entraide et Fraternité lors des manifestation du 15/6 et du 7 /9/2025 à Bruxelles.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;KENNOUCHE, L., Le plan de Trump pour Gaza, reflet de la vision du monde des oligarques de la tech dans THE CONVERSATION, https://theconversation.com/le-plan-de-trump-pour-gaza-reflet-de-la-vision-du-monde-des-oligarques-de-la-tech-249820.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GHARBI, K., La Palestine devenue un symbole mondial de lutte pour la liberté dans KAPITALIS, https://kapitalis.com/tunisie/2025/09/22/la-palestine-devenue-un-symbole-mondial-de-la-lutte-pour-la-liberte/, 22/09/2025.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;MAINEULT, T., Pourquoi la cause palestinienne mobilise-t-elle autant la jeunesse française (et ce depuis 50 ans)&nbsp;? dans SCIENCESPO, https://www.sciencespo.fr/fr/actualites/pourquoi-la-cause-palestinienne-mobilise-t-elle-autant-la-jeunesse-francaise-et-ce-depuis-50-ans/, 18/06/2024. &nbsp;</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Israël’s apartheid against palestinians dans AMNESTY INTERNATIONAL, https://www.amnesty.org/en/latest/campaigns/2022/02/israels-system-of-apartheid/, 01/02/2022</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les musulmans en Europe sont de plus en plus confrontés au racisme et à la discrimination dans EUROPEAN AGENCY FOR FUNDAMENTAL RIGHTS, https://fra.europa.eu/fr/news/2024/les-musulmans-en-europe-sont-de-plus-en-plus-confrontes-au-racisme-et-la-discrimination, 21/10/2024.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Palestine&nbsp;: changer les regards – entretien avec Rima Hassan dans L’HUMANITE https://www.humanite.fr/monde/genocide/palestine-changer-les-regards-entretien-avec-rima-hassan, 22/07/2024.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Née dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab en 1992, Rima Hassan est une juriste spécialiste des questions migratoires. En juin 2024, elle est également élue au Parlement européen sur la liste de la France insoumise.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Palestine&nbsp;: changer les regards – entretien avec Rima Hassan, dans op cit.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Association belgo-palestinienne, asbl belge de solidarité avec la Palestine créée en 1975. Plus d’informations sur le site&nbsp;: https://www.association-belgo-palestinienne.be/.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Union des progressistes juifs de Belgique, association juive de gauche fondée en 1969. Plus d’informations sur le site&nbsp;:&nbsp; https://upjb.be/.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mouvement de désobéissance civile écologiste. Plus d’informations sur le site&nbsp;: https://code-rouge.be/.</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Assemblée de travailleurs et travailleuses opposé·es à la droite et à l’extrême droite belge. Plus d’information sur le site&nbsp;: https://commune-colere.be/.&nbsp;</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’ABAKO (Alliance des Bakongo) est une organisation culturelle et un parti politique congolais fondé en 1949.&nbsp;</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le MNC (Mouvement national congolais) est un parti politique congolais fondé en 1958.</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais aussi certains partis politiques, syndicats, etc.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’agriculture : de la subsistance à la résistance</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 12:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[« Nous resterons ici tant qu’il y aura du thym et des olives. » Cette strophe fameuse du grand poète palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) fait écho depuis des décennies à la lutte et à la résilience du peuple palestinien.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:100%">
<ul class="wp-block-list">
<li><strong>En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les Palestinien·nes subissent de la part d’Israël un accaparement de terres à grande échelle. Le caractère illégal de l’occupation israélienne au regard du droit international n’empêche pas Israël d’accélérer la colonisation dans ces zones afin d’empêcher la création d’un État palestinien.</strong></li>



<li><strong>Ce laxisme s’accompagne d’une violence grandissante des extrémistes juifs qui ont installé des colonies sauvages et agressent voire tuent régulièrement les Palestiniens et les Palestiniennes qui vivent sur place et travaillent la terre, au nom d’un suprémacisme juif qui vise à annexer la Cisjordanie.</strong></li>



<li><strong>Chaque année, la saison de la récolte des olives, aliment de base pour la population locale et emblème de la culture palestinienne, est l’occasion d’un déchaînement de violence de la part de ces colons. En 2025, les exactions sont tellement graves que les Nations unies et l’Union européenne les ont dénoncées.</strong></li>



<li><strong>Dans ce contexte, l’agriculture n’est pas uniquement un moyen de subsistance&nbsp;: elle est une forme de résistance pacifique qui consiste à montrer l’attachement des Palestinien·nes à leur terre séculaire et à empêcher autant que possible les Israéliens de se l’accaparer.</strong></li>



<li><strong>Dans tout le territoire occupé, Entraide et Fraternité soutient RWDS, une association de femmes rurales qui contribue largement à la résilience et à l’autonomisation des populations locales.</strong></li>



<li><strong>L’interdiction de commercialisation des produits des colonies est promise par le gouvernement belge mais sa mise en pratique se fait attendre&nbsp;: elle est indispensable pour que la Belgique respecte, comme elle le dit, le droit international.</strong></li>
</ul>
</div>
</div>



<p><em>«&nbsp;Nous resterons ici tant qu’il y aura du thym et des olives.&nbsp;»</em> Cette strophe fameuse du grand poète palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) fait écho depuis des décennies à la lutte et à la résilience du peuple palestinien. Chassée de la plupart de ses terres par les Israéliens lors de la Nakba («&nbsp;catastrophe&nbsp;») en 1948, occupée de plus en plus violemment par Israël depuis 1967, victime depuis 1948 d’un nettoyage ethnique et de 2022 à 2025 d’un génocide reconnu par une enquête indépendante des Nations unies, <strong>la population palestinienne est rivée à cette terre, sa terre ancestrale.</strong> Il y a longtemps que l’occupation née de la guerre des Six-Jours n’est plus vue par Israël comme une situation limitée dans le temps mais est envisagée comme l’imposition à la communauté internationale d’un fait accompli et irréversible.</p>



<p>Sous l’effet de la pression démographique (née notamment de l’accueil des Juifs de l’ex-Union soviétique) et sous celle, plus puissante encore, d’un extrémisme juif religieux d’extrême droite allié à celui, chrétien, des évangélistes américains, l’extension des colonies israéliennes dans la partie est de Jérusalem (dont la vieille ville) et dans toute la Cisjordanie (il n’y en a plus dans la bande de Gaza) vise à imposer une réalité irréversible aboutissant à rendre inopérante la création d’un État de Palestine. Dans ce contexte, les colons constituent un élément central de la problématique&nbsp;: jadis, leur installation sauvage (hors des colonies construites par Israël) en territoire palestinien était considérée comme illégale par le pouvoir israélien. <strong>Désormais, l’armée et le renseignement laissent ces colons libres d’agresser les Palestinien·nes, sans la moindre retombée</strong>. C’est particulièrement vrai au cours de la période de la cueillette des olives&nbsp;: jamais la violence des colons israéliens n’a été aussi grave qu’en cet automne 2025<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Devant les condamnations internationales, même le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a fait mine d’annoncer une réponse ferme à une <em>«&nbsp;poignée d’extrémistes.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup><em>&nbsp;» </em>De quoi calmer un peu la communauté internationale, alors que le leader israélien n’a jamais rien fait face à ces colons et a, au contraire, fait preuve à leur égard d’une mansuétude sans égale dans l’histoire du pays.</p>



<p>Déjà, l’année précédente, la situation était gravissime. Sa description reste valable en 2025&nbsp;: <em>«&nbsp;Agressions physiques, vols des récoltes et de matériel, arbres coupés ou brûlés&nbsp;: les assauts sont multiples. Dans une large majorité des cas, l’armée, la police ou les agents de sécurité israéliens étaient présents, affirme Yesh Din, et ils ne sont pas intervenus. Or, les agriculteurs palestiniens dont les terres sont situées à proximité d’implantations illégales sont censés coordonner leurs déplacements avec l’armée pour se protéger des extrémistes juifs, et obtenir des permis. Cette année, rien de tel. À Burqa, aucun permis n’a été délivré. Accablés, les Palestiniensne semblent eux-mêmes pas les avoir sollicités. Beaucoup renoncent aussi à porter plainte contre les spoliations ou les violences dont ils sont l’objet. Les poursuites sont inexistantes.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Récolte des olives&nbsp;: le cri d’alarme des Nations unies</h2>



<p>L’agression menée par les colons israéliens envers des Palestinien·nes sans défense est tellement préoccupante en cette période des olives qu’elle a forcé les Nations unies à tirer la sonnette d’alarme par la voix d’Ajith Sunghay, son directeur des droits humains pour la Palestine&nbsp;:</p>



<p><em>«</em><em>&nbsp;<strong>Ici, l&rsquo;olivier n&rsquo;est jamais seulement un arbre. Il représente un moyen de subsistance et une lignée, la résilience et l&rsquo;économie, ainsi qu&rsquo;un lien historique qui relie les Palestiniens à leur terre</strong>. Et tout comme les olives symbolisent le lien des Palestiniens à leur terre, les attaques de plus en plus fréquentes pendant la saison de la récolte des olives font partie des nombreuses agressions israéliennes visant à rompre ce lien, à annexer la terre, à déposséder les Palestiniens et à faciliter l&rsquo;expansion des colonies israéliennes illégales.</em></p>



<p><em>Les trois dernières années ont été incroyablement difficiles. La violence des colons israéliens et les restrictions d&rsquo;accès ont empêché de nombreux agriculteurs de récolter sur leurs terres. La violence des colons a explosé en ampleur et en fréquence, avec l&rsquo;acquiescement, le soutien et, dans de nombreux cas, la participation des forces de sécurité israéliennes – et toujours en toute impunité.</em></p>



<p><em>Deux semaines après le début de la récolte 2025, nous avons déjà assisté à de graves attaques menées par des colons armés contre des hommes, des femmes, des enfants palestiniens et des militants étrangers solidaires. Au cours du premier semestre 2025, 757 attaques de colons ont fait des victimes ou causé des dommages matériels. Ce chiffre est supérieur de 13 % au nombre d&rsquo;attaques recensées au cours de la même période en 2024.</em></p>



<p><em>La destruction directe des terres s&rsquo;intensifie également. Les colons ont brûlé des bosquets, scié des oliviers à la tronçonneuse et détruit des maisons et des infrastructures agricoles. De nouveaux checkpoints israéliens et des barrières en fer ont séparé les agriculteurs de leurs fermes, les empêchant parfois d&rsquo;y accéder jusqu&rsquo;à ce que leurs récoltes soient perdues. Les conséquences ont été dévastatrices. <strong>En 2023, 96 000 dunums</strong></em><sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> <strong><em>de terres oléicoles n&rsquo;ont pas été récoltés, ce qui a entraîné plus de 10 millions de dollars de pertes pour les agriculteurs palestiniens</em></strong><em>. Cette tendance s&rsquo;est poursuivie pendant la saison 2024. En l&rsquo;absence de protection et de responsabilité, les risques se multiplient.</em></p>



<p><em>Au total, plus de 1000 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes ou les colons depuis le 7 octobre 2023 en Cisjordanie. Des milliers de Palestiniens ont été déplacés de force en raison des attaques des colons israéliens, des restrictions de mouvement et des démolitions de maisons.</em></p>



<p><strong><em>Entre 80 000 et 100 000 familles palestiniennes dépendent de la récolte des olives pour leur subsistance</em></strong><em>. Il n&rsquo;est pas exagéré de dire que la saison des récoltes est le pilier économique des communautés rurales palestiniennes.</em></p>



<p><em>Si la saison des olives a toujours été marquée par des tensions, des violences et des restrictions, l&rsquo;escalade actuelle est vraiment alarmante. Elle s&rsquo;inscrit dans un contexte d&rsquo;accélération de l&rsquo;accaparement des terres par Israël. <strong>Les responsables du gouvernement israélien déclarent ouvertement l&rsquo;intention de l&rsquo;État d&rsquo;annexer l&rsquo;ensemble de la Cisjordanie et de transférer de force les Palestiniens.</strong></em></p>



<p><em>Nous devons nous rappeler, quelle que soit la durée de l&rsquo;occupation, que celle-ci ne doit pas être normalisée. Israël a l&rsquo;obligation légale de mettre fin à l&rsquo;occupation et d&rsquo;annuler l&rsquo;annexion de la Cisjordanie. <strong>Le déni par Israël du droit des Palestiniens à la vie, à des moyens de subsistance, à la sécurité, à la dignité et à l&rsquo;autodétermination est illégal et inacceptable</strong>. (…)</em></p>



<p><em>La voie juridique à suivre est sans ambiguïté. La Cour internationale de justice a conclu que l&rsquo;occupation doit prendre fin et qu&rsquo;Israël doit se retirer de tous les territoires palestiniens occupés, tant en Cisjordanie qu&rsquo;à Gaza. Cela implique le démantèlement immédiat de toutes les colonies et l&rsquo;évacuation de tous les colons.</em></p>



<p><em>En attendant, Israël est une puissance occupante qui a de nombreuses obligations en vertu du droit international : l&rsquo;obligation de protéger les Palestiniens et de veiller à ce qu&rsquo;ils puissent exercer pleinement leurs droits politiques, économiques et civils.</em></p>



<p><strong><em>Et la communauté internationale, en particulier les États qui ont du pouvoir et de l&rsquo;influence, doit exercer une pression maximale pour protéger les civils, mettre fin et inverser les politiques d&rsquo;annexion</em></strong><em> qui se développent rapidement, et garantir la responsabilité pour des décennies de violations des droits des Palestiniens en vertu du droit international.</em></p>



<p><strong><em>Et oui, cela commence par les olives</em></strong><em>. Nous appelons les États à mener des actions de plaidoyer auprès des autorités israéliennes afin de garantir un accès total et des garanties de sécurité. Ils doivent également insister sur la responsabilité des violations commises au cours des saisons précédentes et de toute nouvelle violation au cours de la saison à venir. Il est temps d&rsquo;agir et de mener une action internationale concertée pour préserver la saison et garantir la sécurité des agriculteurs et des travailleurs de la protection.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup><em>»</em> Raisons pour lesquelles, sans doute, les Israéliens voient en lui un symbole à abattre pour décourager et chasser les Palestiniens. Et pour lesquelles <strong>les Palestiniens voient en lui un symbole de résistance silencieuse.</strong></p>



<p>Dans ce contexte, et <em>a fortiori</em> lorsque l’occupant utilise la faim comme arme de guerre, ce sont, de manière générale, la souveraineté alimentaire, l’agriculture familiale et éventuellement écologique qui sonnent comme autant de moyens de résistance. <em>« En Palestine, l’agroécologie — comme toute pratique agricole — est profondément marquée par l’occupation, l’expropriation et la violence militaire. <strong>L’occupation illégale empêche l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, aux marchés, et même le simple fait de se rendre sur son champ</strong>. Une agroécologie authentique ne peut exister sans un droit à l’autodétermination, sans justice, sans la liberté de cultiver à l’abri de la destruction. Si on ignore ces dimensions politiques, on réduit l’agroécologie à un ensemble de techniques vidées de leur sens — et on la rend incomplète, voire complice »</em>, résume Oxfam<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>.</p>



<p>Et la Via Campesina de détailler : <em>« En Cisjordanie, Israël exerce un contrôle étroit sur l’agriculture, l’accès à la terre, les modes de production, les cultures et le commerce. Près de 65 % du territoire est placé sous contrôle israélien. Ainsi, au-delà de la domination militaire, les communautés palestiniennes doivent faire face à des restrictions sévères concernant les limites foncières, la liberté de circulation et, bien souvent, à un manque de ressources pour investir dans la production agricole. Ce contexte se reflète dans les chiffres : actuellement, seules 26 % des personnes palestiniennes ont l’agriculture comme principale source de revenus, et 22 % de la population vit encore dans des zones rurales.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup><em> »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;Non au terrorisme juif et à son impunité&nbsp;», scandent des Juifs</h2>



<p>Le moment est important : les exactions des colons israéliens sont devenues tellement graves que <strong>des personnalités israéliennes n’hésitent plus à parler de <em>« terrorisme juif et de son impunité</em></strong><em> »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup><em>. </em>Elles pointent également le laxisme dont font preuve l’armée et le renseignement israéliens face à la pression de l’extrême droite ultra religieuse sur un gouvernement qui lui a fait passer la couleuvre de la fin de la guerre à Gaza, forcée par le président Trump. Beaucoup s’inquiètent de l’image du pays à l’extérieur en raison de cette impunité. Traditionnellement, les Israéliens recourent en permanence aux vocables « terrorisme » et « terroristes » pour parler de l’opposition palestinienne à leur occupation, même quand il s’agit de mouvements pacifiques et citoyens, de manifestations de jeunes gens ou d’activités d’ONG humanitaires. Il est toutefois piquant de constater qu’avant l’indépendance de 1948, ce sont bien des mouvements terroristes juifs qui ont attaqué régulièrement les forces mandataires britanniques ; ce sont encore des terroristes juifs qui ont massacré de nombreux Palestiniens comme en 1994 au Tombeau des Patriarches à Hébron et qui ont fait échouer le processus de paix d’Oslo en assassinant Yitzhak Rabin il y a 30 ans (4 novembre 1995).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les femmes en première ligne</h2>



<p>Tout cela figurait déjà dans le film <em>No other land</em>, de Basel Adra, Yuval Abraham et Rachel Szor. Cofinancé par Entraide et Fraternité, ce film bouleversant a été consacré par l’Oscar du meilleur documentaire et a fait l’objet de nombreuses projections dans toute la Wallonie et à Bruxelles. Tourné avant le 7 octobre 2023, il&nbsp;montrait bien ce que les habitant·es de la Cisjordanie vivaient depuis longtemps au quotidien : violence aveugle des colons équipés d’armes de guerre, destruction des plantations, des systèmes d’irrigation et des générateurs électriques, comblement des puits, chasse aux populations locales, avis d’expulsion arbitraires exécutés par l’armée … En voyant ces scènes, on comprend mieux pourquoi jamais le simple fait de planter un arbre n’a à ce point représenté un acte politique.<br><br></p>



<p>L&rsquo;agriculture comme forme de résistance : c&rsquo;est ainsi que la décrit Rulla Sarras, directrice du financement et du développement chez RWDS (Rural Women Development Society)<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>, une association soutenue par Entraide et Fraternité.</p>



<p>RWDS, l&rsquo;une des plus grandes organisations de femmes en Palestine, a été créée en 1987 pendant la première Intifada. Elle opère à travers 58 clubs de femmes répartis en Cisjordanie et à Gaza et compte environ 3000 membres issues du milieu rural. Ces femmes sont parmi les plus touchées par l&rsquo;insécurité agricole, et pas seulement pendant la saison de la récolte des olives. <strong>Bien que les femmes rurales représentent environ 60% de la main-d&rsquo;œuvre agricole en Palestine, leur travail est en grande partie informel et elles contrôlent moins de 8% des terres agricoles</strong>. Lorsque les terres sont confisquées par les autorités israéliennes, que ce soit par des actions militaires ou l&rsquo;expansion des colonies, les femmes et leurs familles se retrouvent souvent privées de l&rsquo;accès aux ressources dont elles dépendent. Il en va de même lorsque les membres masculins de la famille, maris, fils ou pères, sont emprisonnés ou tués, laissant les femmes à la tête du foyer. RWDS soutient ces femmes en leur apportant un soutien psychosocial et mental, en mettant en place des initiatives de protection communautaire et en les aidant à commercialiser leurs produits afin de générer des revenus durables pour surmonter ces pertes.</p>



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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="560" height="560" src="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/Rulla-Sarras.jpg" alt="Portrait d'une femme" class="wp-image-26581" srcset="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/Rulla-Sarras.jpg 560w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/Rulla-Sarras-300x300.jpg 300w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/Rulla-Sarras-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 560px) 100vw, 560px" /><figcaption class="wp-element-caption">Rulla Sarras, Rural Women Development Society.</figcaption></figure>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p><em>« L&rsquo;une des réalités les plus préoccupantes »</em>, explique Rulla Sarras, « <em>est que les produits agricoles provenant des colonies israéliennes, produits illégalement sur des terres palestiniennes et fortement subventionnés, entrent sur les marchés palestiniens à des prix inférieurs. Cela crée une concurrence déloyale pour les agriculteurs et les agricultrices  palestinien·nes, qui sont déjà confronté·es à des difficultés économiques. De nombreuses familles locales n&rsquo;ont d&rsquo;autre choix que d&rsquo;acheter ces produits, car ils sont plus abordables. Dans certains cas, il a même été signalé que des colons utilisaient des eaux usées non traitées pour irriguer des cultures destinées à être vendues dans les zones palestiniennes.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup><em>»</em></p>
</div>
</div>



<p>Elle souligne le rôle central que joue la terre dans la lutte palestinienne : <em>« Pourquoi l&rsquo;agriculture est-elle une forme de résistance ? Parce que la terre est au cœur du conflit et qu&rsquo;il est essentiel de maintenir une présence forte et visible sur le terrain pour la protéger. En vertu des politiques israéliennes, si des terres agricoles sont laissées en jachère, elles peuvent être reclassées et déclarées ‘terres d&rsquo;État’, ce qui les rend vulnérables à la confiscation. C’est particulièrement vrai dans la zone C</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup><em>, où Israël conserve le contrôle total de l&rsquo;aménagement et de l&rsquo;utilisation des terres. En maintenant la terre cultivée et productive, les agriculteurs et agricultrices palestinien·nes affirment leur présence et leur lien avec celle-ci, et réduisent le risque de la perdre. De nombreuses familles continuent à cultiver non seulement pour subvenir à leurs besoins, mais aussi pour faire valoir leur droit légitime à la terre. Par exemple, mon père se rend chaque jour sur ses terres pour en prendre soin et maintenir notre existence. <strong>La présence continue sur les terres agricoles est une façon d&rsquo;affirmer : nous sommes ici et cette terre est la nôtre. Si la terre est laissée à l&rsquo;abandon, elle devient plus vulnérable à la confiscation</strong>. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;agriculture est bien plus qu&rsquo;un moyen de subsistance : c&rsquo;est une forme essentielle de résilience et de résistance. Et <strong>pour de nombreuses femmes rurales, qui dirigent désormais leur foyer en raison de l&#8217;emprisonnement ou de la perte de parents masculins, la terre reste leur plus grande source de dignité, de stabilité et de revenus.</strong> »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le gouvernement belge traîne des pieds pour appliquer son accord</h2>



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<p>Le 2 septembre 2025, en raison de la pression exercée par la société civile belge, notamment au moyen de deux manifestations réunissant à chaque fois 140 000 personnes dans les rues de Bruxelles, le gouvernement belge aboutissait à un accord <em>a minima</em> pour sanctionner le gouvernement israélien<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. <em>A minima</em> certes, mais le chemin à parcourir a été tellement long vu l’obstruction systématique du MR et de la N-VA qu’il vaut mieux voir le verre à moitié plein. Si le président du MR s’est focalisé sur les aspects les plus médiatiques des discussions (comme la reconnaissance de l’État palestinien), cela a permis d’avancer sur des demandes nettement moins symboliques de la société civile belge et de ses partenaires palestiniens.</p>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="840" height="560" src="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/mobilisation-citoyenne.jpg" alt="Une grande foule remplit une large avenue urbaine lors d’une manifestation. De nombreuses personnes brandissent des pancartes et des drapeaux, dont plusieurs drapeaux aux couleurs noire, blanche, verte et rouge." class="wp-image-26584" srcset="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/mobilisation-citoyenne.jpg 840w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/mobilisation-citoyenne-300x200.jpg 300w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/mobilisation-citoyenne-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><figcaption class="wp-element-caption">La mobilisation citoyenne a forcé le gouvernement belge à prendre des mesures contre le gouvernement israélien.</figcaption></figure>
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<p></p>



<p>Pour eux, <strong>la priorité était d’arrêter le génocide à Gaza</strong> (70 000 Palestiniens tués par Israël) et de montrer par des sanctions économiques à son encontre que l’État juif ne peut impunément contrevenir au droit international. <strong>Cela passe par la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël&nbsp;: la Belgique soutient l’idée au niveau européen mais ne fait rien au niveau national.</strong></p>



<p>En revanche, le gouvernement a bel et bien décidé d’interdire l’importation de produits (notamment en vente chez Carrefour) issus des colonies israéliennes<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup> et l’interdiction d’exportation et de transit d’armes destinées à Israël. Elle a également décidé de sanctionner encore plus les colons violents (interdiction de séjour en Belgique) et, mesure réellement exceptionnelle, de priver de toute aide consulaire les citoyens belges qui, au mépris du droit international, vivent dans les colonies.</p>



<p>À l’heure d’écrire ces lignes (février 2026), , il apparaît clairement que <strong>les ministres MR et N-VA qui détiennent les portefeuilles liés à certaines de ces matières traînent des pieds pour transformer ces intentions en réalités</strong>. Pour eux, l’accord de gouvernement n’est clairement qu’un leurre destiné à calmer l’opinion.</p>



<p>À l’occasion des 5 mois de cet accord, les coupoles d’ONG belges dont Entraide et Fraternité est membre, le CNCD-11.11.11 et 11.11.11 côté flamand, ont interrogé les différents ministres sur l’avancée réelle de ces mesures<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>. Clairement, celles qui dépendent du ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés) ou des autres membres de son parti ainsi que du CD&amp;V, ont progressé, à l’exception de la reconnaissance de la Palestine. C’est le cas notamment du retrait des services consulaires aux Belges installés en territoire occupé ou de l’interdiction du transit d’armes vers Israël.</p>



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<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="717" height="464" src="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/capture-site-Ministere-espagnol-de-la-consommation.jpg" alt="Capture d’écran du site web du Ministerio de Derechos Sociales, Consumo y Agenda 2030 d’Espagne. La page affiche un article de la section “Comunicación / Notas de prensa”, titré : “Consumo exige a siete multinacionales que retiren su oferta de alojamiento vacacional en territorios ocupados por Israel”. La date indiquée est le 30 de diciembre de 2025. Sous le titre, un encadré présente un texte expliquant que le ministère a détecté des annonces de logements touristiques situés dans des implantations en territoire palestinien occupé. Une photographie insérée dans l’article montre un bâtiment en briques rouges entouré d’arbres. La mise en page utilise un en‑tête jaune, un menu horizontal et le logo officiel du ministère dans le coin supérieur gauche. " class="wp-image-26586" srcset="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/capture-site-Ministere-espagnol-de-la-consommation.jpg 717w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/03/capture-site-Ministere-espagnol-de-la-consommation-300x194.jpg 300w" sizes="(max-width: 717px) 100vw, 717px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le Ministère espagnol de la consommation oblige sept multinationales à retirer leur offre de logement de vacances dans les territoires occupés par Israël. https://www.dsca.gob.es/es/comunicacion/notas-prensa/consumo-exige-siete-multinacionales-retiren-su-oferta-alojamiento</figcaption></figure>
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<p>Pour le sujet le plus sensible – aux yeux des sociétés civiles belge et palestinienne – et qui concerne le plus directement le cœur de cette analyse, <strong>les ministres Clarinval (MR, Économie) et Jambon (N-VA, Finances) font de l’obstruction,invoquant la complexité technique</strong> d&rsquo; <em>« élaborer un arrêté royal prévoyant une interdiction nationale d&rsquo;importation des biens produits, exploités ou transformés dans les territoires occupés par Israël par la puissance occupante ; et de prévoir les contrôles nécessaires pour garantir le respect de l&rsquo;interdiction d&rsquo;importation » </em>tel que décrit par l’accord de septembre. Pourtant, comme le rappellent les ONG belges, <em>« Il est frappant de constater que <strong>l&rsquo;Espagne a adopté l&rsquo;interdiction seulement 15 jours après l&rsquo;avoir annoncée et qu&rsquo;elle est entrée en vigueur dès le lendemain.</strong> Afin de garantir la mise en œuvre effective de cette interdiction nationale, le gouvernement espagnol a également publié, le 23 décembre 2025, une liste des lieux et codes postaux des colonies israéliennes auxquels s&rsquo;applique l&rsquo;interdiction. Le 29 décembre 2025, le gouvernement espagnol a également annoncé qu&rsquo;il avait ordonné à sept plateformes touristiques de supprimer les 138 annonces proposant des hébergements dans les territoires palestiniens occupés par Israël. »</em></p>
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</div>



<p>Sur la question de la reconnaissance de la Palestine, la partie du gouvernement qui y est favorable fait mine de penser que celle-ci est effective à quelques détails près, tandis que la droite fait comme si elle n’était même pas à l’ordre du jour. Si, désormais, la condition de la restitution par le Hamas de tous les otages israéliens est remplie, l’Arizona s’emberlificote sur la question de la mise à l’écart du Hamas en liant cette question à ce que donnera la création de l’absurde «&nbsp;Board of Peace&nbsp;» de Donald Trump, à laquelle s’oppose pourtant notre pays puisqu’il s’agit d’une façon à peine voilée de vouloir remplacer le multilatéralisme incarné par les Nations unies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p>Le maintien de l’activité agricole est un enjeu majeur dans le monde entier, en premier lieu à des fins de souveraineté alimentaire. La Palestine ne fait pas exception mais ce combat pour la terre prend un tour autre du fait qu’une puissance occupante tente de chasser les Palestinien·nes de leur terre.</p>



<p><strong>La responsabilité morale que portent les pays occidentaux comme le nôtre est écrasante&nbsp;dans la réalisation du projet colonial israélien</strong> : même si elle affirme se réfugier derrière le droit international comme boussole, <strong>la Belgique</strong>, si elle n’adopte par les comportements pro-israéliens des États-Unis ou de l’Allemagne, <strong>manque de courage en la matière</strong>. Durant deux ans, on a beaucoup entendu qu’il fallait agir pour la protection de Gaza afin qu’il n’y reste pas qu’un cimetière&nbsp;; <strong>il y a plus que jamais urgence à agir aussi pour protéger le territoire palestinien de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est</strong> afin qu’il n’en reste pas définitivement que des poches ressemblant à des ghettos d’un autre âge ou à des réserves nord-américaines.</p>



<p>En effet, dans un climat mondial subitement revenu à l’état de désintérêt total pour la question, sans doute à cause des sidérations successives provoquées par l’administration Trump (Venezuela, Iran, Groenland) comme de l’imposition du narratif pro-israélien, <strong>la situation à Gaza, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie a atteint un point de non-retour sans l’indifférence générale</strong>.</p>



<p>Le gouvernement israélien a pris tout récemment des mesures qui équivalent à une annexion de la bande occidentale du Jourdain. De Standaard résumait récemment la situation&nbsp;: &nbsp;<em>«&nbsp;’Nous enterrons l’idée d’un État palestinien.’ S’il fallait reconnaître une qualité au ministre israélien des Finances, Bezalel&nbsp;Smotrich, ce serait celle de formuler la finalité de la politique israélienne avec une grande précision. Cela ressort également des mesures qu’il a annoncées cette semaine et qui bénéficient du soutien du cabinet de sécurité du Premier&nbsp;ministre Benjamin&nbsp;Netanyahu.</em></p>



<p><strong><em>Les colons illégaux peuvent désormais acheter plus facilement des terres en Cisjordanie</em></strong><em>. L’État&nbsp;israélien se voit accorder davantage de compétences pour démolir des bâtiments dans des zones placées sous administration palestinienne. Le journal&nbsp;</em>Haaretz<em>&nbsp;révèle par ailleurs que l’armée israélienne est impliquée dans le vol systématique de terres agricoles palestiniennes. <strong>Des militaires israéliens empêchent ainsi des agriculteurs palestiniens d’accéder à leurs parcelles, les privant de la possibilité de les labourer</strong>. Non seulement ces exploitants n’auront pas de récolte dans quelques mois, mais ces terres seront en outre considérées par Israël comme’ abandonnées’, ce qui entraîne la perte du droit de propriété pour l’agriculteur.</em></p>



<p><em>Cette logique d’accaparement militarisé conduit de plus en plus à une réalité dans laquelle la Cisjordanie devient un lieu où il est impossible pour les Palestiniens de survivre. <strong>Les terres agricoles sont confisquées, les sources d’eau ne sont plus accessibles et les colons illégaux acquièrent toujours plus de terrains</strong>. Ces derniers s’organisent en milices armées qui de surcroît bénéficient du soutien de militaires israéliens. La terreur qui en résulte anéantit toute perspective de développement pour les citoyens palestiniens et, par conséquent, les chances de viabilité d’un État palestinien. La dure réalité en Cisjordanie contraste fortement avec l’indignation pour le moins minimaliste des pays européens »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</p>



<p>Comme l’a souligné Amnesty International<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>, <strong>le « cessez-le-feu » obtenu par Trump est un écran de fumée qui cache la poursuite du génocide à Gaza</strong> ; et il faudra finir par se poser la question de savoir à quel moment on devra parler de la même façon du nettoyage ethnique entrepris par Israël en Cisjordanie. Chaque mesure prise par nos pays est cruciale pour faire vivre ce peuple qui restera sur sa terre <em>« tant qu’il y aura du thym et des olives ».</em></p>



<p>Mais il est plus que temps : comme l’a récemment rappelé la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la Palestine, Francesca Albanese, « <em>le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’ont armé, lui fournissant des excuses politiques, un appui politique, un soutien financier et économique, c’est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, c’est un défi. Et en même temps c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés, nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté. »<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup></em></p>



<p><a href="#_ednref1" id="_edn1"></a>&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Cisjordanie&nbsp;: la violence des colons israéliens a atteint un niveau record&nbsp;», Le Monde, 18 novembre 2025&nbsp;:&nbsp; https://www.lemonde.fr/international/video/2025/11/18/cisjordanie-la-violence-des-colons-israeliens-a-atteint-un-niveau-record_6653904_3210.html</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Agences de presse&nbsp;: https://www.rts.ch/info/monde/2025/article/netanyahu-promet-d-agir-contre-les-colons-violents-en-cisjordanie-occupee-29062295.html</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Isabelle Mandraud, «&nbsp;En Cisjordanie, l’amère cueillette des olives sous la menace des colons&nbsp;», Le Monde, 29 octobre 2024&nbsp;: &nbsp;https://www.lemonde.fr/international/article/2024/10/29/en-cisjordanie-l-amere-cueillette-des-olives-sous-la-menace-des-colons_6364311_3210.html?search-type=classic&amp;ise_click_rank=3</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1 dunum = 1000 m2, soit 1 are.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; »<br /><br />



<h2 class="wp-block-heading">Un symbole fort de l’identité palestinienne</h2>



On l’a compris, <em>« l&rsquo;olivier est profondément enraciné dans le paysage palestinien : symbole de l&rsquo;identité, de la culture et de la tradition palestiniennes. <strong>L&rsquo;olivier peut vivre jusqu&rsquo;à mille ans et symbolise ainsi le long lien entre le peuple palestinien et sa terre</strong>. L&rsquo;or vert a également une valeur économique inestimable : la majorité des Palestiniens sont des agriculteurs en fonction de la production d&rsquo;olives.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>« L’olivier palestinien comme résistance silencieuse », Broederlijk Delen, 18 mai 2018 :  https://broederlijkdelen.be/fr/nieuws/de-palestijnse-olijfboom-als-stil-verzet</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Palestine : la souveraineté alimentaire comme résistance sous occupation », Oxfam Belgique, 17 avril 2025 : https://oxfambelgique.be/palestine-la-souverainete-alimentaire-comme-resistance-sous-occupation</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« La souveraineté alimentaire comme résistance en Palestine », Via Campesina, 10 juillet 2025 : https://viacampesina.org/fr/la-souverainete-alimentaire-comme-resistance-en-palestine/</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Fanny Léonord Crouzet, « Israël face à l’essor d’un terrorisme juif très médiatisé », La Libre, 16 novembre 2025 : https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2025/11/16/israel-face-a-lessor-dun-terrorisme-juif-tres-mediatise-MQHSJFUFBVFDJEZHGI2YVB4WWE/</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Site du RWDS : <a href="http://rwds.ps/index.cfm?setLang=1">rwds.ps</a></div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien avec l’auteur, 22 septembre 2025.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les accords d’Oslo (1993) prévoyaient une subdivision transitoire de la Cisjordanie en trois zones : la Zone A (18% du territoire), sous contrôle exclusif de l’Autorité palestinienne ; la Zone B (22%) avec un contrôle conjoint (civil palestinien ; sécuritaire israélien) ; et la Zone C (60%), sous contrôle total israélien. Le processus n’est jamais entré en vigueur mais Israël a bel et bien instauré les 3 zones et a même étendu progressivement la Zone C à plus de 70% du territoire en construisant massivement dans les colonies. Sont sous son contrôle : toute la zone frontalière et une immense bande de terre le long du Jourdain, permettant notamment d’en dévier les eaux vers Israël. Entre les villages ou villes palestiniens sont en général construites des colonies et des routes israéliennes que ne peuvent emprunter les Palestiniens : pour aller d’un village à un autre, ils peuvent devoir faire un détour de plusieurs heures. En réalité, l’objectif est de circonscrire la population palestinienne dans les zones urbaines, comme autant de ghettos plus aisés à contrôler. Parmi ses violations les plus récentes du droit international, Israël a commencé à entreprendre des déplacements forcés des populations abritées dans des camps de réfugiés en Palestine (il y en a évidemment aussi au Liban et en Jordanie) : l’objectif à peine voilé – une nouvelle fois la politique du « fait accompli » &#8211; est de « rayer de la carte » le concept même de réfugiés. En effet, au regard du droit international, les réfugiés, chassés lors de la Nakba en 1948, conservent leur droit inaliénable au retour.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Moyen-Orient la souveraineté palestinienne – accord au sein du conseil ministériel restreint », site du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot, 2 septembre 2025 :  https://prevot.belgium.be/fr/actualites/moyen-orient-la-souverainete-palestinienne-accord-au-sein-du-conseil-ministeriel</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur ce sujet du commerce avec les colonies illégales, lire le rapport 2025 cosigné par 85 ONG dont Entraide et Fraternité : « Commerce avec les colonies illégales. Comment les États et entreprises étrangères permettent à Israël de mettre en œuvre sa politique de colonisation illégale », Stop Trade With Settlements, septembre 2025. Lien raccourci : https://miniurl.be/r-6o8j</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Scorecard Palestine : « Mise en œuvre des engagements du gouvernement fédéral en faveur de la Palestine », CNCD-11.11.11, 2 février 2026 :   https://www.cncd.be/IMG/pdf/scorecard_palestine_fr_.pdf</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.standaard.be/bundle/ds/en-francais/5422?item=2&amp;platform=web#no_universal_links">standaard.be</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/le-genocide-gaza-se-poursuit">amnesty.be</a></div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</em><a href="https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/passe-d-armes-entre-francesca-albanese-porte-voix-des-palestiniens-a-l-onu-et-des-elus-francais-on-vous-raconte_260279.html">huffingtonpost.fr</a><em></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Ressources minières en Haïti &#8211; Chance ou malédiction ?</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-03/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2026 13:20:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[En Haïti, la société civile se mobilise face aux appétits extractivistes des grandes entreprises et de l’État.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="chapo">Haïti recèle dans ses sols un important potentiel minier et énergétique : or, argent, nickel, cuivre, pétrole…<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Selon certaines estimations – réalisées par des firmes intéressées par leur exploitation &#8211; ces ressources pourraient valoir jusqu’à 20 milliards de dollars sur les marchés internationaux<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup><sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.  Ces minerais sont présents principalement dans le nord de l’île, région qui constitue également le grenier agricole du pays, rendant la question minière d’autant plus sensible.</p>



<p class="chapo"><strong><em><br></em></strong>L’histoire montre que ces richesses sont souvent une malédiction plus qu’une chance pour les pays du Sud global&nbsp;: les populations locales en retirent peu d’avantages économiques et en subissent les nombreuses conséquences négatives.</p>



<p class="chapo">En Haïti, la société civile se mobilise face aux appétits extractivistes des grandes entreprises et de l’État.</p>



<p>Deux projets emblématiques ont marqué l’histoire minière récente du pays. Il s’agit d’une exploitation de cuivre en région de Terre-Neuve, par l’entreprise canadienne Sedren, arrêtée en 1971, et une exploitation de bauxite en région de Miragoâne, abandonnée en 1982.</p>



<p><strong>Depuis le début des années 2000, les gouvernements successifs ont tenté à plusieurs reprises de relancer des activités minières</strong>. Suite au tremblement de terre de 2010, un « Plan stratégique de développement d’Haïti » est rédigé, qui vise à faire d’Haïti une économie émergente d’ici à 2030. Le potentiel minier d’Haïti y est inscrit comme possible « apport[s] significatif[s] au développement économique national »<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mobilisation citoyenne</h2>



<p>Le gouvernement du Président Michel Martelly, au pouvoir entre 2011 et 2016, a élaboré une stratégie en trois volets&nbsp;:</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>miser sur les investissements d’entreprises étrangères pour l’exploitation des ressources, </li>



<li>réformer le cadre légal d’exploitation,</li>



<li>évaluer le potentiel minier et établir un cadastre minier<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</li>
</ol>



<p>Plusieurs études géologiques ont été réalisées et des permis d’exploitation ont été attribués à des firmes étrangères (canadiennes et américaines principalement). À ce stade, ces permis n’ont mené qu’à des activités de prospection : <strong>aucune exploitation minière à grande échelle n’a démarré.</strong></p>



<p>Plusieurs facteurs expliquent cela : <strong>la situation politique et sécuritaire du pays</strong>, mais aussi et surtout, <strong>la forte mobilisation de la société civile haïtienne</strong>. Cette dernière reproche notamment au gouvernement haïtien de vouloir ouvrir à tout prix les sous-sols aux investissements étrangers sans consultation préalable des populations concernées et au détriment de la protection de l’environnement et des droits humains<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>.</p>



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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">La société civile mobilisée</h3>



<p>Haïti est connue pour être une terre de résistance, la question de l’extractivisme n’y fait pas exception. Pour l’ensemble des raisons développées ci-dessus, une large frange de la société civile s’organise et s’oppose au développement de l’activité minière sur l’île. Le Collectif Justice minière en Haïti ou Kolektif Jistis Min an Ayiti (KJM) regroupe une série d’associations haïtiennes (dont plusieurs associations partenaires d’Entraide &amp; Fraternité comme la PAPDA et Tèt kole ti peyizan. Il vise notamment à informer les communautés sur leurs droits et sur les impacts de l’exploitation minière<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Extractivisme&nbsp;: quand la nature est une marchandise</h2>



<p>L’extractivisme peut être défini comme «&nbsp;l’exploitation massive et destructrice de la nature&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>, qu’il s’agisse de minerais, mais aussi d’eau, de forêts, de terres agricoles, etc.</p>



<p><strong>La notion d’extractivisme met en lumière la dépendance de notre système capitaliste à l’exploitation toujours croissante de ressources naturelles</strong> : « La consommation mondiale des ressources naturelles a été multipliée par huit au cours du 20<sup>e</sup> siècle (alors que la population n’a fait ‘que’ quadrupler) ; celle des métaux a doublé en vingt-cinq ans ; plus des deux tiers de l’or extrait depuis sa découverte (il y a 6 000 ans) l’ont été au cours du dernier demi-siècle. Les nouveaux usages s’ajoutant aux anciens (et non pas les remplaçant, comme le voudrait faire croire l’idée d’une ‘transition’), on extrait non seulement de plus en plus, mais aussi de plus en plus de ressources différentes »<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>Les ressources naturelles, dans notre système, sont donc toujours perçues comme un moyen, comme des matières exploitables, des marchandises et non comme des fins en soi, ayant plus qu’une valeur économique. L’extractivisme repose sur une logique de profit à court terme, une forte dépendance aux marchés mondiaux, et des impacts sociaux et environnementaux immenses.</p>



<p>Partout où ils ont lieu, les projets extractivistes rencontrent des résistances, des populations locales qui s’organisent et s’opposent à l’appropriation de ressources qui pour elles représentent la vie, «&nbsp;des choses qui ne se vendent pas&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les conséquences&nbsp;de l’extraction minière</h2>



<p>Selon la Banque mondiale, Haïti est le pays le plus pauvre d’Amérique latine et des Caraïbes, et fait partie des pays les plus pauvres du monde<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. L’extraction minière est parfois présentée comme une solution économique, un moyen d’enrichir facilement un pays qui souhaite se « développer », et « refonder son économie »<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. Cependant, <strong>les bénéfices financiers de l’extraction intensive de ressources sont souvent très inégalement répartis</strong> &#8211; concentrés dans les mains de quelques-uns &#8211; <strong>et totalement contrebalancés par les nombreux effets négatifs, parfois irréversibles.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Conséquences économiques</h3>



<p>L’exploitation des ressources sous-terraines en Haïti pourrait-elle rapporter de l’argent au pays, et lui permettre d’investir dans ses infrastructures publiques ? L’expérience internationale tend à montrer que non, comme le souligne le concept de « malédiction des ressources ». <strong>Les pays pauvres qui disposent de ressources dans leurs sous-sols ne bénéficient pas de la richesse qui y est liée mais subissent plutôt sa contrepartie</strong> : pauvreté, exploitation, corruption, violence, dégâts environnementaux, …<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup> Selon ce concept, posséder des ressources naturelles riches n’est jamais un avantage pour la population du pays concerné, au contraire.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Pourquoi&nbsp;?</h4>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le modèle économique extractiviste est basé sur <strong>l’exportation des minerais bruts</strong>, sans transformation locale ni création de valeur ajoutée, ce qui génère <strong>peu de bénéfices pour la population</strong>.</li>



<li><strong>Les emplois créés par l’activité sont précaires</strong>, sous-payés et temporaires. Ils entraînent également d’importants risques pour la santé.</li>



<li><strong>Les postes</strong> davantage <strong>qualifiés sont réservés à des expatriés</strong> envoyés par la firme d’exploitation.</li>
</ul>



<p>Des infrastructures sont parfois construites par les industries minières et peuvent être vues comme un avantage pour la population. Cependant, elles sont toujours pensées au service des mines et du transport des matières, elles ne sont pas directement destinées à la population. Une fois l’activité minière terminée, ces infrastructures sont abandonnées et cessent d’être entretenues.</p>



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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Que retenir des expériences minières en Haïti&nbsp;?</h2>



<h3 class="wp-block-heading">Les cas Reynolds et Sedren</h3>



<p><strong>L’entreprise américaine Reynolds Haitian Mines Inc</strong>. obtient en 1944 un permis d’exploitation de bauxite, minerai dans lequel on trouve de l’aluminium. Pendant plus de 40 ans, l’entreprise exploite les sols de la commune de Miragoâne, ce qui lui permet d’acheminer plus de 14 millions de tonnes de bauxite vers le Texas. Pour rendre cela possible, <strong>des milliers de familles haïtiennes sont expropriées et les cultures plantées sur les terrains, principalement des caféiers, sont arrachées.</strong> Le gouvernement haïtien augmente au fil des ans les redevances qu’il tire de l’exploitation Reynolds – bien que celles-ci restent très faibles. Dans les années 70, une tonne de bauxite rapporte 1,29 US dollar à Haïti, tandis que le reste de la richesse part directement vers les États-Unis. Quand l’entreprise se retire, après 40 ans d’exploitation, <strong>le bilan est clair&nbsp;:</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>d’énormes bénéfices financiers pour l’entreprise américaine</strong>, avec 14 millions de tonnes de bauxite récoltés, </li>



<li>13 kilomètres de routes construites sur l’île, </li>



<li><strong>l’abandon du matériel</strong> technique sur place, </li>



<li><strong>des terres abimées et inexploitables</strong></li>



<li>sur la durée de l’exploitation, <strong>seulement 300 Haïtiens embauchés</strong> et rémunérés au salaire minimum<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.  </li>
</ul>



<p>La seconde expérience récente d’exploitation minière en Haïti fut celle de la <strong>Société d’Exploitation et de Développement Économique et Naturel, SEDREN</strong>, une entreprise canadienne intéressée par le cuivre haïtien. Elle a été active sur l’île entre 1960 et 1972. Selon le Collectif Justice Mine, l’exploitation de Sedren a engendré 83 millions de dollars de bénéfices pour la compagnie, et <strong>3 millions pour l’État haïtien, ce qui est loin d’être suffisant pour réparer les dégâts environnementaux et traiter les déchets toxiques</strong> générés par l’activité<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.   À son apogée, <strong>l’entreprise employait entre 500 et 600 Haïtiens, payés ici aussi au salaire minimum</strong>, puisque les postes plus qualifiés étaient réservés aux expatriés<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. La chute des prix du cuivre sur les marchés internationaux entraîna la fermeture des sites, illustrant bien la grande dépendance de ces activités économiques aux fluctuations des prix des matières premières. <strong>L’entreprise quitta l’île en 1972, en laissant aux autorités haïtiennes la tâche de gérer les installations</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>.</p>
</div>
</div>



<h3 class="wp-block-heading">Conséquences environnementales</h3>



<p>L’extractivisme considère la nature uniquement pour sa valeur marchande, sans la considérer pour sa valeur culturelle ou pour ses services écosystémiques<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup><sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. Cette vision entraîne d’énormes conséquences sur l’environnement. Les dégâts qu’elle provoque commencent dès la phase de prospection et ne s’arrêtent pas lors de la fermeture des mines.</p>



<p>Les conséquences environnementales de l’exploitation des sous-sols sont nombreuses : <strong>déforestation et destruction des paysages, utilisation massive d’eau, pollution de l’air, des sols, et des eaux, perte de biodiversité</strong>,… Extraire et nettoyer un kilogramme d’or nécessite en moyenne 500 000 litre d’eau<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>. Ce <strong>captage massif d’eau</strong>, combiné à la <strong>pollution des rivières et des nappes phréatiques</strong>, accentuerait la concurrence pour l’accès à une ressource déjà rare, alors que moins de 50 % de la population rurale haïtienne a accès à l’eau potable<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>.</p>



<p>Les risques de catastrophes naturelles sont également augmentés par les activités minières et leur destruction de l’environnement, dans un pays déjà considérés comme l’un des plus vulnérables aux catastrophes naturelles et au dérèglement climatique. Les sécheresses, les inondations, les ouragans y sont nombreux et ces phénomènes pourraient être renforcés, en fréquence et en intensité, par une activité minière importante.</p>



<p>La protection de l’environnement est inscrite dans la Constitution haïtienne de 1987 : « L’environnement étant le cadre naturel de vie de la population, les pratiques susceptibles de perturber l’équilibre écologique sont formellement interdites »<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>. Ce principe constitutionnel pourrait, en théorie, constituer un obstacle juridique majeur à toute activité extractiviste.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Inquiétude citoyenne</h2>



<p>En 2018, un collectif d’organisations s’inquiétait de permis d’exploitation qui ont été accordés à des compagnies étrangères, à l’insu de la population. Elles écrivaient, dans une lettre ouverte : « Nous soulignons l’importance de cette montagne, Morne Pele &#8211; où les entreprises prévoient d’installer une mine &#8211; notamment comme protection de nos communautés contre les ouragans, les vents violents et autres menaces. […] Alors que notre environnement est déjà le plus vulnérable de toute l’Amérique latine et que nous subissons chaque année des tremblements de terre, des ouragans et des inondations »<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>. Dans cette interpellation, les associations soulignent également l’importance de cet environnement naturel pour la santé des population locales, qui dépendent largement des plantes médicinales à disposition pour se soigner.</p>
</div>
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<h3 class="wp-block-heading">Conséquences sociales</h3>



<p><strong>L’extractivisme minier entraîne d’importants déplacements de populations</strong>. Dans un pays où le nombre de déplacés internes dus à la violence des gangs se compte en millions, des activités minières entraîneraient à nouveau des déplacements massifs de populations expropriées de leur terre pour laisser place aux mines<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>.</p>



<p>L’extractivisme est associé à <strong>des violences envers les personnes qui y travaillent et envers les populations locales</strong>. La violence n’est pas juste un risque lié au modèle de l’extractivisme, mais est bien inhérente à ce type d’activité<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup>.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
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<h2 class="wp-block-heading">Les leçons de l’histoire</h2>



<p>« L’exploitation des ressources minières haïtiennes entre les XV<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles et les expériences de l’État haïtien avec la « Reynolds Haitian Mines Inc. » à Miragoâne et la société canadienne SEDREN S.A. aux Gonaïves – au cours du XX<sup>e</sup> siècle – respectivement, ont été ponctuées de génocide, de pillages systématiques et destruction de l’environnement qui ont laissé des traumas qui s’incrustent voire se cristallisent dans la mémoire collective, des siècles et décennies après. »<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>.</p>
</div>
</div>



<p>D’un point de vue plus politique également, <strong>des liens ont été établis entre le développement de l’extractivisme dans un pays et le déclin de la démocratie</strong> : réduction des contrôles environnementaux, criminalisation des mouvements sociaux, répression accrue, assassinats d’activistes liés aux conflits d’accès à la terre et aux ressources naturelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>.</p>



<p>Les permis d’exploitation et les contrats miniers sont bien souvent opaques, favorisant la corruption et le détournement des richesses. La forte instabilité politique en Haïti ne permet actuellement pas que des décisions sur des activités minières soient prises de manière transparente et concertée avec la population.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conséquences pour l’agriculture</h2>



<p><strong>L’activité minière crée des conflits pour la terre</strong>. Pour de nombreuses personnes, la perte de leur terre signifie la perte de leur habitat mais également de leur moyen de subsistance, dans un pays où <strong>la majorité de la population dépend de l’agriculture pour subvenir à ses besoins</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup> et où plus de quatre Haïtien·es sur dix souffrent d’une grave insécurité alimentaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>.</p>



<p>Le phénomène d’accaparement des terres en Haïti est déjà bien présent et ne serait que renforcé par la mise en place de projets miniers<sup class="modern-footnotes-footnote ">30</sup>. Le Collectif Justice Mines dénonce depuis quelques années déjà la politique de l’État haïtien qui vise à chasser des paysans et paysannes de leur terre pour les céder à des entreprises transnationales. <strong>Les exploitations destinées à une alimentation locale sont expropriées et remplacées par des entreprises transnationales, pour des projets agricoles destinés à l’exportation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">31</sup>. Ces pressions sur les terres se verraient alors renforcées par un accaparement destiné à des activités minières. Des entreprises exctractivistes ont d’ores et déjà fait des prospections et des forages sur des terres qui ne leur appartiennent pas, sans accord préalable des propriétaires ou des personnes qui cultivent ces terres<sup class="modern-footnotes-footnote ">32</sup>.</p>



<p>Au-delà de la question de l’accès à la terre, <strong>la pollution de l’eau et des sols engendrée par l’activité minière rend les terres agricoles impropres à la culture, contamine les récoltes </strong>et menace la sécurité alimentaire des communautés locales.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Les femmes&nbsp;: plus exposées</h2>



<p>Comme toujours, tous les secteurs de la population ne sont pas égaux face aux conséquences de l’extractivisme : les femmes sont toujours les plus exposées. En Haïti, plus de 70% des agriculteurs sont des agricultrices…<sup class="modern-footnotes-footnote ">33</sup> Pourtant, l’accès à la terre ou à des crédits est toujours plus compliqué pour elles. <strong>Leur dépendance directe à la terre comme moyen de subsistance fait qu’elles sont davantage touchées par des projets miniers</strong> qui accaparent ou dégradent leurs ressources<sup class="modern-footnotes-footnote ">34</sup>.</p>



<p>Les femmes sont souvent tenues éloignées des lieux de décisions et de gouvernance, ce qui ne leur permet pas d’être informées correctement sur des projets d’extractivisme et de faire entendre leur voix dans les débats.&nbsp;</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Alternatives paysannes à l’extractivisme en Haïti</h2>



<p>Dans les activités d’extractivisme, un schéma connu se répète&nbsp;: tandis que les pays du Nord s’enrichissent, les pays du Sud global paient les conséquences. Les promesses faites aux populations locales sont rarement tenues, tandis que quelques-uns se remplissent les poches.</p>



<p>Face à cela, d’autres voies sont possibles. Il faut garder en tête qu’il existe d’autres moyens pour un pays de promouvoir son propre développement&nbsp;: <strong>miser sur l’agriculture durable, sur les initiatives d’économie sociale et solidaire…</strong></p>



<p><strong>Si Haïti décide toutefois de s’engager dans l’exploitation de ses sous-sols, plusieurs conditions fondamentales devraient être réunies</strong>&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>La décision</strong> de savoir si le développement du pays doit passer par l’extraction minière <strong>doit être prise de manière démocratique</strong>, sur la base d’une information de la population au sujet des bénéfices potentiels mais surtout des risques encourus.</li>



<li>L’autorité haïtienne doit être capable de négocier <strong>des contrats transparents, consultables, bénéficiant à toute sa population</strong> et doit être en mesure de faire respecter ces contrats.</li>



<li><strong>Les droits humains et la souveraineté alimentaire des populations affectées doivent primer</strong> sur les intérêts économiques des entreprises et des pays tiers.</li>
</ul>



<p>La pauvreté en Haïti est due à de multiples facteurs : à la dette qui lui a été imposée par la France<sup class="modern-footnotes-footnote ">35</sup>, à l’ingérence de puissances étrangères, à l’instabilité politique et à la faiblesse des institutions et, plus récemment, à l’insécurité et la violence causées par les gangs<sup class="modern-footnotes-footnote ">36</sup>. Tant que cette situation politique et sécuritaire perdurera, les conditions ci-dessus ne pourront être respectées. </p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://ceim.uqam.ca/db/IMG/pdf/cph._l_industrie_minie_re_en_hai_ti._enjeux_et_re_alite_s._final_de_c_2015.pdf">Bureau des Mines et de l&rsquo;Energie</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.erudit.org/fr/revues/rel/2016-n786-rel02647/83187ac.pdf">Haïti : le mirage de l’exploitation minière</a> &#8211; érudit</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces chiffres ne font pas l’objet d’un consensus</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://faolex.fao.org/docs/pdf/hai145914.pdf">Plan stratégique de développement d&rsquo;Haïti</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.erudit.org/fr/revues/rel/2016-n786-rel02647/83187ac.pdf">Haïti : le mirage de l’exploitation minière</a> &#8211; érudit</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://ceim.uqam.ca/db/IMG/pdf/cph._l_industrie_minie_re_en_hai_ti._enjeux_et_re_alite_s._final_de_c_2015.pdf">L’industrie minière en Haïti</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://ceim.uqam.ca/db/IMG/pdf/cph._l_industrie_minie_re_en_hai_ti._enjeux_et_re_alite_s._final_de_c_2015.pdf">L’industrie minière en Haïti</a></div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A.&nbsp;Bednik, « Extractivisme », dans G.&nbsp;D’Alisa, F.&nbsp;Demaria et G.&nbsp;Kallis (dir.),&nbsp;Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://shs.cairn.info/revue-ecologie-et-politique-2019-2-page-29?lang=fr">La grande frontière | Cairn.info</a></div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A.&nbsp;Bednik, « Extractivisme », dans G.&nbsp;D’Alisa, F.&nbsp;Demaria et G.&nbsp;Kallis (dir.),&nbsp;Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Haïti Présentation <a href="https://www.banquemondiale.org/ext/fr/country/haiti">banquemondiale.org</a></div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://faolex.fao.org/docs/pdf/hai145914.pdf">Plan stratégique de développement d&rsquo;Haïti</a></div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://shs.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2013-3-page-38?lang=fr">La malédiction des ressources naturelles et ses antidotes | Cairn.info</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://haitiliberte.com/ruee-vers-lor-en-haiti-le-pire-peut-il-etre-evite/">Ruée vers l’or en Haïti : le pire peut-il être évité ?</a> &#8211; Haiti Liberte</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://haitiliberte.com/ruee-vers-lor-en-haiti-le-pire-peut-il-etre-evite/">Ruée vers l’or en Haïti : le pire peut-il être évité ?</a> &#8211; Haiti Liberte</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://en.ayitikanpemin.org/historical-context">Historical Context — Mining Free Haiti</a></div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://aqoci.qc.ca/wp-content/uploads/2015/05/pdf_cph._l_industrie_minie_re_en_hai_ti._de_fis_et_re_alite_._juin_2015.pdf">CPH. L&rsquo;industrie minière en Haïti. Défis et réalité</a></div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.justicepaix.be/extractivisme-ou-la-voie-de-garage/">Extractivisme ou la voie de garage ?</a> &#8211; Commission Justice &amp; Paix &#8211; Belgique francophone</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On appelle « services écosystémiques » les services, les bénéfices essentiels que la nature procure comme l’épuration de l’air, la pollinisation, la fourniture de nourriture, d’eau, de plantes médicinales, etc.</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://devp.org/fr/denonciation-impact-mine-canadienne-sur-haiti/">La Concertation pour Haïti dénonce la menace grave d’une minière canadienne à la vie, à l’eau et à l’environnement en Haïti</a> &#8211; Développement et Paix</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://chrgj.org/2016-09-byen-konte-mal-kalkile-environmental-risks-gold-mining-haiti/">Byen Konte, Mal Kalkile? Human Rights and Environmental Risks of Gold Mining in Haiti</a> &#8211; Center for Human Rights and Global Justice</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.haiticulture.ch/Const_Titre9.html">Titre IX de la Constitution de la Republique d&rsquo;Haiti</a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://en.ayitikanpemin.org/resources-list/open-letter-for-local-and-national-authorities">Open Letter from Haitian Organizations in Morne Pele</a> (2018) — Mining Free Haiti</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Haïti Présentation <a href="https://www.banquemondiale.org/ext/fr/country/haiti">banquemondiale.org</a></div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.cetri.be/Exploitation-miniere-au-Sud-enjeux">Exploitation minière au Sud : enjeux et conflits</a> &#8211; Centre tricontinental</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://haitiliberte.com/ruee-vers-lor-en-haiti-le-pire-peut-il-etre-evite/">Ruée vers l’or en Haïti : le pire peut-il être évité ?</a> &#8211; Haiti Liberte</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.justicepaix.be/extractivisme-ou-la-voie-de-garage/">Extractivisme ou la voie de garage ?</a> &#8211; Commission Justice &amp; Paix &#8211; Belgique francophone</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.fao.org/haiti/fao-en-haiti/le-pays-en-un-coup-doeil/fr/">Organisation des Nations Unies pour l&rsquo;alimentation et l’agriculture : Le pays en un coup d’oeil</a> &#8211; FAO à Haïti &#8211; Organisation des Nations Unies pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://fr.wfp.org/histoires/champs-de-culture-abandonnes-faim-grandissante-la-spirale-de-la-violence-en-haiti-frappe">Champs de culture abandonnés, faim grandissante : la spirale de la violence en Haïti frappe les zones rurales</a> &#8211; World Food Programme</div><div>30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour en savoir plus sur ce sujet : « Haïti : défendre la terre pour nourrir l’avenir. Etude sur les enjeux fonciers et les défis pour l’agroécologie dans la région Nord d’Haïti », Frédéric Thomas, Entraide &amp; Fraternité, 2025</div><div>31&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.alterpresse.org/spip.php?article28254">Le Collectif justice mines dénonce l’accaparement des terres paysannes au profit de transnationales</a> &#8211; AlterPresse &#8211; Haïti-Environnement</div><div>32&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://aqoci.qc.ca/wp-content/uploads/2015/05/pdf_cph._l_industrie_minie_re_en_hai_ti._de_fis_et_re_alite_._juin_2015.pdf">L&rsquo;industrie minière en Haïti. Défis et réalité</a> &#8211; CPH</div><div>33&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.fao.org/americas/news/news-detail/transform-rural-potentia/fr#:~:text=Plus%20de%2070%20pour%20cent,et%20aux%20intrants%20de%20qualit%C3%A9.">Journée mondiale de l’alimentation 2025: FAO et le gouvernement haïtien collaborent pour transformer le potentiel rural en moteur du développement économique et social</a> &#8211; FOA</div><div>34&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.cetri.be/Exploitation-miniere-au-Sud-enjeux">Exploitation minière au Sud : enjeux et conflits</a> &#8211; Centre tricontinental</div><div>35&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir notre analyse à ce sujet :  <a href="https://entraide.be/publication/analyse2025-6/">Vers la « réparation de la réparation » ?</a> &#8211; Entraide et Fraternité</div><div>36&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Haïti Présentation <a href="https://www.banquemondiale.org/ext/fr/country/haiti">banquemondiale.org</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Paysannes en Haïti &#8211; Invisibilisation, résistance et espoir</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-02/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2026 11:36:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PAPDA]]></category>
		<category><![CDATA[SOFA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://entraide.be/?post_type=publication&#038;p=26274</guid>

					<description><![CDATA[L’ONU a déclaré l’année 2026 « Année internationale des agricultrices » afin de mettre en lumière le rôle fondamental et pourtant trop peu valorisé des femmes dans la production alimentaire.  ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="chapo">L’ONU&nbsp;a&nbsp;déclaré&nbsp;l’année&nbsp;2026&nbsp;« Année&nbsp;internationale&nbsp;des agricultrices »&nbsp;afin de mettre&nbsp;en lumière&nbsp;le rôle fondamental&nbsp;et pourtant trop peu valorisé&nbsp;des femmes dans la production alimentaire.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="chapo">En Haïti, plus de 70% des paysans sont des paysannes.&nbsp;Pourtant,&nbsp;comme partout&nbsp;ailleurs,&nbsp;leur accès à la terre, aux ressources, aux formations et aux espaces de décisions reste extrêmement limité.&nbsp;Un&nbsp;rapport publié par la Banque mondiale en 2015 indique qu’en Haïti,&nbsp;seules 8% des femmes en milieu rural possèdent&nbsp;des terres, contre&nbsp;20%&nbsp;des hommes<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="chapo">En Haïti comme partout dans le monde, des femmes rurales s’organisent pour sortir de l’invisibilité, faire valoir leurs droits et lutter pour plus d’égalité.&nbsp;Comme&nbsp;la SOFA&nbsp;(Solidarite&nbsp;Fanm&nbsp;Ayisyèn)&nbsp;:&nbsp;cette&nbsp;organisation féministe&nbsp;haïtienne&nbsp;de défense et&nbsp;de&nbsp;promotion des droits des femmes&nbsp;considère que&nbsp;cette injustice n’est pas une fatalité.&nbsp;Ses actions reposent&nbsp;sur quatre piliers :&nbsp;la santé, la lutte contre les violences faites aux femmes, la lutte contre la pauvretéet la participation des femmes aux instances décisionnelles.&nbsp;La SOFA&nbsp;propose pour cela des formations, des cours&nbsp;agricoles, un service de soin de santé, etc.&nbsp;Haïti, quelle place pour l’égalité de genre ?<strong><em>&nbsp;</em></strong></p>



<p>L’indice de genre des ODD<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>&nbsp;classe Haïti&nbsp;au&nbsp;130<sup>e</sup>&nbsp;rang,&nbsp;sur 139 pays&nbsp;analysés&nbsp;sous l’angle de l’égalité de genre.&nbsp;Que ce soit en termes d’accès aux&nbsp;soins&nbsp;de santé&nbsp;ou au marché du travail,&nbsp;d’exposition aux violences&nbsp;ou&nbsp;de pouvoir décisionnel, les&nbsp;femmes et minorités de genre sont fortement discriminées<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.&nbsp;Les femmes sont régulièrement victimes de violence, que ce soit dans la rue ou directement chez elles.&nbsp;À&nbsp;Port-au-Prince, la capitale&nbsp;contrôlée&nbsp;en grande partie par&nbsp;des gangs armés,&nbsp;les femmes sont particulièrement touchées par les violences sexuelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.&nbsp;</p>



<p>Pour Roseline&nbsp;Raymonde,&nbsp;responsable et agronome de la ferme école Saint-Michel de l’Attalaye&nbsp;de la SOFA, la situation&nbsp;du genre en Haïti&nbsp;est claire : « Les hommes et les femmes ne sont clairement pas au même niveau dans la société.&nbsp;<strong>Les femmes rurales occupent une place stratégique dans la vie quotidienne, mais très invisibilisée, surtout dans l’espace public.</strong></p>



<p>Les femmes rurales&nbsp;travaillent, elles sont éleveuses, elles labourent la terre, elles plantent,&nbsp;elles sont au cœur de toutes ces étapes mais ne sont jamais propriétaires. Elles s’occupent de toute la chaîne de l’alimentation mais n’en sont jamais la priorité. <strong>Elles ne sont pas consultées ni invitées aux lieux de décision</strong>.&nbsp;Ça&nbsp;fait se sentir très impuissante sur ce qui se passe autour de nous. »<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></p>



<p>Pourtant, il existe en Haïti un quota de représentation féminine dans les organes législatifs et dans la fonction publique. Mais l’État est&nbsp;aujourd’hui largement&nbsp;inexistant&nbsp;et&nbsp;ces quotas&nbsp;n&rsquo;étaient déjà pas respectés&nbsp;auparavant, avec seulement un siège au Sénat occupé par une femme<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Être femme et paysanne&nbsp;</h2>



<div class="wp-block-media-text is-stacked-on-mobile"><figure class="wp-block-media-text__media"><img loading="lazy" decoding="async" width="560" height="560" src="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/Roseline.jpg" alt="Portrait d'une femme" class="wp-image-25952 size-full" srcset="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/Roseline.jpg 560w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/Roseline-300x300.jpg 300w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/Roseline-150x150.jpg 150w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2025/12/Roseline-100x100.jpg 100w" sizes="auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px" /></figure><div class="wp-block-media-text__content">
<p><em>Roseline Raymonde&nbsp;: «&nbsp;En étant femme et paysanne, on est victime de préjugés&nbsp;».</em></p>
</div></div>



<p>Si être une femme en Haïti n’est&nbsp;déjà&nbsp;pas un statut simple, Roseline met l’accent sur le cumul&nbsp;des discriminations liées&nbsp;au genre&nbsp;et à l’origine rurale : « En étant femme et paysanne,&nbsp;on est systématiquement victimes de préjugés. <strong>Venant d</strong><strong>’</strong><strong>un milieu rural</strong> c’est sûr que je n’ai pas les mêmes droits que celles et ceux qui habitent en ville.&nbsp;Par exemple, <strong>m</strong><strong>ê</strong><strong>me si</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>je suis all</strong><strong>é</strong><strong>e</strong><strong>&nbsp;à</strong><strong> l</strong><strong>’é</strong><strong>cole, que j</strong><strong>’</strong><strong>ai plusieurs dipl</strong><strong>ô</strong><strong>mes, on va toujours me dire que je ne suis pas qualifi</strong><strong>é</strong><strong>e</strong>, même si j’ai la formation et l’expérience pour ».&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Si&nbsp;cette double condition de femme et paysanne n’est pas facile,&nbsp;Roseline perçoit&nbsp;néanmoins&nbsp;l’agriculture comme une&nbsp;voie&nbsp;d’émancipation et de résistance pour les femmes rurales : <strong>«</strong><strong> </strong><strong>C’est grâce à l’agriculture que nous&nbsp;pouvons&nbsp;avoir une activité économique, que nous pouvons mettre nos enfants à l’école,&nbsp;et&nbsp;aussi que nous faisons revenir les choses à la vie.</strong>&nbsp;</p>



<div class="wp-block-media-text has-media-on-the-right is-stacked-on-mobile is-vertically-aligned-center my-2"><div class="wp-block-media-text__content">
<p><em>«&nbsp;Nous les femmes,&nbsp;nous nous réunissons, nous créons nos propres coopératives, pour pouvoir cultiver, transformer et écouler nos récoltes&nbsp;». </em></p>



<p class="has-text-align-right small">Photo par Wendy Desert – Digiprod</p>
</div><figure class="wp-block-media-text__media"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/01/KOPOKAV.jpg" alt="Deux femmes utilisent un broyeur mécanique et recoltent une pâte dans un grand bol métallique." class="wp-image-26278 size-full" srcset="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/01/KOPOKAV.jpg 1000w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/01/KOPOKAV-300x200.jpg 300w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/01/KOPOKAV-768x512.jpg 768w, https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2026/01/KOPOKAV-600x400.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure></div>



<p>Notre agriculture compte beaucoup pour nous car c’est aussi comme ça que nous rencontrons du monde.<a> </a>Nous les femmes,&nbsp;nous nous réunissons, nous créons nos propres coopératives, pour pouvoir cultiver, transformer et écouler nos récoltes. Et puis il y a une forte solidarité entre les femmes paysannes. Nous labourons chez l’une puis allons aider chez l’autre, c’est comme ça que ça fonctionne ».&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enjeu crucial de l’accès à la terre &nbsp;</h2>



<p>En parallèle des formations agricoles, <strong>la SOFA forme également les femmes à la connaissance de leurs droits et aux moyens de les revendiquer</strong>. Roseline insiste sur l’importance du plaidoyer&nbsp;: « Les femmes commencent alors à discuter publiquement et à revendiquer des droits politiques, sociaux, économiques. Elles développement des stratégies, des techniques aussi contre les situations vulnérables. On a déjà obtenu de belles victoires. ». Elle évoque ici un conflit foncier majeur&nbsp;qui a débuté il y a quelques années :&nbsp;« À&nbsp;un moment par exemple,&nbsp;on a perdu nos terres, qui nous ont été retirées&nbsp;par&nbsp;Andy&nbsp;Apaid. »&nbsp;En mai 2020 en effet, alors que la Ferme école de la SOFA cultive 13 hectares de terres cédées quelques années plus&nbsp;tôt par le gouvernement, Andy&nbsp;Apaid, un homme&nbsp;d’affaires&nbsp;riche et influent d’Haïti, apparaît et revendique le terrain. Il souhaite&nbsp;y&nbsp;cultiver de la&nbsp;stévia&nbsp;destinée à&nbsp;Coca-Cola&nbsp;et exerce de fortes pressions, parfois violentes, sur les paysannes.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>La SOFA&nbsp;se tourne dans&nbsp;un premier temps vers le&nbsp;ministère&nbsp;de l’Agriculture, qui&nbsp;refuse d’assumer ses responsabilités&nbsp;et leur suggère de négocier directement avec&nbsp;Apaid.&nbsp;« La SOFA ne s’est pas laissé&nbsp;faire, <strong>nous avons lutt</strong><strong>é</strong><strong>, organis</strong><strong>é&nbsp;</strong><strong>des marches, des</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>campagnes de</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>sensibilisation</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>et,</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>apr</strong><strong>è</strong><strong>s un important travail de plaidoyer,</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>nous avons r</strong><strong>é</strong><strong>cup</strong><strong>é</strong><strong>r</strong><strong>é</strong><strong> nos terres.</strong>&nbsp;Nous voulons montrer que les femmes peuvent décider pour elles-mêmes&nbsp;et que nos modèles agricoles durables fonctionnent. ».&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Depuis, l’action en justice de la SOFA&nbsp;est toujours en attente de traitement.&nbsp;À l’international, en revanche, le Canada reconnaît Andy&nbsp;Apaid&nbsp;comme responsable de violations des droits humains et appelle à des sanctions à son&nbsp;encontre.<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Roseline&nbsp;souligne la solidarité&nbsp;d’autres&nbsp;associations de la société civile&nbsp;:&nbsp;<strong>«</strong><strong> </strong><strong>Beaucoup d</strong><strong>’</strong><strong>hommes nous aident dans nos combats et nous permettent</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>de les</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>amplifier, de faire entendre nos voix. PAPDA, SAKS, TK</strong><strong>…&nbsp;</strong><strong>tous</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>ensemble,</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>nous renfor</strong><strong>ç</strong><strong>ons nos combats</strong><strong> </strong><strong>»</strong><strong>.</strong>&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Elle insiste également&nbsp;sur le&nbsp;soutien&nbsp;important d’Entraide &amp; Fraternité dans les activités menées par la SOFA.&nbsp;« Le lien entre SOFA et Entraide est plus qu’un partenariat, c’est une&nbsp;relation fondée sur la solidarité, qui défend une vision commune de la transformation sociale.&nbsp;Grâce à ce partenariat,&nbsp;on peut organiser des formations sur l’agroécologie, sur les luttes contre les violences basées sur le genre,&nbsp;sur les droits des femmes… »&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Féminisme et résistance&nbsp;</h2>



<p>La situation actuelle en Haïti rend la vie&nbsp;des femmes encore plus compliquée. Premières&nbsp;victimes des&nbsp;violences sexuelles&nbsp;perpétrées&nbsp;par les gangs.&nbsp;« Certaines femmes quittent la capitale et viennent&nbsp;se réfugier&nbsp;en zone rurale.&nbsp;Mais toutes ne peuvent pas le faire.&nbsp;Certaines femmes&nbsp;déplacées&nbsp;sont arrivées à la SOFA. Nous n’avons pas les moyens de les accueillir, mais nous l’avons fait. On ne peut pas les laisser de côté ».&nbsp;</p>



<p>Cette solidarité&nbsp;correspond à la définition que Roseline donne du féminisme : <strong>«</strong><strong> </strong><strong>Ê</strong><strong>tre f</strong><strong>é</strong><strong>ministe pour moi c</strong><strong>’</strong><strong>est prendre la rel</strong><strong>è</strong><strong>ve pour</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>toutes</strong><strong>&nbsp;</strong><strong>les femmes dans toutes les conditions.</strong>&nbsp;C’est pouvoir défendre les autres femmes contre les maltraitances, qu’elles&nbsp;soient perpétrées par&nbsp;des hommes ou&nbsp;par&nbsp;l’État ».&nbsp;</p>



<p>Ses revendications pour les femmes en Haïti se résument en <strong>trois&nbsp;priorités</strong><strong> </strong>:&nbsp;&nbsp;</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>Il faut que les femmes puissent <strong>accéder à la terre</strong>, obtenir&nbsp;des titres&nbsp;des propriétés.</li>



<li>Elles doivent&nbsp;avoir <strong>accès à un revenu</strong> pour leur activité agricole, <strong>avoir accès à des formations.</strong></li>



<li>Il faut <strong>transformer&nbsp;les mentalités</strong> pour&nbsp;contrer&nbsp;durablement&nbsp;les inégalités de genre.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</li>
</ol>



<p>Pour Roseline, la résistance est au cœur de cette lutte quotidienne :&nbsp;« La résistance pour moi veut dire énormément, car <strong>sans résistance nous périssons</strong>. &nbsp;En Haïti,&nbsp;depuis toujours nous résistons. Si je prends le&nbsp;COVID par exemple, nous n’avions&nbsp;pas d’hôpital, pas de médicament, mais nous avons su résister, nous avons&nbsp;trouvé d’autres moyens pour éviter la pandémie et s’en soigner.&nbsp;De la même manière, comme femmes paysannes,&nbsp;bien que nous soyons à des kilomètres des villes pour vendre nos produits, que nous n’ayons pas de moyens, nous résistons, nous trouvons des alternatives. C’est un thème fort pour nous, car sans la résistance, nous ne faisons rien. ».&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion&nbsp;</h2>



<p>Les agricultrices haïtiennes, comme Roseline, sont les piliers invisibles de leur pays. Leur combat pour la terre, la reconnaissance, et l’équité doit être entendu. En cette année 2026,&nbsp;dédiée aux agricultrices, leur résistance et leur solidarité&nbsp;doivent inspirer&nbsp;des changements concrets.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>En Belgique aussi, les inégalités de genre en milieu rural restent à combattre : 84% des exploitants agricoles sont des hommes et les femmes en sont, au mieux, les « conjointes aidantes ». Un statut occupé, sans surprise, à près de 80% par des femmes<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. Pourtant, les choses bougent et les femmes agricultrices, comme en Haïti, s’attèlent en Europe à visibiliser leur travail.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>En Haïti comme ailleurs,&nbsp;penser des politiques agricoles&nbsp;neutres du point de vue du genre ne permettra pas de réduire les inégalités.&nbsp;Les politiques&nbsp;prises doivent remédier activement à ces inégalités&nbsp;et corriger les déséquilibres existants, en garantissant aux femmes de réels accès à la terre et aux ressources.&nbsp;&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Le potentiel inexploité d’Haïti : une évaluation des obstacles à l’égalité de genre», Banque mondiale, 2023. <a href="https://thedocs.worldbank.org/en/doc/4b69af839b59351a5d7a245d71a57c13-0370012023/related/-French-Haiti-Gender-Assessment-Summary-report.pdf">thedocs.worldbank.org</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’indice de Genre des ODD 2024 est un outil de mesure de la situation&nbsp;de 139 pays en termes d’égalité de genre, basé sur l’agenda ODD 2030.&nbsp;L’indice est développé par&nbsp;Equal&nbsp;Measure&nbsp;2030 et se veut multidimensionnel.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«&nbsp;Le potentiel inexploité d’Haïti : une évaluation des obstacles à l’égalité de genre&nbsp;», Banque mondiale, 2023. <a href="https://thedocs.worldbank.org/en/doc/4b69af839b59351a5d7a245d71a57c13-0370012023/related/-French-Haiti-Gender-Assessment-Summary-report.pdf">thedocs.worldbank.org</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;idem</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien avec Roseline Raymonde en&nbsp;janvier 2026</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«&nbsp;Le potentiel inexploité d’Haïti : une évaluation des obstacles à l’égalité de genre&nbsp;», Banque mondiale, 2023. <a href="https://thedocs.worldbank.org/en/doc/4b69af839b59351a5d7a245d71a57c13-0370012023/related/-French-Haiti-Gender-Assessment-Summary-report.pdf">thedocs.worldbank.org</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://entraide.be/publication/haiti-defendre-la-terre-pour-nourrir-lavenir/">«&nbsp;Haïti&nbsp;: défendre la terre pour nourrir l’avenir&nbsp;»</a>, Frédéric Thomas, étude, Entraide et Fraternité, 2025.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-09/">«&nbsp;Conjointes aidantes en agriculture&nbsp;: le statut de la Liberté&nbsp;?&nbsp;»</a>, Jean-François Lauwens, analyse, Action Vivre Ensemble, 2024.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Année internationale des agricultrices &#8211; Quand les femmes nourrissent le monde</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2026-01/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 16:22:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[2026 a été déclarée par l’Organisation des Nations Unies « Année internationale des agricultrices ». L’objectif est de visibiliser le rôle essentiel des femmes dans les systèmes alimentaires.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">2026 a été déclarée par l’Organisation des Nations Unies « Année internationale des agricultrices ». L’objectif est de visibiliser le rôle essentiel des femmes dans les systèmes alimentaires.</p>



<p class="titre-trois">Entraide &amp; Fraternité a décidé de profiter de cette occasion pour mettre en lumière le travail essentiel de ses partenaires et leur réalité en tant que femmes actives dans le monde agricole. Cette première analyse ouvre une série textes consacrés aux agricultrices. Elle propose un regard large sur les liens entre femmes et alimentation, en soulignant à la fois leur rôle indispensable et les inégalités structurelles auxquelles elles font face.</p>



<p>Depuis toujours et partout sur la planète, au Nord comme au Sud, les femmes nourrissent le monde. Elles sont les principales actrices de l’alimentation, de la production agricole à la préparation des repas, en passant par la transformation des aliments, la transmission des savoirs, la préservation des semences… Pourtant, à chacune de ces étapes, les femmes sont confrontées à des discriminations liées à leur genre.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p><strong>Le genre est une construction sociale</strong>, contrairement au sexe qui est une catégorie biologique. Il désigne l’ensemble des rôles, des normes, des attentes et des valeurs que les sociétés attribuent aux individus en fonction de leur sexe biologique. Certaines de ces catégories sont socialement plus valorisées que d’autres dans la société : les hommes sont la catégorie socialement la plus avantagée. Cette hiérarchie se reflète fortement dans les systèmes alimentaires.</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Elles cultivent, qui récolte ?</h2>



<p>À travers le monde, plus d’un tiers des femmes « actives » travaillent dans les systèmes agroalimentaires<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Dans certaines régions du monde, ce pourcentage peut monter jusqu’à 70%, comme en Asie du Sud-Est. Les femmes représentent 43% de la main-d’œuvre agricole mondiale<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. <strong>Dans de nombreux pays, elles sont plus nombreuses que les hommes à dépendre de l’agriculture comme moyen de subsistance</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<p>Et pourtant, malgré ce rôle central, les inégalités de genre sont criantes. Si elles le sont dans tous les pans de la société, un rapport d’Oxfam révèle qu’elles sont exacerbées dans le domaine de l’agriculture, comparé à d’autres secteurs professionnels<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<p>La place des femmes dans ces systèmes agricoles est souvent marginale. <strong>Elles sont surreprésentées dans les emplois informels, saisonniers, faiblement rémunérés et donc très précaires</strong>. Le travail agricole reste extrêmement genré&nbsp;: dans les exploitations, les femmes sont davantage en charge des petites cultures, du soin aux animaux, de l’administratif ou de la transformation des produits, tandis que les hommes sont responsables des grandes cultures, des travaux mécanisés, des réparations sur l’exploitation et des décisions stratégiques.</p>



<p>s<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup> inégalités se traduisent également dans les statuts juridiques. En Belgique, <strong>le statut de « conjointe aidante »</strong>, en place depuis 2003, qui a évolué depuis lors, permet aux femmes<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> qui travaillent dans une exploitation qui appartient légalement à leur conjoint d’accéder à certains droits. Si <strong>ce statut </strong>est considéré comme une avancée, il reste largement insuffisant car il <strong>continue à les invisibiliser et à maintenir les femmes dans une dépendance économique</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<p><strong>L’accès à la terre demeure l’un des principaux obstacles à l’autonomisation des agricultrices</strong>. Dans de nombreux contextes, <strong>les règles d’héritage</strong> &#8211; ou la manière dont elles sont appliquées &#8211; favorisent les hommes<a id="_ftnref7" href="#_ftn7"><sup>[7]</sup></a>. Les femmes rencontrent davantage d’obstacles pour obtenir des <strong>crédits agricoles</strong>. À l’échelle mondiale, seulement 15% des propriétaires terriens sont des femmes, ce qui correspond à la situation en Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>.</p>



<p><strong>De manière générale, les agricultrices disposent de moins de ressources</strong> : moins de capitaux, moins d’équipements, un accès limité à la formation, aux réseaux professionnels et aux instances de décision.</p>



<p>À leurs incalculables heures de travail agricole, les femmes doivent bien souvent ajouter une charge domestique qui repose encore en grande partie sur leurs épaules. Dans de nombreuses exploitations familiales, <strong>la frontière entre le travail agricole et le travail domestique est très floue</strong>, ce qui augmente l’invisibilisation de leur travail et de leur contribution réelle.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Travail productif et reproductif </h2>



<p>La distinction entre ces deux types de tâches est utilisée par certains courants féministes afin de mettre en lumière le travail comme facteur de création d’inégalités, mais aussi comme solution pour lutter contre celles-ci<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. Le travail productif est celui qui est valorisé économiquement, c’est-à-dire rémunéré. Le travail reproductif, lui, est souvent considéré comme « naturel »  : cuisiner, soigner, éduquer, nettoyer… <strong>Ce travail reproductif est majoritairement assuré par les femmes, et ceci sans rétribution</strong>. Trop souvent d’ailleurs, seul le premier est considéré dans notre vocabulaire comme du « travail ». Pourtant, le premier ne peut pas exister sans le second<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>
</div>
</div>



<p><strong>Les agricultrices font face à de nombreux stéréotypes</strong> : les femmes seraient moins compétentes techniquement, moins aptes à diriger une exploitation ou à utiliser des machines. Ces préjugés influencent les pratiques, les politiques agricoles et l’accès aux ressources<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p><strong>Enfin, le matériel agricole est pensé pour une morphologie masculine</strong>. Les adaptations nécessaires pour rendre ceux-ci accessibles et plus facilement maniables par les femmes sont souvent simples à réaliser, mais restent très peu mises en œuvre par les firmes, révélant une absence de prise en compte des agricultrices dans la conception même des outils.</p>



<p><strong>Nourriture&nbsp;: les autres d’abord</strong></p>



<p>En parallèle de leur responsabilité importante dans l’agriculture vivrière, les femmes jouent un rôle central dans l’alimentation des ménages. Plus que la simple préparation d’un repas, cette tâche demande de se procurer les aliments, de connaître les goûts et régimes des membres du foyer, de veiller à leur santé en leur proposant une alimentation équilibrée<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.</p>



<p>Paradoxalement, alors qu’elles sont les plus actives dans la production et la préparation des repas, <strong>les femmes sont souvent les moins bien nourries, au Nord comme au Sud</strong>. Lors des chocs affectant la sécurité alimentaire &#8211; évènements climatiques, conflits armés, crises économiques, etc. &#8211; les femmes sont disproportionnément touchées.</p>



<p><strong>Dans de nombreux contextes, les femmes et les filles mangent moins de repas que les hommes, et leurs repas sont moins variés et moins protéinés.</strong> Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’une part, certaines normes culturelles donnent la priorité aux hommes quand la nourriture est limitée. Certaines viandes peuvent également être interdites aux femmes. D’autre part, les femmes ont un accès plus réduit au travail rémunéré, renforçant leur précarité et leur dépendance économique. Enfin, du fait de leur position sociale, les femmes sont plus exposées et plus affectées lors des crises et en subissent donc davantage les conséquences.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’assiette des femmes sous pression</h2>



<p>Deux chercheuses américaines soulignent également d’autres phénomènes : d’abord, les femmes ont tendance à faire passer les besoins des autres avant les leurs. Ensuite, en particulier dans les pays industrialisés, de nombreuses femmes souffrent de relations compliquées avec la nourriture et sont en constant contrôle de leur poids, de leur alimentation et de leur apparence. <strong>Les injonctions à une vie « saine », à un corps idéal, se trouvent partout autour de nous</strong> et ciblent principalement les femmes. Elles sont véhiculées par les médias, mais aussi renforcées par l’entourage. Ces injonctions permanentes mènent régulièrement à des troubles alimentaires plus ou moins importants<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>.</p>



<p><strong>L’alimentation est aussi un marqueur d’identité sociale, de culture et d’identité de genre</strong>. Ainsi, la consommation de viande rouge sera considérée plus masculine, tandis que les plats légers comme les salades seront considérés plus féminins. Il en va de même pour les boissons alcoolisées&nbsp;: là où une bière ou un whisky sera perçu comme plus masculin, un vin blanc ou un cocktail sera attribué aux femmes. Ces normes influencent les pratiques alimentaires et, dans certains cas, participent à la construction et au maintien d’inégalités.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’agroécologie, une voie vers plus d’égalité ? </h2>



<p>Plus qu’un ensemble de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, <strong>l’agroécologie propose une transformation globale des systèmes alimentaires, intégrant des dimensions sociales, économiques et politiques</strong>. L’agroécologie pourrait corriger les logiques patriarcales et proposer des rôles plus égalitaires pour les hommes et les femmes dans les systèmes alimentaires. En effet, la particularité de l’agroécologie est d’être une manière de pratiquer une agriculture durable tout en ayant une attention à proposer un modèle économique et social différent. <strong>La question du genre fait donc partie intégrante de l’agriculture.</strong></p>



<p>En valorisant les savoirs locaux, la coopération, l’autonomie et la diversité, l’agroécologie remet en question les logiques productivistes et patriarcales dominantes. <strong>Elle ouvre des espaces pour repenser les rôles des femmes et des hommes dans l’agriculture</strong>, renforcer l’autonomie des agricultrices et promouvoir des relations plus égalitaires.</p>



<p>La question du genre n’est donc pas périphérique, mais bien centrale dans la transition vers des systèmes alimentaires durables et justes. <strong>Les femmes sont d’ailleurs davantage présentes dans les projets agricoles durables</strong> : en Wallonie, les femmes gèrent 12% de la surface dédiée à l’agriculture. Si on ne prend en compte que la surface agricole biologique, ce pourcentage monte à 22%<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>Mettre en lumière les agricultrices, c’est reconnaître que <strong>l’égalité de genre est une condition indispensable pour assurer le droit à l’alimentation pour toutes et tous</strong>. En Belgique comme ailleurs, il est indispensable de mettre en place des politiques agricoles explicitement genrées, capables de corriger les inégalités existantes : accès à la terre, reconnaissance du travail des agricultrices, protection sociale, participation aux instances de décision.</p>



<p>Agroecology in Action – un mouvement qui rassemble plus de 40 associations actives dans la transition agroécologique et dont Entraide &amp; Fraternité est membre – formule à ce sujet 5 propositions concrètes pour le Plan genre wallon 2025-2029<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup> :</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>produire des données sur le genre en agriculture,</li>



<li>mettre en réseau les agricultrices,</li>



<li>lutter contre les stéréotypes,</li>



<li>informer les agricultrices sur les différents statuts, et </li>



<li>faciliter l’accès aux formations techniques.</li>
</ol>



<p>Les systèmes alimentaires font face à de nombreux défis structurels qui ne feront que s’intensifier dans les années à venir. Pour être en mesure de les relever collectivement, il est indispensable, dès aujourd’hui, de reconnaître pleinement le rôle des agricultrices et de leur garantir les moyens &#8211; économiques, sociaux et politiques &#8211; d’agir.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La situation de femmes dans les systèmes agroalimentaires, chap. 2 : Genre et travail dans les systèmes agroalimentaires, FAO, Rome, 2023. Lien raccourci : <a href="https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/f665a808-47b6-47e6-a59e-fc2d9750c947/content/status-women-agrifood-systems-2023/gender-work-agrifood-systems.html#:~:text=les%20syst%C3%A8mes%20agroalimentaires-,PRINCIPALES%20CONSTATATIONS,pour%20cent%20chez%20les%20hommes.">openknowledge.fao.org</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Genre et agriculture | Oxfam Belgique. Lien raccourci :<a href="https://oxfambelgique.be/genre-et-agriculture"> oxfambelgique.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La situation de femmes dans les systèmes agroalimentaires, Ib.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Agriculture : les inégalités de genre criantes, qui freinent l’adaptation au changement climatique &#8211; Oxfam France, communiqué de presse, 1er mars 2023. Lien raccourci : <a href="https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/agriculture-les-inegalites-de-genre-criantes-qui-freinent-ladaptation-au-changement-climatique/">oxfamfrance.org</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire à ce sujet « Le genre du capital » &#8211; Enquêter sur les inégalités dans la famille. Céline Bessière, Sibylle Golliac, Jeanne Puchol.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le statut de conjoint·e aidant·e n’est pas réservée aux femmes, mais dans les faits, elles représentent quasiment 80% des bénéficiaires de ce statut.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-09/">Conjointes-aidantes en agriculture… Le statut de la Liberté ?</a> Analyse &#8211; Action Vivre Ensemble</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Agriculture : les inégalités de genre criantes, qui freinent l’adaptation au changement climatique &#8211; Oxfam France, communiqué de presse, 1er mars 2023. Lien raccourci : <a href="https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/agriculture-les-inegalites-de-genre-criantes-qui-freinent-ladaptation-au-changement-climatique/">oxfamfrance.org</a></div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cukier, A. (2016). De la centralité politique du travail : les apports du féminisme matérialiste. Cahiers du Genre, S4, 151-173</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gandon, A.-L. (2009). L’écoféminisme : une pensée féministe de la nature et de la société. Recherches féministes, 22(1), 5–25</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces stéréotypes sont illustrés dans la BD « Il est où le patron ? », de Maud Bénézit &amp; les Paysannes en polaire.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Allen, P. &amp; Sachs, C. (2007). Women and Food Chains: The Gendered Politics of Food. International Journal of Sociology of Agriculture &amp; Food, 15(1), 1-23.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Genre et agriculture | Oxfam Belgique. Lien raccourci : <a href="https://oxfambelgique.be/genre-et-agriculture">oxfambelgique.be</a></div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Comment améliorer les conditions des agricultrices, Nos recommandations pour la stratégie Genre et droits des femmes 2025-2029, Position paper, Agroecology in Action, septembre 2025. <a href="https://www.agroecologyinaction.be/wp-content/uploads/2025/09/Position-paper-AiA-Plan-Genre-2025.pdf">agroecologyinaction.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Coopération au développement &#8211; Entre attaques politiques et crise d’identité </title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-15/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 13:07:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arizona]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération au développement]]></category>
		<category><![CDATA[Décolonisation]]></category>
		<category><![CDATA[ong]]></category>
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					<description><![CDATA[Comme toutes les autres ONG, Entraide et Fraternité doit en effet faire face à un contexte politique, économique et socio-culturel de plus en plus hostile.  ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Les 11 et 12 septembre 2025, le CNCD-11.11.11 organisait les Assises de la Coopération au développement. Cette grande rencontre, qui a lieu tous les cinq ans, permet à l’ensemble des acteurs et actrices de la solidarité internationale belge de se rencontrer et de débattre des grands enjeux sectoriels. Dans la foulée, Entraide et Fraternité tenait un séminaire international avec les coordinateurs et coordinatrices de ses associations partenaires. Ces deux événements ont été l’occasion de dresser le bilan de la situation du secteur, mais aussi et surtout d&rsquo;esquisser une vision de l’avenir de la solidarité. Comme toutes les autres ONG, Entraide et Fraternité doit en effet faire face à un contexte politique, économique et socio-culturel de plus en plus hostile.  </p>



<h2 class="wp-block-heading">Des attaques politiques…  </h2>



<p>Le secteur de la solidarité internationale est en crise. Depuis les élections de juin 2024 et la formation du gouvernement Arizona, le secteur se trouve parmi les cibles de l’offensive austéritaire imposée par la droite belge. Si le pire, à savoir la suppression pure et simple du financement de la coopération au développement<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>, semble avoir été évité, <strong>une coupe budgétaire de 25% sera bel et bien appliquée à partir des prochains programmes subventionnés, c’est-à-dire dès 2027</strong>. Pour un secteur déjà structurellement en manque de financement, cette coupe n’en demeure pas moins dramatique. De plus, rien ne garantit que l’Arizona se tiendra à cette seule restriction budgétaire durant sa législature. Ainsi, à l’entame du conclave budgétaire d’octobre 2025, le premier ministre Bart De Wever (NV-A) demande déjà de nouvelles économies dans le secteur<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. Jusqu’à présent, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), défend le secteur de la coopération<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. Cependant, Les Engagés ont signé l’accord de gouvernement « Arizona » et il semble improbable qu’un désaccord sur la coopération au développement amène le parti centriste à revoir sa position… Il faut donc s’attendre à ce que ces attaques politiques et économiques se poursuivent à l’avenir. </p>



<p>En parallèle,&nbsp;<strong>la solidarité internationale doit faire face à d’incessantes attaques médiatiques et culturelles</strong>.&nbsp;Rare sont en effet les semaines ou&nbsp;un·e&nbsp;politicien·ne&nbsp;de droite ou d’extrême droite n’envahit pas les médias et/ou les réseaux sociaux avec une déclaration « choc » contre les droits sociaux, l’environnement, la culture, la solidarité internationale, etc.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Si cette tendance est présente en Flandre depuis plusieurs années, elle est plus récente en Belgique francophone. Elle commence surtout avec l’arrivée de George-Louis Bouchez à la présidence du MR. Ce dernier assume en effet de mener une guerre culturelle contre le « wokisme », c’est-à-dire contre tout ce qui ne correspond pas à sa vision (extrême ?) droitière du monde<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Cette guerre s’inscrit dans <strong>une stratégie de polarisation de la société visant à présenter le parti libéral comme le seul rempart contre les « cinquante nuances de gauche », accusées de tous les malheurs du monde</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. L’importance prise par le Centre Jean Gol<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> dans le débat public ainsi que le refus de George-Louis Bouchez d’assumer une quelconque responsabilité ministérielle après les élections de 2024 montrent que la « guerre culturelle » ne se limite pas à une séquence électorale. Elle est pensée pour durer, pour polariser durablement la société autour d’un agenda fixé par la droite ultra-libérale et réactionnaire. Sur ce plan aussi, il faut donc s’attendre à ce que les attaques contre la solidarité internationale se poursuivent.     </p>



<p>Enfin, la Belgique n’est pas un cas isolé. Depuis quelques années, on assiste, à l’échelle internationale, à l’émergence d’une informelle mais néanmoins véritable « internationale réactionnaire ». Cette internationale, soutenue et financée par des milliardaires du numérique tels qu’Elon Musk ou Peter Thiel, s’organise concrètement pour prendre le pouvoir et (ré)imposer aux peuples des idées ultralibérales, racistes et sexistes. Au sein de cette internationale réactionnaire, on compte des chefs d’États et de gouvernements comme l’Américain Donald Trump, le Hongrois Viktor Orban, l’Italienne Georgia Meloni ou l’Argentin Javier Milei, des leaders de partis politiques comme les Français Jordan Bardella et Eric Zemmour, mais aussi des influenceurs et influenceuses issu·es de l’extrême droite la plus radicale comme le hooligan néo-nazi anglais Tommy Robinson<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. </p>



<p><strong>Pour cette internationale réactionnaire, la solidarité internationale fait figure de cible à abattre, au même titre que les aides sociales ou les règlementations environnementales. </strong>L’exemple le plus frappant de ce ciblage est la suppression quasi totale de USAID, l’agence américaine de coopération, dès le retour au pouvoir de Donald Trump. Bien sûr, la situation belge n’est pas aussi grave<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> que la situation américaine. Toutefois, la tendance est bel et bien présente et il serait naïf de croire la Belgique à l’abri d’une dégradation de la situation.      </p>



<p>La solidarité internationale ne subit donc pas qu’un « mauvais moment à passer ». Le secteur se trouve, qu’il le veuille ou non, impliqué dans un conflit plus large déclenché par diverses forces de droite et/ou d’extrême droite.&nbsp;&nbsp;</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Programme DGD et financement de la Coopération au développement&nbsp;</h2>



<p>La Direction générale au développement et à l’aide humanitaire (DGD), service dépendant du SPF Affaires étrangères, constitue un des plus importants bailleurs de fonds des ONG belges de solidarité internationale. Tous les cinq ans, les ONG homologuées à la suite d&rsquo;une évaluation rigoureuse remettent un programme quinquennal couvrant en tout ou en partie leur travail de soutien à des projets de terrain mais aussi de plaidoyer politique et d’ECMS<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. La DGD analyse ensuite ce programme avant d’accepter, ou pas, de le financer. Pour de nombreuses ONG, la période de rédaction puis de remise du « programme DGD » constitue donc un moment crucial pour la qualité et la pérennité de leur travail. Le prochain programme est à rendre en 2026, pour une entrée en vigueur en 2027. Il sera donc pleinement affecté par les coupes budgétaires imposées par le gouvernement Arizona.  </p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">…nécessitent des réponses politiques !  </h2>



<p>Si la situation est sombre, elle n’est heureusement pas désespérée. Des solutions existent. Le secteur de la solidarité internationale peut s’appuyer sur un certain nombre de ressources pour sortir par le haut du conflit dans lequel il est plongé.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Tout d’abord, la solidarité internationale peut s’appuyer sur de réels succès. Le <em>Rapport 2025 sur la coopération belge au développement</em>, présenté par le CNCD–11.11.11 lors des Assises de la coopération au développement, en liste quelques-uns. Ainsi, la coopération au développement a contribué à la diminution de 60% de la mortalité infantile entre 1990 et 2022, à la (quasi-)éradication de certaines maladies comme la variole et la poliomyélite et à l’augmentation de l’espérance de vie moyenne de 65 à 72 ans au cours des trente dernières années<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. De manière générale, <strong>en contribuant à la diminution des inégalités sociales, la solidarité internationale constitue un outil essentiel de lutte contre les pandémies, les conflits armés ou le changement climatique</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p>Une simple énumération de hauts faits ne suffira bien sûr pas à inverser la tendance. En revanche, ces résultats factuels constituent une base solide sur laquelle construire un narratif de défense de la solidarité internationale. Pour ce faire, les ONG peuvent s’inspirer de travaux comme <em>Pourquoi les narratifs de gauche ne touchent plus les classes populaires</em> de Jérôme Ruychevelt Ebstein<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. Entre autres choses, celui-ci développe l’importance de proposer un récit vulgarisateur, émancipateur et porteur d’espoir. Dans le cas des ONG de solidarité internationale, construire un tel récit paraît indispensable pour sortir du cercle des sympathisant·es habituel·les et ainsi renforcer le secteur.       </p>



<p>En parallèle, les ONG ont tout à gagner à développer leur présence dans la rue. Un gouvernement aussi antisocial que l’Arizona ne reculera pas parce qu’on lui raconte une belle histoire. L’histoire sociale belge est hélas riche de secteurs professionnels dotés de solides arguments de défense mais malgré tout liquidés, avec la complicité plus ou moins active du monde politique. On peut penser, par exemple, à la sidérurgie liégeoise<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>.    </p>



<p>Les partis de l’Arizona ne modifieront leur politique que parce qu’une vaste mobilisation citoyenne les y obligera. Le secteur associatif belge a la chance d’évoluer dans un pays où toute la population n’est pas acquise aux idées de droite/extrême droite. Le mardi 14 octobre, 140 000 personnes ont manifesté dans les rues de Bruxelles contre les mesures du gouvernement Arizona. Dans la foulée, l’intersyndicale FGTB–CSC–CGSLB a organisé trois jours de grève les 24, 25 et 26 novembre2025. Contrairement aux discours tenus en public par certains ministres, ces mobilisations inquiètent certains partis. Les difficultés à boucler le budget fédéral 2026 le prouvent. Les ONG de solidarité internationale n’ont, à elles seules, pas la capacité d’organiser des mobilisations aussi massives, aussi longues et donc aussi efficaces. À l’heure actuelle, seuls les syndicats l’ont.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>Les ONG devraient donc se poser comme alliées des syndicats</strong>. Cela passe par une participation massive aux prochaines mobilisations mais aussi par un rappel constant de l’importance des syndicats, par une incitation à s’affilier à un syndicat, etc. Par ailleurs, les ONG peuvent apporter aux syndicats une vraie expertise technique sur certains sujets (migration internationale, changement climatique, etc.). De plus, les syndicats se montrent, en tout cas ces derniers mois, à l’écoute de la situation et des revendications du secteur associatif<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>. Les possibilités de convergence existent donc. Si, au contraire, la coopération au développement échoue à construire ce lien fort avec le monde syndical, le secteur restera un oiseau pour le chat aux yeux de gouvernements de plus en plus radicalisés<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.  </p>



<h2 class="wp-block-heading">Un héritage colonial indéniable  </h2>



<p>Une autre vague de critiques frappe le secteur de la solidarité internationale. Cette dernière est peut-être plus insidieuse et plus difficile à accepter car elle provient directement de la société civile et parfois même… de l’intérieur des ONG de coopération au développement ! Ces critiques concernent la dimension néocoloniale du secteur.&nbsp;</p>



<p>L’Histoire est explicite à ce sujet. La coopération au développement est une héritière de la colonisation. <strong>Le concept même de développement est, à l’origine, basé sur une vision coloniale du monde</strong>. Pour les intellectuels et politiciens occidentaux qui la promeuvent à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il s’agit en effet de « guider » les nations récemment décolonisées dans le modèle économique occidental<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. De plus, le développement est également utilisé pour maintenir les anciennes colonies dans le camp occidental durant la Guerre froide<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>.  </p>



<p>Selon cette première conception du développement, il n’y a pas de lien entre la pauvreté de la grande majorité de la population des anciennes colonies et le pillage des leurs ressources pendant (et après) la colonisation. La différence entre cette conception du développement et le « fardeau de l’homme blanc, destiné à apporter la civilisation aux peuples primitifs<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup> » défini par la propagande coloniale est donc minime.   </p>



<p>Dans le cas d’une association catholique comme Entraide et Fraternité, l’héritage colonial est encore plus lourd puisque l’Église catholique a été, malgré des divergences internes récurrentes, un soutien actif de la colonisation de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Asie<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>.   </p>



<p>Heureusement, <strong>cette première vision du développement est contestée dès les années 1960</strong>. Inspirée par les idéaux communistes et/ou tiers-mondistes<strong>, une deuxième conception du développement apparaît</strong>. Pour cette dernière, <strong>la grande pauvreté chronique des pays dits du Sud s’explique par le rôle de fournisseur de matières premières qui leur est imposé depuis la colonisation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>. Eduardo Galeano explique par exemple les très fortes inégalités sociales latino-américaines par l’obligation faite au sous-continent de fournir des minerais et des produits agricoles à prix réduits au marché international, par la collaboration active des bourgeoisies nationales à ce pillage et par l’interventionnisme des USA pour empêcher tout changement socio-économique majeur<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>.  </p>



<p><strong>Selon cette approche critique, le vrai développement consiste, pour les pays concernés, à reprendre le contrôle des ressources afin de répondre aux besoins réels des populations locales</strong> et à diversifier leur économie. Pour le président révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara, grande figure de cette vision critique du développement, l’autonomie et la participation des femmes et de la paysannerie locale sont indispensables à la réussite de ce processus<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>.  </p>



<p>Dans le monde catholique, la Théologie de la libération<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup> rejoint cette approche critique du développement. En portant au niveau international sa volonté de faire des opprimé·es les acteurs et actrices de leur libération, <strong>la théologie de la libération milite pour que le Sud global rompe ses liens de dépendance avec les puissances impérialistes et opte pour un développement qui lui est réellement profitable</strong>. En Belgique, Entraide et Fraternité va, dès ses débuts, s’inscrire dans cette philosophie<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>.  </p>



<p>Depuis les années 1980, le retour en force du libre-échange, l’apparition du concept de développement durable ou encore l’émergence de la Chine comme puissance mondiale ont quelque peu complexifié le paysage de la coopération au développement. Cependant, le secteur reste globalement traversé par ces deux premières conceptions du développement. L’une liée aux institutions capitalistes internationales et/ou aux intérêts géopolitiques de l’Occident et l’autre misant sur l’autonomie locale et le changement structurel.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Les ONG belges de coopération n’ont pas réellement tranché entre les deux approches. La plupart mélange plus ou moins ces différentes visions du développement. Cette ambiguïté tient à la fois de leur dépendance aux fonds institutionnels mais aussi au profil politique d’une partie de leur personnel et&nbsp;sympathisant·es. Force est de constater qu’une partie d’entre elles/eux demeurent en effet mal l’aise face à une remise en question radicale du capitalisme et du colonialisme. C’est pourtant cette ambigüité qui suscite aujourd’hui beaucoup de critiques.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une commission « racisme et décolonisation » au sein d’Entraide et Fraternité</h2>



<p>Entraide et Fraternité ne se considère pas comme un village d’Astérix, isolé mais sans défaut au milieu d’un secteur en plein questionnement. Notre association est bien consciente des limites de la coopération actuelle : scandale Oxfam en Haïti<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup>, potentielle instrumentalisation au détriment des besoins réels des populations locales<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>, stéréotypes racistes (in)volontairement diffusés par les ONG et/ou leurs sympathisant·es<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>, etc. C’est pourquoi <strong>Entraide et Fraternité s’est doté, depuis 2023, d’une « commission racisme et décolonisation »</strong> ayant la mission de définir nos positions et revendications sur ces sujets. Cette commission est composée d’un·e représentant·e de chaque département d’Entraide et Fraternité ainsi que d’un·e représentant·e des associations-partenaires du Sud global.   </p>



<p>Une de ses premières missions a été d’auditer la relation partenariale telle que pratiquée par Entraide et Fraternité. Le soutien à des projets portés par des associations locales étant central dans travail, il paraissait impossible d’aborder la question&nbsp;décoloniale&nbsp;sans évaluer la réelle égalité de nos partenariats. Pour garantir la plus grande liberté d’expression possible aux associations partenaires, la commission a mandaté Fiona&nbsp;Nziza, experte auprès de Louvain Coopération, pour mener cette consultance.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le rapport final en a été présenté aux travailleurs et travailleuses d’Entraide et Fraternité au début de l’année 2025. Dans la foulée, l’évaluation du programme DGD 2022-2026 effectuée lors du séminaire international de septembre 2025 a aussi été l’occasion d’aborder des questions importantes pour quiconque veut travailler en partenariat équitable.&nbsp;</p>



<p>Les principales recommandations de la consultance de Fiona&nbsp;Nziza&nbsp;sont les suivantes :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une plus grande implication des associations partenaires dans les différentes campagnes (Carême, récolte de fonds, etc.) afin de mieux les représenter dans le travail d’Entraide et Fraternité en Belgique.</li>



<li>Intégrer les associations partenaires dans les instances dirigeantes d’Entraide et Fraternité afin de casser les liens de dépendance subsistant entre l’association « du Nord » et les associations du « Sud global ».</li>



<li>Renforcer l’autonomie financière des associations-partenaires via la présence de fonds propres spécifiques au sein d’EF, en facilitant leur intégration dans des réseaux internationaux, en finançant des projets plus politisés et des structures « Sud-Sud », etc.</li>



<li>Renforcer le rôle de plaidoyer politique à propos des thèmes centraux d’Entraide et Fraternité (souveraineté alimentaire, soutien à l’agroécologie et aux mouvements paysans) mais aussi y inclure un plaidoyer dédié à la décolonisation des institutions de coopération internationale.  </li>
</ul>



<p>La commission « racisme et décolonisation » va assurer le suivi de cet audit et œuvrer à appliquer ces recommandations. Il est évident qu’Entraide et Fraternité ne va pas révolutionner seul le monde de la coopération au développement. Il est cependant important d’agir à notre échelle afin de s’assurer que notre travail soit le plus pertinent possible face aux grands enjeux de notre temps. La bonne nouvelle, c’est qu’Entraide et Fraternité ne part pas de nulle part en la matière. Ainsi, la participation des associations partenaires à la rédaction du programme DGD d’EF est saluée par celles-ci<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>. De façon plus générale, EF n’a jamais envoyé d’expatrié·es pour contrôler le travail des partenaires mais a toujours souhaité valoriser leurs connaissances et leur autonomie<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>. L’association peut donc s’appuyer sur un socle de pratiques depuis longtemps admises en son sein pour poursuivre sa décolonisation.     </p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
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<h2 class="wp-block-heading">Solidarité internationale ou coopération au développement ? </h2>



<p>Comme d’autres publications d’Entraide et Fraternité, cette analyse utilise alternativement les termes « coopération au développement » et « solidarité internationale ». Cela s’explique par le fait que « coopération au développement » demeure l’intitulé officiel de notre secteur professionnel. Cependant, à l’usage, le terme « solidarité internationale » tend à s’imposer. Ce dernier marque en effet l’aspect mondial de notre travail tout en marquant une différence avec les connotations négatives que peut avoir le terme « développement ».</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion : à l’avant-garde du progrès social ?</h2>



<p>La séquence politique actuelle oblige la coopération au développement à se réinventer. Les attaques politiques répétées menées contre le secteur imposent aux ONG de revoir leur approche parfois très conciliante vis-à-vis des partis politiques, y compris de droite. Il semble en effet, et c’est fort regrettable, illusoire de compter sur la bonne volonté des membres de l’Arizona pour sauver la coopération au développement. La petite taille du secteur fait qu’une mobilisation des ONG seules a peu de chances d’être entendue. S’allier aux autres secteurs en première ligne des attaques de l’Arizona et rejoindre le rapport de force entamé par les syndicats contre ce gouvernement paraît donc l’option la plus réaliste.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Les débats actuels autour de la décolonisation, en particulier autour de la décolonisation de la coopération au développement, ne relèvent pas d’une vaine autoflagellation. Au contraire, il s’agit d’évaluer le travail accompli jusqu’à présent afin de travailler de la meilleure façon possible à la réalisation d’une Terre plus juste.&nbsp;<strong>Cette Terre plus juste ne&nbsp;pourra voir le jour sans rompre totalement avec les logiques socio-économiques issues de la colonisation.</strong>&nbsp;À cet égard, Entraide et Fraternité dispose de solides atouts mais n’est pas parfaite. Poursuivre un processus décolonisation est donc indispensable pour consolider la pertinence du travail de l’ONG.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Il serait intéressant que ces réflexions politiques et&nbsp;décoloniales&nbsp;ne soient pas abordées « en silo » mais se répercutent plus largement au sein du monde associatif. Par exemple, s’allier avec les syndicats peut être une piste pour que le secteur associatif recommence à obtenir des victoires politiques et ne reste pas cantonné à une posture défensive. Au niveau&nbsp;décolonial, les questions de gouvernance soulevées par la consultance « décolonisation » peuvent (doivent ?) aussi mener à une réflexion plus large sur la démocratie au travail&nbsp;dans nos organisations.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>La tempête traversée actuellement par la coopération au développement n’est donc pas qu’une tragédie. Elle est aussi l’occasion de faire du secteur un modèle à suivre, une véritable avant-garde du progrès social réclamé par la plupart des ONG.&nbsp;&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gadisseux, T., Georges-Louis Bouchez évoque la suppression du budget de la Coopération, « ahurissant » selon Maxime Prévot dans RTBF, https://www.rtbf.be/article/georges-louis-bouchez-evoque-la-suppression-du-budget-de-la-cooperation-ahurissant-selon-maxime-prevot-11575449.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;11.11.11 Bart De Wever veut encore réduire la solidarité internationale, https://11.be/fr/Verhalen/Bart-de-Wever-veut-encore-r%C3%A9duire-la-solidarit%C3%A9-internationale. </div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans le gouvernement Arizona, la coopération au développement est incluse, au même titre que les Affaires européennes, dans les compétences du ministre des Affaires étrangères. </div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Georges, M., Un conservateur au MR – la politique est une forme de guerre culturelle dans POLITIQUE, https://www.revuepolitique.be/un-conservateur-au-mr-la-politique-est-une-forme-de-guerre-culturelle/.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; CENTRE JEAN GOL, Interview de Corentin de Salle, https://www.cjg.be/interview-de-corentin-de-salle-pour-21-news-quel-role-a-joue-le-centre-detude-du-mr-dans-sa-victoire-electorale/.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le centre d’étude du MR.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CONTREATTAQUE, L’internationale réactionnaire, https://contre-attaque.net/2025/01/16/linternationale-reactionnaire/.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi, ni le MR ni la NV-A ne se présente comme allié de l’internationale réactionnaire, au contraire, par exemple, du Vlaams Belang.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Education à la citoyenneté mondiale et solidaire.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CNCD – 11.11.11, Rapport 2025 sur la coopération belge au développement – le rôle de la coopération internationale dans un monde qui bascule, Bruxelles, 2025, p.67.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ibid., pp.69-70.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Van Ruychevelt Ebstein, J., Pourquoi les narratifs de gauche ne touchent plus les classes populaires ? Le cas de la Belgique francophone, Bruxelles, 2025, pp. 24-30.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pireaux, C. et Michel, T., L’acier a coulé dans nos veines, Les Films de la Passerelle, 2025.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;FGTB WALLONE, Arizona : un coup d’état contre la démocratie ?, https://fgtb-wallonne.be/radio/arizona-un-coup-detat-contre-la-democratie/.  </div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La question de la radicalisation des gouvernements a déjà été abordée par Entraide et Fraternité à propos des violences vis-à-vis des mouvements sociaux. L’analyse Au Brésil et en Europe, les mouvements sociaux face aux violences est disponible ici : https://entraide.be/publication/analyse2023-09/. </div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Polet, F., La part du néocolonialisme dans le développement dans CADTM, https://www.cadtm.org/La-part-du-neocolonialisme-dans-le-developpement.  </div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Kipling, R., The White Man’s Burden : the United States and the Philippine Islands dans MC CLURE’S MAGAZINE, vol. 12, no 4,‎ février 1899, p. 290.</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lorin, A., Le christianisme en situation coloniale dans QUESTIONS INTERNATIONALES, n°95-96, 2019/1, pp.165-170.  </div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Polet, F., Op Cit.</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Galeano, E., Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Paris, 1981.</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Moussa Dembélé, D., Thomas Sankara, une conception endogène du développement dans THOMASSANKARA.NET, https://www.thomassankara.net/thomas-sankara-une-conception-endogene-du-developpement/.</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mouvement religieux et socio-politique né en Amérique latine dans les années 1960.</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Carracillo, C., Agir pour la justice sociale dans le monde – Entraide et Fraternité/Action Vivre Ensemble 1961 – 2021, Bruxelles, 2021, p.31.</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Scandale d’abus sexuels commis par des travailleurs expatriés d’Oxfam sur des prostituées et/ou des mineures d’âge haïtiennes dans les années 2010. </div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Otasevic, A., Changements de régime clés en main dans LE MONDE DIPLOMATIQUE, https://www.monde-diplomatique.fr/2019/12/OTASEVIC/61096.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Exemple, parmi d’autres, entendu par l’auteur lors d’une réunion avec des bénévoles : « il faut apprendre l’hygiène à ces pauvres gens » !</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’après les constations du séminaire international de septembre 2025.</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Carracillo, C., Agir pour la justice sociale dans le monde – Entraide et Fraternité/Action Vivre Ensemble 1961 – 2021, Bruxelles, 2021.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Global Gateway &#8211; Une coopération au service du Sud…</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-14/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 16:18:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Global Gateway]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://entraide.be/?post_type=publication&#038;p=25968</guid>

					<description><![CDATA[Lancée officiellement par la Commission européenne en 2021, la stratégie européenne du Global Gateway se développe à grande vitesse et fait désormais figure de position officielle de la Belgique.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">En quelques mots…</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>Lancée officiellement par la Commission européenne en 2021, la stratégie européenne du Global Gateway se développe à grande vitesse et fait désormais figure de position officielle de la Belgique.</li>



<li>Cette stratégie marque un changement de paradigme par rapport à la Coopération internationale : présentée au départ sous l’angle de la solidarité, il est désormais clair qu’elle sert surtout  le développement économique des multinationales européennes dans les pays du Sud.</li>



<li>Le Global Gateway est une réponse à la dépendance économique de nos pays par rapport à la Chine, tout particulièrement dans le domaine de l’approvisionnement en ressources comme les minerais rares.</li>



<li>Les programmes Global Gateway de la Belgique et de l’Union Européenne soutiennent des projets dont les préoccupations environnementales et sociales sont rarement la priorité. </li>
</ul>
</div>
</div>



<p>Paul Kagame, le très autocratique président du Rwanda, n’est pas une figure inconnue en Belgique. Ces derniers mois, <strong>les relations entre le Rwanda et la Belgique sont tendues en raison de l’implication du Rwanda dans le conflit à l’est du Congo</strong>. Ces tensions ont abouti à la rupture unilatérale, par Kigali, des relations diplomatiques entre les deux pays. Les Nations unies estiment que la RD Congo est confrontée à l’une des plus grandes crises de déplacements internes au monde, avec plus de 7,3 millions de personnes déplacées en avril 2024<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Ce conflit est notamment nourri par la convoitise pour les minerais du sous-sol de l’ancienne colonie belge, minerais dont les milices financées par le président rwandais cherchent à prendre le contrôle. </p>



<p>Pourtant, Paul Kagame s’est rendu à Bruxelles le 9 octobre 2025 dans le cadre d’un sommet européen. Ce sommet était centré sur le Global Gateway, la nouvelle stratégie européenne de partenariats internationaux. À cette occasion, le président rwandais dira<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup> : <em>« Nous sommes ici pour parler de partenariats ; toutefois, ce terme signifie des choses différentes selon les personnes ». </em> </p>



<h2 class="wp-block-heading">La nouvelle vision européenne du développement </h2>



<p><strong>Le Global Gateway</strong> – dont la traduction en français pourrait ressembler à « portail mondial » – est, selon le ministère français des Affaires étrangères<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>, <strong>une stratégie mise en place par l’Union européenne dans le but de <em>« contribuer au développement des pays partenaires émergents et en développement […] en s’appuyant sur la mobilisation du secteur privé ».</em></strong> </p>



<p>Le Global Gateway n’est pas nouveau. Son nom circule dans les couloirs des institutions européennes depuis 2017. En effet, à l’époque, les États membres et la Commission européenne voient d’un mauvais œil les investissements chinois à travers le monde et ils craignent de perdre leur influence économique et politique. Toutefois, il faudra attendre 2021 pour le lancement officiel du Global Gateway. La pandémie révèle la faiblesse des chaînes d’approvisionnement des multinationales européennes<strong>. L’Europe veut reprendre le contrôle de la chaîne de production dans certains secteurs économiques</strong>&nbsp;(automobile, électronique, pharmaceutique, etc.)&nbsp;<strong>et elle veut une plus grande autonomie</strong>&nbsp;(comprenez : une plus faible dépendance envers la Chine).&nbsp;</p>



<p>C’est dans ce contexte que naît le Global Gateway. Dès le début, sa gouvernance est floue et elle se précisera seulement au fil des années ;&nbsp;<strong>mais son idéologie est claire : mettre le pouvoir économique et politique de l’Union européenne (UE) au cœur de la relation de l’Europe avec le reste du monde</strong>. Pour ce faire, l’Europe décide de mettre de côté ses priorités d’alors &#8211; la réduction de la pauvreté, l’amélioration de l’économie locale ou l’égalité hommes-femmes. Elle place désormais au cœur de sa stratégie de partenariats à travers le monde la promotion de l’investissement de ses entreprises dans de grands projets d’infrastructure. Et elle le fait avec le budget européen de la coopération au développement, arguant que les pays du Sud réclament des investissements et que ceux de l’Europe contribuent au développement durable.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Ainsi, on ne parle plus de programmes de développement qui favorisent la protection sociale, l’émergence d’une société civile ou l’agriculture familiale dans les pays les plus vulnérables du monde. Le Global Gateway finance plutôt des multinationales centrées sur l’exportation de fleurs et de sauce tomate du Nigeria vers l’Union européenne, ou la rénovation de barrages et de trains construits durant l’époque coloniale. <strong>Ces projets s’apparentent plus à un programme de facilitation du commerce européen. </strong>D’ailleurs, la directrice de l’AWEX<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>, l’Agence wallonne d’exportations et d’investissement, décrit le Global Gateway comme <strong>une <em>« stratégie qui ouvre les portes des marchés internationaux »</em></strong><em>.</em> Mais ces portes s’ouvrent <strong>grâce à l’argent de la coopération internationale</strong>, initialement pensée comme un programme de solidarité pour que tous et toutes puissent avoir accès à des droits essentiels tels que la santé, l’éducation, l’eau potable, un emploi décent, etc. </p>



<p>Ces projets sont coûteux et mis en œuvre par des entreprises privées, principalement européennes. Elles accèdent à des conditions financières privilégiées (taux réduits, garanties, assurances, etc.) au travers de la Banque européenne d’investissement (BEI), principale banque publique du Global Gateway, une sorte de « Banque mondiale » européenne.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le Global Gateway est<em> « un changement d’une logique purement orientée vers le développement à une approche focalisée sur les intérêts, en alignant les investissements en infrastructures avec les objectifs économiques et géopolitiques de l’UE »</em> </p>
<cite>Gracia Maria Perez Vico et Thomas Pelletier, Collège d’Europe, Mars 2025<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup> </cite></blockquote>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">De grands projets mais aussi d’importants changements politiques  </h2>



<p>Mais le Global Gateway n’est pas seulement une histoire de grands projets.&nbsp;<strong>Il existe aussi des accords de partenariats Global Gateway et des demandes politiques de réformes structurelles</strong>. C’est ainsi par exemple qu’avant que de grands projets énergétiques voient le jour en Asie centrale, l’Union européenne va favoriser la libéralisation du marché de l’électricité.&nbsp;</p>



<p>Durant la présidence belge du Conseil européen, en 2024, notre pays a poussé un projet estampillé Global Gateway en Afrique : la création d’une agence des médicaments de l’Union africaine (UA). La Belgique contribue aussi économiquement à ce projet à hauteur de 4 millions d’euros. L’agence vient d’être inaugurée<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> au Rwanda et son financement viendra partiellement de l’industrie pharmaceutique. Même si le but peut être louable - améliorer la réglementation des médicaments en Afrique pour s’assurer de leur sûreté et de leur commercialisation plus simple et donc plus rapide à travers le continent – l’agence peut aussi empêcher la production de génériques moins chers (en devenant la police des brevets) et favoriser l’octroi de brevets sur des pratiques médicales ancestrales et/ou indigènes &#8211; donc leur privatisation et leur exploitation commerciale.  </p>



<p>Enfin, avant que des projets voient le jour, l’Union européenne signe des accords avec des pays du Sud. Ces accords ont le nom de mémorandums. C’est le premier pas d’une coopération accrue entre le pays signataire et l’Union européenne. Le second pas est la mise en place de projets concrets. <strong>L’Union européenne a signé un « memorandum of understanding » (MOU, protocole d’accord) avec le Rwanda en février 2024</strong>. Cet accord prévoit de développer des « chaînes de valeur durables » dans le secteur des minerais critiques du Rwanda, autrement dit de <strong>renforcer l’importation européenne de minerais rwandais</strong>. Or, le Rwanda possède peu de ressources minières dans son sous-sol. Il soutient plutôt des milices armées, tels que le M23, qui pillent le sous-sol congolais. D’après les Nations unies<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>, <strong>certains minerais transformés et expédiés du Rwanda</strong>, tels que le coltan, <strong>proviennent illicitement de la République démocratique du Congo</strong> (RDC). D’ailleurs, en février 2025, le Parlement européen a adopté une résolution<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> qui <em>« prie instamment la Commission et le Conseil de suspendre immédiatement le protocole d’accord UE-Rwanda sur les chaînes de valeur durables pour les matières premières jusqu’à ce que le Rwanda prouve qu’il ait mis fin à son ingérence et qu’il ait cessé d’exporter des minerais extraits des zones contrôlées par le M23. »</em> L’AFC/M23 a pris violemment le contrôle de Goma, à l’est de la RDC, en janvier 2025, et, depuis, progresse dans cette région, mettant en place, avec le soutien des troupes rwandaises, une véritable administration parallèle à celle de l’État congolais. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>« Peu d’Européens se rendent compte à quel point l’UE et Donald Trump ont en réalité beaucoup en commun : une soif insatiable de minéraux provenant du Congo et du Rwanda. »</em> </p>
<cite>Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique australe et de l’Est à Amnesty International, 22 mai 2025<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup> </cite></blockquote>



<p></p>



<p>Lors de la venue de Paul Kagame à Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que le montant des projets Global Gateway attendrait 400 milliards d’euros d’ici à 2027. Les projets soutenus financièrement par le Global Gateway le sont souvent à travers la Banque européenne d’investissement mais celle-ci ne finance qu’une partie, une autre partie provenant souvent des États du Sud, faisant ainsi gonfler leur dette. Or, selon les Nations unies<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>, en 2024, la dette publique des pays en voie de développement atteignait 31 000 milliards de dollars. </p>



<p>La moitié des projets Global Gateway concernent l’Afrique et la zone Moyen-Orient/Afrique du Nord<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. Les autres régions incluent l’Amérique latine mais aussi l’Asie et les pays à l’est de l’Union européenne. <strong>Cinq secteurs sont prioritaires pour les projets du Global Gateway : le numérique, le climat et l’énergie, le transport, la santé, et l’éducation et la recherche</strong>. La moitié des projets concernent le secteur de l’énergie et le climat. Cela peut concerner la construction de panneaux solaires mais aussi l’ouverture de mines ou des projets d’hydrogène vert<strong>. Il y a une grande absente dans ces programmes : l’agriculture, et encore plus l’agroécologie</strong>. En septembre 2025, Entraide et Fraternité, avec d’autres associations, indiquaient déjà aux autorités européennes et belges que la stratégie Global Gateway apportait une attention accrue aux investissements dans des modèles orientés vers l&rsquo;exportation et à forte intensité de capital, qui marginalisent souvent les systèmes agroécologiques locaux gérés par les agriculteurs et agricultrices<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.  </p>



<h2 class="wp-block-heading">Un soutien public pour des acteurs privés européens influents </h2>



<p>Le Global Gateway n’est pas un projet uniquement porté par les institutions européennes. Il se déploie dans un contexte « Team Europe », dans lequel les États membres et l’Union européenne tentent de travailler mieux et plus ensemble. La Belgique est donc très impliquée dans cette stratégie européenne.&nbsp;</p>



<p>Politiquement, d’ailleurs, <strong>le gouvernement belge soutient le Global Gateway et le cite dans son accord gouvernemental comme l’alternative économique et géopolitique à l’ <em>« opportunisme »</em> de la Russie et de la Chine</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>.   </p>



<p>En termes de procédures, depuis octobre 2025, chaque pays membre de l’UE a créé un « Global Gateway Investment Hub », un centre pour l’investissement dans le Global Gateway. Dans le hub belge par exemple, les entreprises belges, les pays partenaires ou les banques de développement pourront proposer des projets « Global Gateway ». Ces projets seront ensuite analysés par l’administration belge, modifiés avec le soutien de la Commission puis soumis au vote de tous les États membres, une fois par an, au sein du Conseil de l’Union européenne. Jusqu’à présent, de source anonyme, trois projets ont été soumis à ce hub belge par trois entreprises belges pour des opérations dans des anciennes colonies belges.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>Ce qui frappe dans la sélection de ces projets, c’est le manque de participation des pays partenaires et de la société civile locale</strong>.&nbsp;<strong>Par contre, les entreprises européennes sont fortement impliquées dans l’élaboration de la stratégie Global Gateway</strong>. L’Union européenne a créé dès septembre 2023 un groupe de Conseil Global Gateway composé d’entreprises européennes. Là aussi, force est de constater qu’aucune petite et moyenne entreprise n’est présente mais surtout qu’aucune entreprise non européenne ne fait partie de ce Conseil. Or, les projets Global Gateway se déroulent en dehors du sol de l’Union européenne.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Parmi les membres de ce Conseil, on trouve notamment des entreprises belges ou assimilées telles que Brussels Airlines ou le Port d’Anvers-Bruges, mais aussi d’autres entreprises polluantes (l’entreprise minière Eramet, les sociétés pétrolières Iberdrola et TotalEnergies, etc.) et le lobby européen des grandes entreprises, BusinessEurope. Certains des membres de ce Conseil bénéficient financièrement des projets Global Gateway. Le port d’Anvers-Bruges, par exemple, a bénéficié du marché du port de Cotonou<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup> et il a décroché un contrat similaire en décembre 2024<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup> pour le port tanzanien de Dar es Salaam. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le corridor de Lobito </h2>



<p>Un autre projet que la Belgique soutient est le corridor de Lobito. Ce chemin de fer relie les mines du sud-est de la République démocratique du Congo au port de Lobito en Angola.&nbsp;<strong>C’est le pouvoir colonial belge qui a construit cette ligne de chemin de fer afin d’exporter les minerais du sous-sol congolais</strong>&nbsp;vers les ports européens, notamment celui d’Anvers.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Cette ligne de chemin de fer, faute d’entretien, est aujourd’hui lente et peu utilisée pour le transport de marchandises. Car le train de Lubumbashi, capitale minière du Congo, qui passe par Kolwezi (ville minière) et que l’Union européenne (avec le Global Gateway) et les États-Unis cherchent à moderniser, est avant tout un train de marchandises. Il ne connecte pas de villes autres que minières.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>D’ailleurs, un journaliste nigérian dira de ce corridor de Lobito en septembre 2024 : <em>« « Si vous placiez une règle sur une carte et traciez une ligne depuis le centre minier congolais de Kolwezi, où la ligne commence, jusqu’au port de Lobito construit par les Chinois, où elle se termine sur la côte ouest de l’Angola, vous auriez quasiment reproduit à la perfection le tracé proposé du corridor de Lobito. </em><strong><em>Avec seulement cinq arrêts sur ses 1300 km de longueur, son objectif évident est de transporter les minerais congolais de la mine au port aussi rapidement que possible, et avec le moins de contact possible avec la population locale</em></strong><em>. »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup> C’est cette population locale qui est la grande absente de ce projet Global Gateway mais surtout de toute l’idéologie derrière cette nouvelle politique étrangère de l’Union européenne. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p>La population locale, les gouvernements locaux mais aussi les petites entreprises et les fermes locales sont les grandes absentes du projet européen Global Gateway. Sans leurs voix, <strong>les projets Global Gateway portent souvent les traces d’un néocolonialisme à peine voilé</strong>. Le corridor de Lobito est un exemple, tout comme le barrage de Kariba en Zambie<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>, autre projet Global Gateway visant à rénover une construction coloniale britannique<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>. </p>



<p>Pourtant,&nbsp;<strong>les populations locales risquent d’être victimes de ces projets</strong>. À travers la dette, à travers le manque d’amélioration de leurs conditions de vie quotidienne, à travers les conséquences sur leur environnement et les droits humains. Comme le démontre le mémorandum avec le Rwanda, il semble même que le Global Gateway fasse passer les intérêts économiques avant la paix.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Comme le soulignait Paul Kagame, le terme&nbsp;<em>« partenariats »</em>&nbsp;signifie des choses différentes selon les personnes. Il semble que la définition de l’Union européenne ne soit pas la même pour les personnes qui vivent près d’une mine congolaise, d’un barrage zambien ou celles qui travaillent dans les bureaux du port d’Anvers ou du lobby européen des entreprises.&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://news.un.org/fr/story/2025/06/1156061</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.paulkagame.rw/global-gateway-forum-remarks-by-president-kagame-brussels-9-october-2025/</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/developpement/evenements-et-actualites-sur-le-theme-du-developpement/evenements-et-actualites-sur-le-theme-du-developpement-2023/article/qu-est-ce-que-la-strategie-europeenne-global-gateway</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.awex-export.be/fr/plus-d-infos/actualites/global-gateway-profitez-des-fonds-europeens-pour-mener-a-bien-vos-projets-dans-des-pays-tiers</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.coleurope.eu/sites/default/files/uploads/page/policy_paper_vol6_.pdf</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.nature.com/articles/d44148-025-00350-8</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/373/37/pdf/n2437337.pdf</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2025-0020_FR.html</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://euobserver.com/eu-and-the-world/ara5bb207b</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://unctad.org/fr/publication/un-monde-de-dettes</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://international-partnerships.ec.europa.eu/policies/global-gateway_en</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://actionaid.org/sites/default/files/publications/Note_de_orientation_%20politique_Investir_dans_le_%20changement_French.pdf</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Accord_gouvernemental-Bart_De_Wever_fr.pdf, p.200 et 204</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://diplomatie.belgium.be/fr/politique/themes-politiques/sous-la-loupe/la-contribution-belge-fait-de-cotonou-benin-un-port-performant</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.eeas.europa.eu/delegations/tanzania/global-gateway-eu-and-tanzania-sign-agreement-improve-port-performance-and-enhance-trade_en</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://panafricanreview.com/lobito-corridor-plan-illustrates-stark-poverty-of-american-imagination-in-africa/</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.aljazeera.com/opinions/2024/11/16/zambias-kariba-dam-crisis-is-one-of-inequality</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://global-gateway-forum.ec.europa.eu/news/global-gateway-forum-tanzania-secures-funding-eu-and-french-development-agency-kakono-hydropower-2023-10-25_en</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Directive « Omnibus » &#8211; La loi qui encourage les entreprises irresponsables</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-13/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Oct 2025 10:53:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Omnibus]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que l’Europe venait juste d’adopter une loi historique pour contraindre les grandes entreprises à respecter les droits humains et l’environnement, un nouveau texte, baptisé « Omnibus », menace de la vider de sa substance.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Alors que l’Europe venait juste d’adopter une loi historique pour contraindre les grandes entreprises à respecter les droits humains et l’environnement, un nouveau texte, baptisé «&nbsp;Omnibus », menace de la vider de sa substance. Sous couvert de simplification, cette réforme réduit la responsabilité des multinationales, complique l’accès à la justice pour les victimes et relègue les engagements climatiques au second plan. Des lois en faveur d’entreprises responsables sont pourtant primordiales pour préserver et la dignité des travailleurs et travailleuses et l’environnement.</p>



<p>En juillet 2024, après plusieurs années de négociations, la directive sur le devoir de vigilance des entreprises entrait officiellement en vigueur au niveau européen. Cette loi représente – ou, devrait-on dire désormais, représentait &#8211; <strong>une occasion historique d’améliorer la vie de travailleurs et travailleuses partout dans le monde et de placer la planète et le respect de nos communautés au cœur des activités commerciales.</strong> Pour les consommateurs et consommatrices, c’est aussi l’assurance que notre nourriture, nos vêtements, nos téléphones ont été produits en toute sécurité et dans le respect de la dignité humaine. &nbsp;</p>



<p>Cette directive oblige en effet les grandes entreprises à agir pour prévenir les dommages liés à leurs activités et à réparer les dégâts qu’elles causent. Que ce soit la destruction de l’environnement, les conditions de travail illégales, la contamination de l’eau par des déversements toxiques, le travail des enfants<strong>… Toutes les entreprises d’une certaine taille sont tenues responsables des conditions de travail et du respect de l’environnement tout au long de la chaîne de valeurs</strong>, c’est-à-dire depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la production et la distribution<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.</p>



<p>En cas de non-respect de ces obligations, l’entreprise peut alors être tenue responsable, être appelée à comparaître en justice ou à payer des amendes pouvant aller jusqu’à 5% de son chiffre d’affaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une bonne nouvelle, mais…</h2>



<p>Tout cela, c’était avant les dernières élections européennes. Avant que la nouvelle Commission s’installe en décembre 2024 et change fortement d’orientation. Depuis, les maîtres mots sont devenus «&nbsp;compétitivité&nbsp;» et «&nbsp;dérégulation&nbsp;», au détriment d’autres concepts comme ceux de «&nbsp;droits humains&nbsp;», «&nbsp;travail digne&nbsp;», «&nbsp;transition verte&nbsp;» …</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading"><strong>Rana Plaza, Bangladesh, avril 2013&nbsp;</strong></h3>



<p>Quand on parle devoir de vigilance, un évènement dramatique revient souvent à l’esprit : l’effondrement, en 2013, du Rana Plaza, un bâtiment du Bangladesh où travaillaient des milliers d’ouvrières et ouvriers textiles. Son effondrement a causé la mort de plus de 1100 personnes et au moins le double de blessé·es.</p>



<p>Ce qui frappe aussi alors, c’est que la cause de l&rsquo;effondrement n’est pas une catastrophe naturelle mais simplement le reflet de nos modes de production et des conditions de travail dans l’industrie textile&nbsp;: des milliers de personnes réunies dans des bâtiments vétustes, auxquels des étages ont été ajoutés illégalement et où les règles de sécurité sont inexistantes.</p>



<p>Dans le cas du Rana Plaza, à la vue des fissures qui étaient de plus en plus marquées, des travailleurs et travailleuses avaient refusé d’entrer dans le bâtiment le matin même, avant de se faire menacer de licenciement par la direction. Dans les débris, on pouvait voir de nombreuses étiquettes de marques bien connues chez nous&nbsp;: Zara, H&amp;M, Primark… Difficile alors pour l’Europe de fermer les yeux et de nier sa part de responsabilité. La course à la compétitivité, la recherche du moindre coût a ce jour-là eu des conséquences directement visibles aux yeux du monde entier.</p>



<p>L’événement dramatique a donc donné un coup d’accélérateur en matière de régulation des entreprises et de leurs filiales à l’international. Bien que la directive ait déjà été édulcorée avant son vote au Parlement européen, elle représente une avancée significative en matière de protection des droits sociaux et de l’environnement contre le profit à tout prix des entreprises.</p>
</div>
</div>



<p>Ainsi, en février 2025, moins d’un an après cette victoire pour les droits humains et l’environnement, <strong>la Commission propose un projet de loi dit « Omnibus », qui affaiblit drastiquement quatre textes de loi tout récents</strong>&nbsp;: la directive sur le devoir de vigilance (CSDDD<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>), celle sur les rapports de durabilité des entreprises (CSRD<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>), celle sur la taxonomie verte<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> et celle sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM).</p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">«&nbsp;Omnibus&nbsp;»&nbsp;?</h3>



<p>Dans la législation européenne, une loi «&nbsp;Omnibus&nbsp;» (“tous” en latin) réunit différents textes modifiant des lois existantes qui ne sont pas forcément liées. Ce premier paquet s’appelle «&nbsp;Omnibus 1&nbsp;»&nbsp;; d’autres sont attendus pour réviser une série de législations sur divers sujets.</p>
</div>
</div>



<p>Pour accompagner le paquet « Omnibus », la Commission a proposé la directive dite «&nbsp;Stop the Clock&nbsp;» (qu’on pourrait traduire par «&nbsp;Arrêter le temps&nbsp;»). Cette directive reporte les dates d’application des directives concernées par la loi « Omnibus » afin d’avoir le temps de les modifier en profondeur avant leur application.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Peu de simplification, peu d’ambition</h2>



<p>La loi «&nbsp;Omnibus » a donc pour but de modifier le contenu de la directive sur le devoir de vigilance. À l’analyse, cette nouvelle proposition de la Commission n’est pas juste une simplification mais <strong>un détricotage du texte initial, créant un flou juridique pour les entreprises, mais aussi une pénalité pour toutes celles qui avaient déjà commencé à s’y adapter</strong>.<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></p>



<p>Quelques modifications apportées par la loi «&nbsp;Omnibus »&nbsp;:<br><br></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Une responsabilité réduite</strong>. Alors que la directive sur le devoir de vigilance prévoyait que les entreprises préviennent les risques tout au long de la chaîne de production, l’“Omnibus&nbsp;” leur permet de n’être responsables que des derniers maillons de la chaîne : les fournisseurs directs. On sait pourtant pertinemment que les risques se situent davantage aux étapes précédentes de la production. Pour reprendre le cas abordé ci-dessus, le Rana Plaza était un fournisseur de fournisseurs&nbsp;: <strong>si la catastrophe avait lieu aujourd’hui sous le régime de la loi «&nbsp;Omnibus&nbsp;», les entreprises n’en seraient toujours pas tenues responsables.</strong></li>
</ul>



<p>Pour ne pas donner l’impression de trop vider la proposition de sa substance, la loi «&nbsp;Omnibus&nbsp;» ajoute cependant quelques nuances. Notamment le fait que l’entreprise puisse quand même être tenue responsable si l’on juge qu’elle avait en sa possession des informations qui laissent penser qu’il y a un «&nbsp;risque plausible&nbsp;» d’atteinte à un partenaire non direct. Pour une loi censée simplifier la législation et sortir les entreprises d’un potentiel flou juridique, la formulation semble bien vague.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Pas d’harmonisation des règles et un accès à la justice plus difficile</strong>. La responsabilité civile, qui devait être harmonisée au niveau européen dans la loi initiale, est supprimée, ce qui signifie que les lois en vigueur sont différentes d’un pays à l’autre. C’est encore une fois le contraire d’une simplification&nbsp;: <strong>une même entreprise présente dans différents pays va devoir jongler avec les législations propres à chacun de ces pays</strong> puisque les règles d’application en France ou en Italie ne seront désormais plus les mêmes.</li>
</ul>



<p>La loi sur le devoir de vigilance assurait également aux victimes un accès facilité à la justice. Elle leur permettait notamment de se faire représenter par des acteurs de la société civile, comme des ONG ou des associations de défense des droits humains. Ces mesures disparaissent dans le projet de loi «&nbsp;Omnibus&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. Pourtant, dans certains pays où la liberté syndicale est faible et où porter plainte peut exposer à d’importants dangers, les associations de représentation des travailleurs et travailleuses, les ONG, jouent des rôles clés dans l’accès aux droits<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Pas d’ambition climatique.</strong> Sous le coup du devoir de vigilance, les entreprises avaient le devoir de rédiger un ‘plan climat’ afin de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre et de s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris. Objectif indispensable car, pour une terre vivable, les entreprises doivent faire partie de la transition et contribuer aux efforts de réduction des émissions.</li>
</ul>



<p><br><strong>L<a>’«</a> Omnibus&nbsp;» garde l’obligation de rédaction des plans climat mais supprime l’obligation de leur mise en œuvre</strong>. Ici, aucune réduction des charges administratives donc, puisque le plan doit toujours être rédigé, mais simplement une réduction des ambitions. Mettre en œuvre ces plans climat est pourtant nécessaire à la stabilité des entreprises : elles dépendent des ressources naturelles, des écosystèmes, et de conditions climatiques stables. Une planète épuisée rend les activités économiques plus chères, plus risquées et parfois tout simplement impossibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une «&nbsp;simplification&nbsp;» contestée</h2>



<p>Face à cela, plusieurs voix se sont élevées, notamment dans les milieux académiques et juridiques, pour souligner que ce nouveau texte n’avait rien d’une simplification d’un point de vue juridique. À long terme également, les entreprises n’ont rien à gagner d’une terre aux ressources épuisées. Plusieurs d’entre elles se sont d’ailleurs prononcées pour demander à l’Europe de conserver la loi sur le devoir de vigilance.</p>



<p>Ce qui pose également question dans ce processus, outre le contenu, c’est la manière dont cela a été fait. Contrairement à ce qui est d’usage, il n’y a pas eu d’évaluation ni d’analyse des impacts de la législation «&nbsp;Omnibus&nbsp;». Il y a eu deux jours de consultations mais la première journée s’est tenue à huis clos, avec comme seuls invités des lobbys de l’industrie.</p>



<p>En raison de ces manœuvres douteuses, <strong>la Médiatrice européenne<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> a interrogé la Commission sur le processus qui entoure la loi Omnibus</strong>. Une enquête est en cours et devait donner ses premiers résultats d’ici à la fin 2025<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les prochaines étapes</h2>



<p>Les modifications décrites ci-dessus sont celles de la Commission. Ce texte a été soumis au Conseil de l’UE. <strong>Le Conseil a, sur plusieurs aspects, décidé d’affaiblir encore plus le devoir de vigilance !</strong> Parmi les modifications, il veut limiter ’application de la loi aux entreprises de plus de 5000 personnes dont le chiffre d’affaires est de plus d’1,5 milliard d’euros. Avec cette version, ce ne sont plus que 30% des entreprises concernées par le premier texte qui resteraient soumises au devoir de vigilance<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>Loi sur le devoir de vigilance : qui la protège et pourquoi on doit le savoir | Oxfam Belgique https://tinyurl.com/bdr39n9y.</p>



<p><strong>Le poids des lobbys de l’industrie est évidemment énorme</strong> et quelques gros acteurs ont poussé dans le dos des Parlementaires pour affaiblir au maximum les “contraintes” que représenterait un devoir de vigilance pour les grosses entreprises.</p>



<p>Les trilogues, négociations entre les trois organes européens &#8211; Conseil des ministres, Parlement et Commission-, devraient avoir lieu entre novembre et décembre.</p>



<p>Cela semble fou qu’une loi aussi évidente que le devoir de vigilance ne soit pas encore d’application&nbsp;: est-ce qu’il ne serait pas logique qu’une entreprise ne puisse pas impunément déverser ses déchets dans une rivière ? Qu’elle ne puisse pas utiliser des enfants sous-payés comme main-d’œuvre&nbsp;? L’Europe semble juger cela trop contraignant pour les grandes entreprises. Le combat n’est pas fini puisque le texte n’a pas encore été adopté. Nous continuons de réclamer une loi qui protège notre planète et les travailleurs et travailleuses. <strong>Nous appelons nos représentant·es à préserver les éléments forts du devoir de vigilance, pour un monde plus juste.</strong></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les députés adoptent les règles de devoir de vigilance des entreprises | Actualité | Parlement européen. Lien raccourci&nbsp;: https://tinyurl.com/ycmudety</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Corporate Sustainability Due Diligence Directive</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Corporate Sustainability Reporting Directive</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;“Lataxonomie verte de l’UE est un système de classification des activités économiques permettant d’identifier celles qui sont durables sur le plan environnemental, c’est-à-dire qui n’aggravent pas le changement climatique. Véritable “boussole environnementale” de l’UE, la taxonomie a été lancée par la Commission européenne en 2018 pour guider et mobiliser les investissements privés pour parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050.” https://france.representation.ec.europa.eu/informations/taxonomie-verte-mode-demploi-2022-01-13_fr ou https://tinyurl.com/vabhaub7</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Simplification: le Conseil donne son feu vert définitif au mécanisme suspensif afin de renforcer la compétitivité de l&rsquo;UE et d&rsquo;apporter une sécurité juridique aux entreprises &#8211; Consilium</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Omnibus : la Commission européenne sacrifie le climat et les droits humains au nom de la compétitivité https://tinyurl.com/3puczjc3</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Devoir de vigilance européen : Principales recommandations sur la directive dite « Omnibus I » proposée par la Commission européenne &#8211; Notre Affaire à Tous https://tinyurl.com/bdc2s92s</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«&nbsp;Le Médiateur européen est un organe indépendant et impartial qui peut demander des comptes aux institutions et aux agences de l’Union européenne, et qui promeut la bonne administration.&nbsp;». Cependant, ses décisions sont non-contraignantes, ce qui limite son pouvoir.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ombudsman analysing Commission reply in inquiry related to omnibus package of simplification measures | News | European Ombudsman</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>The Farmer Case &#8211; L’agriculteur, le grand pollueur et le juge</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-12/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 13:48:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Hugues Falys]]></category>
		<category><![CDATA[The Farmer Case]]></category>
		<category><![CDATA[TotalEnergies]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://entraide.be/?post_type=publication&#038;p=25446</guid>

					<description><![CDATA[Hugues Falys, agriculteur wallon, accompagné par trois associations, attaque en justice TotalEnergies, multinationale active dans les énergies fossiles.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-group fond-bleu"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<h2 class="wp-block-heading">En quelques mots…</h2>



<p>Hugues Falys, agriculteur wallon, accompagné par trois associations, attaque en justice TotalEnergies, multinationale active dans les énergies fossiles. Il espère ainsi que l’entreprise soit reconnue responsable de la pollution qu’elle émet et de ses conséquences néfastes sur ses activités agricoles. Au-delà de son cas personnel,</p>



<p>Hugues Falys et les associations qui l’accompagnent entendent</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>faire reconnaître la responsabilité de ces géants pollueurs dans le bouleversement climatique en cours ;</li>



<li>obliger ces pollueurs à assumer les conséquences néfastes de leurs activités, notamment en termes de dédommagements pour les pertes encourues ;</li>



<li>les forcer à mettre en place un vrai plan de transition pour sortir des énergies fossiles et ainsi réduire de façon significative et urgente les émissions de gaz à effet de serre.</li>
</ul>



<p>En 7 questions-réponses, cette analyse permet de mieux comprendre se qui se joue dans ce procès hors du commun&nbsp;: les conséquences concrètes du bouleversement climatique en cours et la responsabilisation des grands pollueurs de la planète.</p>
</div></div>



<h2 class="wp-block-heading">Le Farmer Case, qu’est-ce que c’est&#8239;?</h2>



<p>En français, «&nbsp;l’Affaire du fermier&nbsp;», c’est le procès à venir d’une énorme multinationale, attaquée en justice par un agriculteur wallon.&nbsp;</p>



<p>Hugues Falys est agriculteur à Lessines, dans le Hainaut, depuis plus de trente ans. Ces dernières années, à cause du dérèglement climatique, les évènements climatiques extrêmes s’enchaînent<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>, avec une augmentation des périodes de sécheresse et des vagues de chaleur, mettant à mal ses cultures. TotalEnergies fait partie des entreprises les plus polluantes du monde. C’est à ce titre que <strong>l’agriculteur demande à la justice que Total soit considéré responsable de la pollution qu’elle émet et de ses répercussions sur son travail</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</p>



<p>De plus en plus fréquemment, les agriculteurs et agricultrices voient leurs cultures endommagées ou détruites par la sécheresse ou par des pluies torrentielles. Cela entraîne des pertes financières importantes pour une catégorie de travailleurs et travailleuses déjà moins bien rémunérée que la moyenne belge.</p>



<p>Hugues Falys, soutenu par trois associations – La ligue des droits humains, FIAN Belgique et Greenpeace – décide alors de saisir la justice et de demander réparation pour les dommages subis sur ses cultures.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réchauffement climatique&nbsp;:&nbsp; où en sommes-nous&#8239;? Où allons-nous&#8239;?</h2>



<p>Selon les dernières moyennes climatiques relevées, nous serions actuellement à un réchauffement d’environ 1,3°C par rapport à la moyenne de référence de 1850-1900. En 2024, pour la première fois, nous avons connu plus de 12 mois d’affilée où l’augmentation de température était supérieure à 1,5°C<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">Des impacts genrés</h3>



<p>La crise climatique n’est pas neutre&nbsp;: elle impacte certaines parties de la population plus que d’autres. C’est notamment le cas des femmes, qui sont de manière générale plus fortement impactées par le dérèglement climatique. Les agricultrices wallonnes ont un accès à la terre moindre et des revenus plus faibles en moyenne que leurs homologues masculins.</p>



<p>Ces inégalités se retrouvent renforcées par le changement climatique qui rend les terres cultivables plus rares et les revenus financiers plus faibles. Le changement climatique a également pour conséquence de renforcer les violences sexistes. Une étude montre que durant les périodes de vague de chaleur, les féminicides augmentent de 28%.</p>
</div>
</div>



<p>Avec le dérèglement climatique, les événements météorologiques extrêmes vont devenir de plus en plus fréquents. Un panel d’experts s’est récemment penché plus précisément sur les incidences du dérèglement climatique en Région wallonne<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Selon les dernières données, <strong>la Wallonie fait partie des zones du monde qui se réchaufferont plus rapidement que d’autres</strong>. Ainsi, on estime que lorsque le réchauffement global sera de 2°C, nous aurons déjà en Wallonie subi localement un réchauffement allant de 3 à 4°C, selon les zones. Les inondations, les vagues de chaleur, les sécheresses et les tempêtes sont les événements climatiques extrêmes qui s’accentueront le plus dans notre région.</p>



<p>Si une augmentation de 2°C peut paraître une faible différence, gardons en tête que cela équivaut à un climat du centre de la France et s’accompagne d’étés très chauds et secs, ou très pluvieux. Les pluies extrêmes seraient dans ce scénario deux fois plus fréquentes qu’aujourd’hui, entraînant également des risques d’inondation. Les vagues de chaleur seront également deux fois plus fréquentes que ce que nous connaissons actuellement. Les scénarios d’un réchauffement à 3 ou 4°C peuvent être consultés sur le Portail Climat de l’Agence wallonne de l’air et du climat<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.&nbsp;</p>



<p><strong>Ces événements climatiques ont des conséquences très concrètes&nbsp;sur la santé, l’économie, les écosystèmes, les infrastructures, la biodiversité et l’agriculture.</strong> L’acidification des sols, la gestion de l’eau, le dérèglement des saisons ou encore la propagation d’insectes ravageurs représentent des défis de taille pour le monde agricole&#8230; Défis qui iront croisssant aux cours des prochaines années.</p>



<p>Pour les agriculteurs et agricultrices, la hausse des températures et ses conséquences nécessitent de s’adapter urgemment. Aujourd’hui, ce sont 8 agriculteurs et agricultrices sur 10 qui rencontrent directement des difficultés en raison du réchauffement climatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles sont les conséquences concrètes pour cet agriculteur wallon&nbsp;?</h2>



<p>Hugues Falys cultive des céréales, des légumes, quelques fruits, et élève une centaine de vaches en élevage extensif<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> et biologique. Ces dernières années, les sécheresses et vagues de chaleur ont eu des conséquences importantes sur ses récoltes, réduisant sa production et le nombre de vaches qu’il a la capacité de nourrir grâce à ses cultures. Cela a donc pour lui un double prix (un triple en comptant celui du stress sur la santé)&nbsp;: il vend moins et ses coûts de production augmentent, puisqu’il est obligé d’acheter des céréales supplémentaires pour ses vaches, ses propres cultures ne suffisant plus à les nourrir. Il a également dû réduire le nombre de vaches de son cheptel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi attaquer TotalEnergies&nbsp;?</h2>



<p>TotalEnergies, groupe français actif dans les énergies fossiles, fait partie des entreprises les plus polluantes du monde. Total appartient à ce qu’on appelle les « &nbsp;<em>supermajors &nbsp;</em>», les six plus grosses entreprises privées du secteur pétrolier et gazier, avec ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et ConocoPhillips<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. En Belgique, Total est le premier distributeur du pays, notamment grâce à son rachat de Petrofina en 1999.</p>



<p>Dans les années 70, Total, bien que déjà très conscient des impacts de ses activités sur le réchauffement climatique, décide de créer le doute quant à l’origine de ce réchauffement, dans le but de ralentir les politiques climatiques qui pourraient être prises aux dépens de ses activités<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>.</p>



<p>Depuis, Total prétend se verdir, mais sa transition – bien qu’importante &#8211; reste anecdotique et relève surtout du <em>greenwashing</em>. Sur ses investissements, plus de 70% sont toujours consacrés aux énergies fossiles. Un rapport estime que d’ici à 2030, le pétrole et le gaz représenteront encore 80% du mix énergétique produit par Total&nbsp;: une transition bien trop lente au regard des enjeux et des conséquences déjà bien réelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>De plus, Total est également bien connu pour de nombreuses violations des droits humains dans différents pays, notamment au Yémen.</p>



<p>Plus qu’une compensation financière, c’est un appel à plus d’égalité qui se joue ici. Pour l’année 2024, Total déclare des bénéfices nets de 15,2 milliards d’euros et les dividendes reversés aux actionnaires dépassent les 13 milliards<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. Pourtant, ces bénéfices se font au détriment de la société&nbsp;: <strong>quand Total produit pour s’enrichir, notre santé, notre environnement, notre agriculture, nos villes se dégradent et en paient le prix fort.</strong> Le changement climatique est doublement lié aux inégalités&nbsp;: nous sommes inégaux dans notre exposition aux changements climatiques et inégaux dans notre capacité à y répondre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quels sont les objectifs visés par la plainte&nbsp;?</h2>



<p>Hugues Falys attaque TotalEnergies sur la base d’un article du Code civil belge qui oblige une personne ou une entreprise qui aurait commis une faute à réparer les dommages engendrés. Il doit donc prouver trois éléments&nbsp;: 1) que TotalEnergies est en faute, 2) que le fermier a subi des dommages et 3) que la faute de Total est en lien avec ces dommages. Il espère, par cette action, <strong>obtenir une reconnaissance des dégâts et des impacts colossaux que le dérèglement climatique a sur sa ferme</strong>.</p>



<p><strong>Il espère également que cela poussera TotalEnergies à enfin proposer un plan de transition crédible</strong> vers une énergie durable. Car l’entreprise continue d’investir dans de nouveaux projets d’énergies fossiles et cela doit cesser.&nbsp;</p>



<p>Enfin, il souhaite <strong>que les entreprises</strong> qui affectent ainsi la vie de milliers de personnes<strong> soient reconnues responsables de leurs actions et de leurs conséquences néfastes.</strong> Ces multinationales violent les droits humains et détruisent l’environnement en toute impunité.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Si Hugues Falys sort vainqueur de ce procès, il s&rsquo;engage à reverser l’intégralité du montant de réparation à l’association <em>Farm for Good</em>, un réseau de fermes qui facilite la transition vers l’agroécologie et des pratiques agricoles plus durables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Utiliser la justice, ça marche&nbsp;?</h2>



<p>Il est devenu de plus en plus courant, ces dernières années, d’utiliser la justice pour des affaires liées au climat. En juillet dernier, un jugement historique de la Cour internationale de Justice affirmait que «<em>&nbsp;les États ont l’obligation de prévenir les dommages significatifs à l’environnement et doivent coopérer de bonne foi pour enrayer le changement climatique&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p><strong>Plusieurs États, dont la Belgique et les Pays-Bas, ont déjà été condamnés par leur cour de justice nationale</strong> à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, par des procès appelés respectivement «&nbsp;Klimaatzaak&nbsp;» et «&nbsp;affaire Urgenda&nbsp;».&nbsp; En 2021, aux Pays-Bas, l’entreprise Shell avait également été condamnée et forcée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici à 2030. Shell remporta ensuite l’affaire en appel. Les éléments qui ressortent de ce dossier permettent néanmoins de renforcer la préparation du procès à venir<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au Parlement européen&nbsp;:&nbsp; surdité sélective</h2>



<p>En juin 2023, le Parlement européen votait la directive sur le devoir de vigilance des entreprises. C’était l’aboutissement d’un long parcours législatif et d’une large mobilisation de la société civile qui trouvait son origine dans le drame du Rana Plaza, au Bangladesh, en avril 2013<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>.</p>



<p><strong>En 2025, sous couvert d’une «&nbsp;simplification&nbsp;administrative », la Commission européenne mettait sur la table la loi «&nbsp;Omnibus&nbsp;», qui détricote une série d’avancées sociales et environnementales, dont ce devoir de vigilance des entreprises. </strong>Le Farmer Case met pourtant en lumière l’impérieuse nécessité de la responsabilisation des sociétés, en particulier les plus toxiques pour la planète. C’est indispensable si&nbsp; l’on veut limiter les catastrophes climatiques dans les années qui viennent.</p>



<p>Si certains géants, comme TotalEnergies, se limitent à du <em>greenwashing</em>, d’autres, et non des moindres, sont demandeurs d’une législation européenne qui impose des règles sociales et environnementales. Pour preuve, le 15 septembre 2025, le Forum européen pour l’investissement responsable (Eurosif) et ses alliés dans le financement durable ont relancé leur déclaration en faveur des règles de durabilité, avec 477 signataires (contre 198 le 1er juillet), dont de nombreuses entreprises comme Aldi, EDF, Decathlon, H&amp;M, IKEA, Nestlé, Nokia, l&rsquo;Occitane, Vattenfall. Pas (seulement) par conscience écologique&nbsp;: dans cette déclaration, Eurosif explique que <strong><em>«&nbsp;les entreprises qui appliquent les règles européennes en matière de durabilité sont susceptibles d&rsquo;être plus résilientes, mieux préparées aux défis et opportunités liés à la durabilité, et plus à même de communiquer ces facteurs aux investisseurs et aux autres acteurs financiers.&nbsp;»</em></strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup></p>



<p>Le 23 septembre dernier, lors une table ronde organisée au Parlement européen par l’Institut danois des droits humains et des députés européens, <em>«&nbsp;les entreprises ont insisté sur l&rsquo;importance de s&rsquo;assurer qu&rsquo;elles peuvent exercer leur devoir de diligence tout au long de leur chaîne de valeur (conformément à la proposition initiale et aux principes directeurs des Nations Unies).</em>&nbsp;» Elles ont, comme les entreprises d’Eurosif, souligné <strong>les avantages commerciaux de cette vigilance par rapport aux droits humains et à l’environnement</strong>&nbsp;: <em>«&nbsp;garantir leur compétitivité, attirer des investissements, éviter les poursuites judiciaires, conserver la confiance des consommateurs et protéger leur réputation.&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup></em></p>



<p>Mais les parlementaires favorables à l’assouplissement du devoir de vigilance n’étaient pas là pour entendre ces arguments. Si ces déclarations montrent à la société civile progressiste qu’elle a des alliés, non seulement parmi les politiques, mais aussi dans le monde des entreprises (et non des moindres), elle met aussi en lumière la surdité sélective des politiques partisans de la dérégulation à tout crin – et quel qu’en soit le prix pour l’humanité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment agir&nbsp;?</h2>



<p><strong>Les plaidoiries du Farmer Case ont lieu les 19 et 26 novembre 2025 au tribunal de l’entreprise de Tournai</strong>. Quelle que soit l’issue du procès, il est important de montrer que des citoyen·nes soutiennent l&rsquo;agriculteur et souhaitent la fin de l’impunité des gros pollueurs.</p>



<p><strong>Un formulaire en ligne permet aux citoyen·nes de montrer leur adhésion à la cause défendue par Hugues Falys. Il est disponible sous le lien suivant&nbsp;: </strong><a href="https://www.thefarmercase.be/soutenir-hugues/" rel="nofollow noopener" target="_blank">thefarmercase.be/soutenir-hugues</a></p>



<p>Rappelons que s’il est déjà très tard pour agir contre le bouleversement climatique, il n’est jamais trop tard pour le garder dans des limites supportables. Chaque dixième de degré fait une différence, et <strong>agir au plus vite permettra de limiter les dégâts et de garder une terre viable pour les humains.</strong></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«&nbsp;Evènement climatique extrême, c’est le nom donné à un phénomène météorologique qui se caractérise par son intensité&nbsp;: canicules, cyclones, ouragans, pluies torrentielles, sécheresses, … Le GIEC, dans son rapport de 2012, indique que ces phénomènes vont s’intensifier avec la hausse de la température globale. (<a href="https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/03/IPCC_SREX_FR_web-1.pdf">IPCC_SREX_FR_web-1.pdf</a>)</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir le site <a href="https://www.thefarmercase.be">thefarmercase.be</a>, dont est tirée une partie des informations présentées dans cette analyse</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.un.org/fr/climatechange/science/climate-issues/degrees-matter">1,5 °C&nbsp;: ce que ça signifie et pourquoi c’est important</a> | Nations Unies</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://portailclimat-awac.be/projections?degree=2&amp;indicateur=tmoy&amp;location=R%C3%A9gion%20Wallonne&amp;temporality=year">Portail Climat</a> &#8211; AWAC</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://portailclimat-awac.be/projections?degree=2&amp;indicateur=tmoy&amp;location=R%C3%A9gion%20Wallonne&amp;temporality=year">Portail Climat</a> &#8211; AWAC</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’élevage intensif est un mode d’élevage industriel, où un grand nombre d’animaux sont élevés dans un espace restreint . Au contraire, l&rsquo;élevage extensif privilégie les grands espaces et les ressources locales pour l’alimentation des animaux.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/total-est-il-vraiment-l-un-des-plus-gros-pollueurs-de-la-planete_5375225_4355770.html">Total est-il vraiment l’un des plus gros pollueurs de la planète&nbsp;?</a> &#8211; Le Monde</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.thefarmercase.be/les-parties/#totalenergies">Les Parties</a> &#8211; Thefarmercase.be</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ibid</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.greenpeace.fr/espace-presse/15-2-milliards-deuros-de-benefices-pour-totalenergies-lindecente-lucrativite-des-pollueurs/">15.2 milliards d’euros de bénéfices pour TotalEnergies&nbsp;: l’indécente lucrativité des pollueurs</a> &#8211; Espace Presse Greenpeace France</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://unric.org/fr/climat-avis-historique-de-la-cij-sur-les-obligations-des-etats/">Climat&nbsp;: avis historique de la CIJ sur les obligations des Etats</a> – ONU France</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.thefarmercase.be/faq-3/">FAQ &#8211; Thefarmercase.be</a></div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir notamment <a href="https://entraide.be/publication/analyse2024-05/">Devoir de vigilance des entreprises&nbsp;: la finance hors-la-loi&nbsp;?</a>, par Lora Verheecke, analyse, Entraide et Fraternité, 2024. </div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.eurosif.org/wp-content/uploads/2025/06/Joint-statement-Omnibus.pdf">Joint-statement-Omnibus.pdf</a> &#8211; Eurosif</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.sustainableviews.com/editors-note-policymakers-arent-really-listening-to-business-758f24b4/">Editor’s note: policymakers aren’t really listening to business</a> &#8211; SustainableViews</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Séville 2025 : grande conférence, petits engagements</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-11/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Jul 2025 12:17:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coopération]]></category>
		<category><![CDATA[ONU]]></category>
		<category><![CDATA[Pape]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://entraide.be/?post_type=publication&#038;p=25152</guid>

					<description><![CDATA[Résumé 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays dont le poids du remboursement de la dette entrave les investissements [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column fond-bleu is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Résumé</h2>



<p>3,3 milliards de personnes vivent dans des pays dont le poids du remboursement de la dette entrave les investissements en santé et en éducation.</p>



<p>À la suite du pape François, le pape Léon XIV a réitéré le caractère prioritaire de l’annulation de la dette à l’occasion du Jubilé 2025, et surtout de la prise en compte de la dette écologique « contractée » par les pays du Nord vis-à-vis de ceux du Sud.</p>



<p>À Séville, début juillet, les Nations unies ont organisé leur 4e sommet pour le financement du développement : sans surprise, il n’a pas été traduit par des mesures spectaculaires.</p>



<p>Il faut dire que ce sommet s’est tenu dans un contexte d’importante fragilisation de la Coopération sous le coup des attaques des partis de droite et d’extrême droite, et d’attaques contre le multilatéralisme. Celles-ci ont justifié l’attentisme des pays riches en l’absence des USA de Trump.</p>



<p>Dans le cadre de la crise de la dette des pays du Sud, l’Union européenne a entravé la mise en place d’une convention internationale qui aurait pu permettre des avancées plus que symboliques.</p>



<p>Pour la société civile belge, il est plus que jamais nécessaire de préserver les investissements dans la Coopération, attaqués par les partis populistes, et de maintenir, comme l’engagement en a été pris à Séville, le cap des 0,7% du PIB dédiés à l’aide publique au développement (APD).</p>



<p>Cette difficulté à atteindre ces objectifs contraste avec l’engagement pris par les pays de l’Otan à La Haye d’atteindre les 5% consacrés aux dépenses de défense.</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Pas de recul au Vatican</h2>



<p>En décédant le lendemain de Pâques, le pape François a donné un tour symbolique encore plus fort à son pontificat. Malheureusement pour lui, le pape argentin n’aura pu aller au bout du Jubilé de l’Espérance qu’il avait décrété pour 2025, ni même célébrer le dixième anniversaire de ce qui restera comme le texte le plus emblématique de son&nbsp;règne, l’encyclique Laudato Si’, pierre angulaire de la doctrine sociale de l’Église étendue aux préoccupations climatiques et environnementales.</p>



<p>Reprenant la tradition jubilaire d’annulation des dettes<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>, le Pape François a relancé, dans la bulle d&rsquo;indiction du Jubilé 2025<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, <strong>l&rsquo;appel à l’annulation des dettes pour les pays les plus pauvres, appelant à une nouvelle architecture financière internationale globale qui reconnaisse le crédit écologique dû aux pays en développement</strong>.</p>



<p>Comme évoqué lors d’une analyse précédente<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>, la succession de François promettait d’être le lieu d’un conflit géopolitique et idéologique à l’heure d’un raidissement des positions archi-conservatrices dans de nombreux pays. Pourtant, à l’arrivée, il n’en a rien paru : le cardinal américain Francis Prevost est arrivé comme un gage de consensus – entre Nord et Sud, entre modernité et tradition, entre progressisme et conservatisme, entre Curie romaine et sens de la mission au cœur des périphéries. Son choix du patronyme, Léon XIV, l’a immédiatement placé dans le sillage de la doctrine sociale de l’Église : « J’ai choisi de prendre le nom de Léon XIV principalement parce que le pape Léon XIII, dans sa célèbre encyclique Rerum Novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle. De nos jours, l’Église offre à chacun le trésor de son enseignement social en réponse à une nouvelle révolution industrielle et aux évolutions dans le domaine de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail.<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>»</p>



<p>Restait à voir si Léon XIV serait également sur la même longueur d’ondes que François quant à l’écologie et à la dette. Là aussi, il n’a pas fallu longtemps pour être rassuré, même si nombre de vaticanistes considèrent qu’il existe encore un flou autour de sa vision<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. C’est au Brésil<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> qu’il a réservé sa première confirmation sur le sujet. Le 20 mai dernier, dans un message vidéo adressé aux recteurs réunis à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro : <strong>« En préparation de la COP30, vous réfléchirez ensemble à une possible remise de la dette publique et de la dette écologique, proposition que le pape François avait suggérée</strong>. Et en cette année jubilaire, année d&rsquo;espérance, ce message est si important. Je voudrais vous encourager, vous les recteurs d&rsquo;université, dans cette mission que vous avez assumée : être des bâtisseurs de ponts, œuvrant pour la justice écologique, sociale et environnementale. Je vous encourage à continuer à construire des ponts.<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup> »</p>



<p>Dans la foulée, le Dicastère pour le Développement humain intégral a publié une note réaffirmant le lien entre dette financière et dette écologique et « appelant à une nouvelle architecture financière internationale globale qui reconnaisse le crédit écologique dû aux pays en développement<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Qu’est-ce que la dette écologique ?</h2>



<p>Le Dicastère («&nbsp;ministère&nbsp;» au Vatican) pour le Développement humain intégral résume assez bien l’enjeu dans la note&nbsp;citée ci-dessus : «&nbsp;La crise de la dette qui touche aujourd&rsquo;hui la plupart des pays en développement trouve son origine dans l&rsquo;héritage du colonialisme. Après avoir accédé à l&rsquo;indépendance au cours du XX<sup>e</sup> siècle, de nombreux États se sont retrouvés confrontés à d&rsquo;anciennes dettes et ont dû recourir à de nouveaux emprunts pour garantir les services essentiels et les infrastructures de base. Cette situation a engendré une dépendance chronique à l&rsquo;égard des grandes institutions financières internationales, alimentant ce que l&rsquo;on appelle le piège de la dette : un cercle vicieux dans lequel le remboursement des intérêts draine des ressources publiques vitales, au détriment du financement des services de base tels que la santé et l&rsquo;éducation, entravant toute possibilité réelle de développement autonome.</p>



<p>Parallèlement, une ’dette écologique’ complexe et difficile à quantifier s&rsquo;est accumulée. Les responsabilités des États dans le réchauffement climatique sont différentes, notamment en ce qui concerne leurs émissions historiques, qui varient considérablement d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre et d&rsquo;un groupe de pays à l&rsquo;autre. <strong>Près de 80% des émissions historiques cumulées dues aux combustibles fossiles et au changement d&rsquo;affectation des sols proviennent des pays du G20</strong>, les contributions les plus importantes étant celles de la Chine, des États-Unis d&rsquo;Amérique et de l&rsquo;Union européenne, tandis que les pays les moins industrialisés ont contribué à hauteur de 4%.&nbsp;»</p>



<p><em>«&nbsp;Il y a, en effet, une vraie “ dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays&nbsp;» (Laudato Si’, 51).</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Objectif « ambitieux » depuis… 55 ans</h2>



<p>Hasard du calendrier&nbsp;: c’est alors que le financement de l’APD (Aide publique au développement) est fortement remis en question par les leaders populistes (aux États-Unis certes mais, aussi en France à hauteur de 33% et chez nous avec l’annonce par le gouvernement belge de 25% d’économies dans la Coopération au développement, représentant une coupe de 106 millions d’euros dès 2025), que s’est tenu à Séville (30 juin-3 juillet), le sommet dit FfD4, soit la 4<sup>e</sup> Conférence internationale pour le financement du développement, organisée par les Nations unies.</p>



<p>À tort probablement quand on connaît la lourdeur de ces conférences onusiennes, nombre d’acteurs de la société civile avaient mis beaucoup d’espoir dans cet événement vu la gravité de la crise de la dette souveraine et celle des attaques contre la coopération. Cette réunion s’est en effet tenue sans illusion, d’autant plus que les États-Unis en étaient absents&nbsp;: l’administration Trump ne participe plus aux efforts mondiaux en faveur du développement et, puisque dirigée par des complotistes de la santé, s’est même retirée du Fonds international de soutien à la vaccination (GAVI).</p>



<p>La prix Nobel d’économie Esther Duflo, présidente du Fonds (français) d’innovation pour le développement, avait pourtant préfacé le sommet d’un vibrant rappel : « Au moment où la tentation est forte, en Europe comme ailleurs, de jeter l’éponge sur notre responsabilité collective, <strong>il est plus que jamais nécessaire de rappeler l’importance d’une solidarité internationale qui conjugue dignité, ambition et efficacité</strong>.  (…) Écartons tout d’abord une première idée fausse : les pays les plus pauvres ne sont pas des puits sans fond où tout effort est voué à l’échec. Au contraire, à une époque où les progrès sociaux dans les pays riches stagnent, où l’espérance de vie a même baissé certaines années aux Etats-Unis, les progrès accomplis en trente ans dans les pays les plus pauvres ont été considérables. (…) Seconde idée fausse à laquelle il faut tordre le cou : l’aide au développement n’est pas un gaspillage d’argent public. Ses montants sont bien moins élevés que le pensent généralement les citoyens des pays à hauts revenus (il a pu être prétendu aux États-Unis que l’aide internationale représentait 20 % du budget américain en 2024, alors qu’elle en constituait moins de 1%). Et, bien qu’une évaluation globale de l’aide soit impossible, tant ses objectifs et ses instruments sont divers, certains succès justifient d’eux-mêmes l’ensemble de l’effort : GAVI, par exemple, a sauvé au moins 1,5 million de vies.<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup> »</p>



<p><strong>Le FfD4 a malheureusement connu le sort de la plupart des grandes conférences internationales : médiatiquement comme politiquement, l’effet est quasi nul.</strong> Officiellement, l’« Engagement de Séville »<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup> est présenté comme un « compromis ambitieux » et « une rare opportunité de démontrer que le multilatéralisme peut produire des résultats concrets »<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. Ce qui, en langage diplomatique, veut dire qu’absolument aucune avancée n’a été enregistrée ! Pour preuve, la déclaration réaffirme l’engagement des pays de dépenser 0,7% de leur produit intérieur brut (PIB) en APD.  « Réaffirmer » en langage ONU, cela veut dire cyniquement : « On sait que c’est un objectif peu ambitieux mais que personne ne respecte depuis si longtemps et que l’on peut sans frais affirmer vouloir atteindre. »</p>



<p>Dans l’UE, pour rappel, seuls quelques pays (Luxembourg, Suède, Danemark) respectent cet objectif ; la Belgique a vu sa part de PIB passer en 2024 de 0,44% à 0,48%<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup> (0,33% de moyenne mondiale). « Pour rappel, cet engagement des pays dits ‘économiquement avancés’ date du 24 octobre 1970. À l’époque, la date butoir pour respecter cette résolution adoptée à l’ONU était 1975. Cinquante ans plus tard, cet engagement continue à être réitéré à différentes échelles, sans être atteint, du moins par la Belgique et au niveau international.<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>» Opposons aussi ces 0,7% aux 3,5% (voire 5% en 2035 à l’insistance de Donald Trump) que les membres de l’Otan ont promis de consacrer aux dépenses de défense lors du sommet de l’alliance à La Haye, quelques jours avant celui de Séville<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pis-aller pour la dette</h2>



<p>Comme toujours, <strong>la question de la dette constitue un angle mort des politiques de développement.</strong> Si tant est que les politiques de développement ne constituent pas déjà elles-mêmes des angles morts des politiques nationales… Pourtant, en amont du sommet, à l’initiative de la Fight Inequality Alliance (FIA), une centaine de villes du Sud avaient accueilli des manifestations appelant « à annuler la dette, taxer les ultra-riches, et refondre les systèmes financiers mondiaux qui perpétuent la pauvreté et les inégalités, en particulier dans le Sud global.<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup> »</p>



<p>«&nbsp;Les gens se mobilisent car le système actuel ne répond pas à leurs besoins, il les oblige à choisir entre survie et dignité&nbsp;», a déclaré&nbsp;Jenny Ricks, la secrétaire générale de la Fight Inequality Alliance. «&nbsp;Alors que les décideurs mondiaux se réunissent dans des conférences et font des déclarations depuis le confort de salles climatisées, les populations dans des pays comme le Sri Lanka, le Pakistan et la Zambie sont obligées de vivre écrasées sous le poids de la dette et du désespoir. Leur patience est à bout car leurs vies sont en jeu.&nbsp;»</p>



<p>Les déclarations de bonnes intentions n’ont évidemment pas manqué avant Séville : dans un touchant unanimisme, Antonio Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ont annoncé à la tribune andalouse « une trajectoire de développement qui associe davantage et mieux le secteur privé, et qui constitue la base d&rsquo;une optimisation des mécanismes de lutte contre le problème de la dette. Une feuille de route qui préconise, en somme, une architecture internationale du financement plus juste, plus inclusive et mieux adaptée aux défis actuels.<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. »</p>



<p><strong>Pourtant, c’est bien « l’Union européenne (qui) a bloqué des réformes prometteuses, dont une convention internationale sur la dette, afin de protéger les créanciers au détriment des pays en développement</strong>, laissant la crise de la dette s’aggraver dans de nombreux pays à faible revenu, et posant un risque sur la stabilité mondiale.<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> » L’Union africaine et les petits États insulaires avaient rêvé d’une convention onusienne permettant de mettre en place un mécanisme multilatéral de résolution des dettes souveraines mais, même cela aura été impossible, le document final ne faisant qu’évoquer ce processus de manière vague et non contraignante. Élise Kervyn, coordinatrice de la recherche au CNCD-11.11.11, présente à Séville, raconte cet épisode incroyable : « Dès le deuxième jour, la sécurité a confisqué éventails, autocollants et prospectus arborant des slogans en faveur d’une convention sur la dette.<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>»</p>



<h2 class="wp-block-heading">« L’échec des ODD »</h2>



<p>Quatre milliardaires africains &#8211; dont deux sont des Sud-Africains blancs : Johan Ruppert (Richemont, luxe) et Nicky Oppenheimer (De Beers, diamant), compte non tenu d’Elon Musk – sont plus riches que la moitié (750 millions de personnes) du continent africain<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. C’est un des chiffres chocs publiés par Oxfam International à l’occasion du sommet pour le financement de la coopération<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>. Elle montre que plus de 3,7 milliards de personnes vivent dans la pauvreté, alors que les 1% les plus riches ont augmenté leur richesse d’au moins 28 900 milliards d’euros depuis 2015, ce qui suffirait à mettre fin 22 fois à la pauvreté chaque année. Les milliardaires ont gagné à eux seuls 5,5 milliards d’euros en termes réels — plus que le coût annuel estimé de 3,4 milliards d’euros pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Cela signifie que la stratégie des ODD, établie il y a 10 ans lors du FfD3 à Addis Abeba, est « un échec », estime Oxfam.</p>



<p>Et <strong>pendant que les pays riches se hâtent de ne rien faire, la crise de la dette reste une tueuse silencieuse</strong>. Plus des deux tiers des pays à faible revenu sont aujourd’hui en situation de surendettement, ou à haut risque de le devenir. En parallèle,&nbsp;plus de 3,4 milliards de personnes – soit près de la moitié de l’humanité – vivent dans des pays qui consacrent davantage de ressources au service de leur dette qu’à la santé ou à l’éducation. Un chiffre en&nbsp;augmentation de 100 millions en un an seulement<strong>. «&nbsp;En Zambie, le fardeau du remboursement de la dette a pour traduction directe une réalité épouvantable : les hôpitaux se retrouvent sans médicaments essentiels, et les écoles sont privées d’enseignants</strong>. Le coût de la vie en hausse signifie que de plus en plus de familles ne peuvent même pas se permettre trois repas par jour. Une annulation intégrale de la dette et une pleine transparence concernant les obligations financières de notre pays et leurs conditions constituent une nécessité urgente. Actuellement, <strong>les citoyens ordinaires payent le prix dévastateur d’accords auxquels ils n’ont jamais consenti</strong> », affirme, par exemple, Mputa Ngalande, coordinateur national de la Fight Inequality Alliance en Zambie<strong>.</strong></p>



<p>Selon la secrétaire générale de la CNUCED (ONU Commerce et développement), Rebeca Grynspan, « en 2023, les paiements liés au service de la dette ont atteint 921 milliards de dollars dans les pays en développement, contre 847 milliards l’année précédente », une envolée attribuée en grande partie à la flambée des taux d’intérêt sur les marchés mondiaux. <strong>En une décennie, le coût du service de la dette a pratiquement doublé</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup><strong>.</strong></p>



<p><strong>L’&nbsp;«&nbsp;Engagement de Séville&nbsp;» est donc une suite de réaffirmations et de demandes qui n’engagent pas à grand-chose</strong>, en tout cas sur le plan financier&nbsp;: un groupe de travail ONU-FMI-Banque mondiale, un registre mondial des données, des clauses permettant la suspension des remboursements en cas de catastrophes climatiques… Et plus globalement, ce qui est très méritoire mais ne fait que renforcer l’impression d’impuissance&nbsp;: une réaffirmation de l’importance du multilatéralisme à l’heure… où il vole en éclats. «&nbsp;Nous ne pouvons pas nous permettre de voir la coopération multilatérale s’étioler. Aucun État n’a les moyens de faire face seul aux problèmes mondiaux. Pour les traiter, nous réaffirmons notre engagement constant et fort en faveur du multilatéralisme, de la coopération internationale et d’une solidarité mondiale reposant sur le respect mutuel et l’action collective. »</p>



<p>Au fond, en l’espèce, <strong>l’invocation du multilatéralisme à une heure où il est fort menacé permet surtout de justifier l’absence d’action</strong>. Toutefois, et ce sont évidemment eux qui sont mis en évidence par l’ONU<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>, certains responsables de pays du Sud préfèrent voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Le Kényan Ruto parle d’« avancées pour faire de la dette un instrument de développement plutôt qu’un piège », l’Irakien Rashid de « bonne base » et l’Angolais Lourenço loue la création de clauses automatiques de suspension du service de la dette en cas de chocs extérieurs. Bref, rien ou presque&#8230;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un mécanisme espagnol innovant</h2>



<p>L’Espagne, comme pays hôte, a fait un pas de plus en optant pour un mécanisme innovant. On pourrait penser au fameux et controversé « échange dette contre nature »<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>. Mais cela va plus loin : <strong>l’Espagne va effectivement convertir annuellement 60 millions d’euros de dette des pays du Sud en investissements dans des domaines clés comme l’éducation, la santé, la transition énergétique ou l’adaptation au changement climatique</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion : ne pas se décourager</h2>



<p>Malgré les mesures hostiles à la solidarité internationale qui sont prises actuellement et alors que pas moins de 60% des pays à faible revenu sont surendettés ou en situation de risque élevé de surendettement<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup>, il n’est sûrement pas temps de réduire la voilure. La première revendication en direction des autorités belges consiste à maintenir le cap des 0,7% du PIB dédiés à l’APD et non de réduire cet objectif à la baisse : ces 0,7% sont anecdotiques par rapport aux 5% affichés en faveur de la défense à La Haye. Or, si ces derniers, dans le climat provoqué par l’agression russe sur l’Ukraine, sont présentés sur le ton <em>« si vis pacem para bellum »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>, <strong>la coopération au développement, en participant au financement de la santé, l’éducation, l’alimentation dans les pays du Sud, contribue, elle aussi, à la paix et à la stabilité mondiales.</strong></p>



<p>Tout récemment, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, tout à sa dérive illibérale, a cru bon de de ressortir son vieux couplet sur le sujet. Malgré le dérisoire 0,48% de PIB dédié à la Coopération, il a asséné : « On doit aller plus loin dans la réduction des dépenses en Coopération au développement, par exemple. Soit on supprime tout, soit on dit qu&rsquo;on ne peut plus dépenser un euro en Coopération si cet euro ne revient pas à une entreprise belge.<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>. » Cette fois, ce n’est rien moins que le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Maxime Prévot (Les Engagés), qui est monté au créneau : « Si le propos n’était pas aussi ahurissant on pourrait presque y porter intérêt… Il est hors de question d’aller plus loin dans les économies dans le budget de la Coopération et de l’asphyxier. La coopération internationale, comme pour toutes les démocraties du monde qui la pratiquent (seul Trump l’a aussi rayée de la carte), est un élément de la politique de relations extérieures d’un pays, c’est un outil de solidarité internationale qui permet de défendre des valeurs, de prévenir des conflits, de favoriser la stabilité dans des zones difficiles.<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>»</p>



<p><strong>Il ne faut pas réduire les ambitions en termes de solidarité sur l’autel des politiques de droite. Deux demandes doivent ainsi rester d’actualité plus que jamais&nbsp;dans le domaine de la dette</strong> :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>L’annulation inconditionnelle des dettes insoutenables</strong>&nbsp;pour permettre aux gouvernements de garantir les droits humains, de lutter contre le changement climatique, la crise de la biodiversité et d’assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, pour tous les pays qui en font la demande&nbsp;;</li>



<li><strong>La création, manquée à Séville, d’une&nbsp;convention cadre internationale sur la dette souveraine</strong>&nbsp;qui aborde les transformations et réformes nécessaires dans l’architecture de la dette mondiale pour la&nbsp;prévention et la résolution des crises de la dette&nbsp;pour mettre en place un mécanisme multilatéral équitable, global et transparent, sous l’égide des Nations unies.</li>
</ul>



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<div class="wp-block-column fond-bleu is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Une pétition pour le Jubilé </h2>



<p>Pour la société civile, y compris les associations extérieures au monde chrétien, <strong>le Jubilé</strong>, doublé du 10<sup>e</sup> anniversaire de Laudato Si’&nbsp; en mai 2025, <strong>apparaît comme une occasion de remettre les enjeux liés à la dette du Sud au centre de l’attention.</strong> Menée à l’échelle mondiale par Caritas Internationalis, la campagne « Transformer la dette en espoir »23 est relayée en Belgique francophone par Entraide et Fraternité. Destinée aux décideurs mondiaux comme belges, une pétition peut être signée sur le site <a href="http://www.annulerladette.be" rel="nofollow noopener" target="_blank">annulerladette.be</a>.&nbsp;&nbsp; Que demande cette pétition<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup> ?</p>



<ol class="wp-block-list">
<li><strong>de mettre fin à la crise de la dette</strong> maintenant en annulant les dettes injustes et insoutenables, sans conditions de politique économique ;&nbsp; </li>



<li><strong>d’empêcher que les crises de la dette se reproduisent</strong> en s&rsquo;attaquant à leurs causes profondes, en réformant le système financier mondial pour donner la priorité aux personnes et à la planète ;&nbsp; </li>



<li><strong>d’établir un cadre permanent</strong>, transparent, contraignant et global de la dette au sein des Nations unies.&nbsp;</li>
</ol>
</div>
</div>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;voir notamment Jean-Claude Brau et Jean-François Lauwens <a href="https://entraide.be/publication/analyse2025-5/">« Jubilé 2025 – en finir avec la dette ? »</a>, analyse, Entraide et Fraternité, 2025.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.vatican.va/content/francesco/fr/bulls/documents/20240509_spes-non-confundit_bolla-giubileo2025.html">Spes non confundit</a>, Bulle d’indiction du Jubilé 2025, 9 mai 2024</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean-François Lauwens, <a href="https://entraide.be/publication/analyse2025-10/">« François, pape de gauche ? Contresens ou évidence »</a>, analyse Entraide et Fraternité, mai 2025</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Myriam Sandouno, <a href="https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-05/pape-leon-xiv-discours-college-cardinalice.html">« Pape Léon XIV : l’Église offre à tous l’héritage de la doctrine sociale »</a>, Vatican News, 10 mai 2025</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sarah Beleouzzane, « Léon XIV revient à un style de papauté plus traditionnel sans se dévoiler : <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/07/06/avec-leon-xiv-le-retour-vers-un-style-de-papaute-plus-traditionnel_6619190_3210.html?search-type=classic&amp;ise_click_rank=1">« A ce stade, personne ne connaît vraiment sa vision »</a>, Le Monde, 6 juillet 2025</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Symbole important quand on sait que la COP30 se tiendra en novembre 2025 à Belém en Amazonie et que le pape François a signé l’exhortation apostolique Querida Amazonia.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.vatican.va/content/leo-xiv/en/messages/pont-messages/2025/documents/20250520-videomessaggio-universita-rio.html">Message vidéo du pape Léon XIV à l’occasion de la rencontre des universités à Rio de Janeiro</a>, 20 mai 2025</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.humandevelopment.va/content/dam/sviluppoumano/news/2025-news/06-giugno/debito-ecologico/FR_Nota-tematica_debito-ecologico.pdf">« Jubilé 2025 : annulation de la dette écologique »</a>, Dicastère pour le Développement humain intégrale, 24 juin 2025</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Esther Duflo, <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/30/esther-duflo-prix-nobel-d-economie-l-aide-au-developpement-n-est-pas-un-gaspillage-d-argent-public_6616624_3232.html?search-type=classic&amp;ise_click_rank=1">« L’aide au développement n’est pas un gaspillage d’argent public »</a>, Le Monde, 30 juin 2025</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://docs.un.org/fr/A/CONF.227/2025/L.1">« Engagement de Séville »</a>, 4e Conférence internationale sur le financement du développement, Séville, 30 juin-3 juillet 2025</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://news.un.org/fr/story/2025/06/1156881">« Séville : un futur accord sur le financement du développement, sans les États-Unis »</a>, ONU Info, 28 juin 2025</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Antoinette Van Haute, <a href="https://www.cncd.be/L-aide-belge-au-developpement-9019">« L’aide belge au développement augmente en 2024, contrairement à la tendance internationale »</a>, CNCD-11.11.11, 24 avril 2025</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.cncd.be/Aide-au-developpement-a-Seville">« Aide au développement à Séville : entre réaffirmation des engagements et menaces de réductions budgétaires »</a>, CNCD-11.11.11, 30 juin 2025</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Belga, <a href="https://www.rtbf.be/article/sommet-de-l-otan-a-la-haye-les-pays-de-l-otan-ont-un-accord-de-principe-sur-le-seuil-de-5-du-pib-pour-la-defense-11565771">« Sommet de l’OTAN à La Haye : les pays membres ont un accord de principe sur le seuil de 5% du PIB pour la Défense, l’Espagne ne s’y tiendra pas »</a>, RTBF, 22 juin 2025</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.fightinequality.org/news/ffd4-fr">« Des milliers de personnes se mobilisent dans 84 villes dans le monde pour tracer une ligne rouge face au règne des milliardaires et démanteler le système établi pour servir les 1% les plus riches »</a>, Fight Inequality, 30 juin 2025</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2025/06/30/speech-by-president-antonio-costa-at-the-plenary-session-of-the-fourth-international-conference-on-financing-for-development-ffd4-in-seville-spain/">« Discours du président António Costa lors de la session plénière de la 4e conférence internationale sur le financement du développement (FfD4) à Séville »</a>, Conseil européen, 30 juin 2025</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.cncd.be/Dette-souveraine-douche-froide-a">« Dette souveraine : douche froide à Séville »</a>, CNCD-11.11.11, 30 juin 2025</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Élise Kervyn, <a href="https://www.cncd.be/Seville-ou-la-chronique-d-un">« Séville ou la chronique d’un rendez-vous manqué »</a>, CNCD-11.11.11, 8 juillet 2025</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;AFP, <a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/07/10/en-afrique-quatre-milliardaires-sont-plus-riches-que-la-moitie-du-continent-selon-oxfam_6620418_3212.html">« En Afrique, quatre milliardaires sont plus riches que la moitié du continent, selon Oxfam »</a>, Le Monde, 10 juillet 2025</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://oi-files-d8-prod.s3.eu-west-2.amazonaws.com/s3fs-public/2025-06/Brief%20-%20From%20Private%20Profit%20to%20Public%20Power%20EN.pdf">« From private profit to public power : financing development, not oligarchy »</a>, Oxfam International, 26 juin 2025</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://news.un.org/fr/story/2025/06/1156876">« Financer le développement : un plan pour sortir de la crise de la dette »</a>, ONU Info, 27 juin 2025</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://press.un.org/fr/2025/dev3464.doc.htm">« Au nom de la justice et de l’empathie, l’Engagement de Séville est adopté lors de la première journée de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement »</a>, Nations Unies, 30 juin 2025</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire nos deux analyses sur la dette écologique et la formule du swap dette/nature :  <a href="https://entraide.be/publication/analyse2024-10/">« Échange dette-nature 2.0,une solution en trompe-l’œil »</a> et <a href="https://entraide.be/publication/analyse2025-5/">« Jubilé 2025 – en finir avec la dette ? »</a></div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Maghreb Arabe Presse, <a href="https://www.mapexpress.ma/actualite/monde/ffd4-lespagne-annonce-mecanisme-reinvestissement-dette-au-profit-du-developpement/">« FFD4 : l’Espagne annonce un mécanisme de réinvestissement de la dette au profit du développement »</a>, 1er juillet 2025</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur le cas précis de l’Afrique, on conseillera : Arnaud Zacharie, <a href="https://www.cncd.be/Sortir-de-l-etau-de-la-dette">« Sortir de l’étau de la dette africaine »</a>, CNCD-11.11.11, 26 juin 2025</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Si tu veux la paix, prépare la guerre », expression latine attribuée à Végèce.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Frédéric Chardon, « Georges-Louis Bouchez : <a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2025/07/12/georges-louis-bouchez-la-belgique-a-besoin-dune-margaret-thatcher-plutot-que-de-comiques-qui-promettent-de-largent-magique-3JUWGZCFQBDSHLRNFLYSS5K2EI/">« La Belgique a besoin d&rsquo;une Margaret Thatcher plutôt que de comiques qui promettent de l&rsquo;argent magique »</a>, La Libre, 12 juillet 2025</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Thomas Gadisseux, <a href="https://www.rtbf.be/article/georges-louis-bouchez-evoque-la-suppression-du-budget-de-la-cooperation-ahurissant-selon-maxime-prevot-11575449">« Georges-Louis Bouchez évoque la suppression du budget de la Coopération, « ahurissant » selon Maxime Prévot »</a>, RTBF, 12 juillet 2025</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette initiative a reçu, en mai dernier, le soutien des évêques de Belgique, qui ont appelé à signer ladite pétition. Site www.annulerladette.be</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>François, pape de gauche : contresens ou évidence ?</title>
		<link>https://entraide.be/publication/analyse2025-10/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[romain stagiaire 2025]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 10:45:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[climat]]></category>
		<category><![CDATA[écologie intégral]]></category>
		<category><![CDATA[extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[migration]]></category>
		<category><![CDATA[Pape]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://entraide.be/?post_type=publication&#038;p=24847</guid>

					<description><![CDATA[Le décès du pape François le lundi de Pâques 2025, après 12 ans de pontificat, a été l’occasion d’une série d’hommages inhabituels]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Résumé</strong></h2>



<div class="wp-block-group fond-bleu"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<p>Le décès du pape François le lundi de Pâques 2025, après 12 ans de pontificat, a été l’occasion d’une série d’hommages inhabituels : c’est en effet la gauche qui a salué son œuvre avec le plus de sincérité, gênant aux entournures des dirigeants de droite et d’extrême droite qui, bien que s’affirmant chrétiens, montraient mal leur désapprobation quant à la ligne suivie par Jorge Bergoglio.</p>



<p>Ces dernières décennies, peu de papes auront laissé une telle trace malgré le caractère inachevé de son pontificat. Si l’Église n’a pas évolué dans ses structures internes (et notamment vis-à-vis des femmes), François a remis au goût du jour une approche prophétique de la justice sociale. Avec l’écologie intégrale, il a surtout lié les enjeux sociaux aux défis climatiques et environnementaux.</p>



<p>À cela s’est ajoutée une dimension particulièrement embarrassante pour les leaders populistes du moment : son discours empathique en faveur des migrant.es.</p>



<p>Pour toutes ces raisons, François a pu être présenté comme un « pape de gauche ». Mais ne faudrait-il pas plutôt se demander si c’est lui qui était de gauche ou si c’est le monde – et une partie du catholicisme il est vrai – qui ont basculé à la droite de la droite ? Cette frange ne risque-t-elle pas de vouloir inverser la tendance lors du prochain pontificat ?</p>
</div></div>



<p><em>«&nbsp;L’Église saura-t-elle rester en phase avec son temps&nbsp;?&nbsp;», </em>se demandait le dessinateur humoristique suisse Chapatte au lendemain de la mort du pape François<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Dans son dessin, il croquait trois cardinaux en affaire au moment d’entrer en conclave&nbsp;:&nbsp;</p>



<p><em>«&nbsp;&#8211; À présent, il nous faudrait un pape des riches…</em></p>



<p><em>&#8211; Climatosceptique&nbsp;!</em></p>



<p><em>&nbsp;– Antidémocrate&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<p>Au-delà du trait d’humour, ceci montre deux choses&nbsp;: d’abord que le Pape récemment disparu était bel et bien porteur de l’image inverse de celle décrite ici, celle d’un «&nbsp;pape des pauvres&nbsp;», sensible aux questions d’environnement et à l’écoute des préoccupations&nbsp;des plus défavorisé.es ; ensuite <strong>qu’il existe une volonté des tenants de la pensée réactionnaire et illibérale, si populaire de nos jours, de faire main basse sur un trône de Pierre qui serait devenu le lieu d’une dérive par trop progressiste à leurs yeux</strong>. On a cru rêver mais on a bien entendu Philippe de Villiers, politique français d’extrême droite catholique et royaliste, cataloguer François de <em>«&nbsp;pape woke&nbsp;»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup><br><em>.</em></p>



<p class="fond-bleu"><strong>Léon XIV, pape américain anti-Trump ?</strong> L’avant-veille du décès de François, <em>Le Monde</em> titrait en une à l’occasion de la venue, pour Pâques, du vice-président américain J.D. Vance <em>« Le choc de deux catholicismes ». </em>Dernière personnalité politique à avoir rencontré le pape argentin, Vance, converti au catholicisme en 2019, est<em>« associé à un courant dit post-libéral du catholicisme, qui va plus loin que les courants réactionnaires ou conservateurs traditionnels, puissants au sein de l’Église américaine. Pour les post-libéraux, à défaut de dominer le pouvoir politique, l’Église doit inspirer l’État et lui servir de modèle, justifiant par là un tournant autoritaire et illibéral</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. <em>»</em>  <br><br> Pourquoi s’y attarder ici ? Parce que cette visite déborde le cadre d’une visite d’État. Quelques semaines plus tôt, le vice-président de Trump était venu à la Conférence sur la sécurité de Munich dire tout le mal qu’il pensait des démocraties européennes, de leur respect de l’État de droit et de leur façon de combattre l’extrême droite, les <em>fake news</em> et les complotismes. Ultrareligieux, il rêve d’imposer sa vision réactionnaire à Rome, par exemple à la faveur de l’élection d’un nouveau pape : <em>« Ce courant post-libéral relève encore de la niche au sein d’un catholicisme américain dominé par des tendances conservatrices plus traditionnelles. Certes, les évêques américains, même les plus conservateurs, se sont opposés à l’administration Trump sur le sujet de l’immigration, jusqu’à voir certains de leurs financements coupés. Il n’empêche, tous se retrouvent dans leur contestation des politiques d’ouverture du pape François (bénédiction des couples homosexuels, place plus importante des femmes dans l’Eglise)</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. <em>»</em>  <br>  <br><br>Preuve que cette préoccupation n’était pas anecdotique, le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>, Andrea Riccardi, est sorti de sa réserve pour dire son inquiétude face à la succession de François, notamment au vu de la nouvelle donne américaine : <strong><em>« François, du point de vue culturel, moral, religieux, était l’anti-Trump. Son catholicisme était celui des pauvres. La vision du vice-président Vance et des néo-pentecôtistes qui soutiennent le président des États-Unis est celle d’une religion capitaliste, fondée sur l’égocentrisme et le nationalisme.</em></strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup><strong><em>»</em></strong> <em> </em> <br><br>Un récent document montre particulièrement le caractère politique du pontificat de François<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>et la façon dont il provoquait l’ire des réactionnaires de tout poil : sa fameuse lettre aux évêques américains<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>dans laquelle il critiquait vertement la politique migratoire de Washington (alors que 56% des catholiques US ont voté Trump<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>). Ces positions tranchées de François avaient été à l’époque été largement partagées par le préfet du Dicastère pour les évêques, Robert Prevost, entre-temps devenu le pape Léon XIV<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. On connaît l’habileté diplomatique de l’Église. Même si les cardinaux électeurs se défendent de toute manœuvre politique, ils ont réalisé cette prouesse : <strong>le <em>« premier États-Unien à la tête du Vatican &#8211; sans aucunement le revendiquer de manière explicite &#8211; affiche un positionnement social aux antipodes de ce que représente la présidence de Donald Trump… le transforme, qu’il le veuille ou non, en une espèce d’anti-Trump</em></strong><em>.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>»</p>



<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;Un repère dans le chaos du monde actuel&nbsp;»</h2>



<p>La disparition du Pape a ainsi eu cet effet contre-intuitif de voir les personnalités politiques les plus conservatrices et/ou visées directement par lui pour leur conduite des affaires (Trump, Meloni, Netanyahu…) ne lui rendre hommage que du bout des lèvres<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>quand, à l’inverse, la gauche la plus historiquement anticléricale et athée qui soit saluait son message social et politique. <em>« Il est perçu par ses détracteurs comme de gauche mais veut surtout annoncer un Évangile pacifique, solidaire et bienveillant au monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En cela, bien que hors de l&rsquo;Église, je considère que <strong>le message du pape François est socialement et politiquement un point de repère dans le chaos du monde actuel</strong> », </em>écrit ainsi Anne Morelli, professeure honoraire au Centre d’études des religions de l’ULB <sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. La gauche française au sens le plus large lui a rendu hommage par les voix très diverses de Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier ou François Hollande. Un constat nettement moins visible en Belgique, sans doute parce que l’image du Pape chez nous a été considérablement ternie par ses propos lors de sa visite de septembre 2024, propos en déphasage complet avec l’avancée de la société belge, sur la place des femmes dans la société et dans l’Église (à l’UCLouvain) et sur l’avortement (dans l’avion du retour : les médecins pratiquant l’IVG présentés comme des <em>« tueurs à gages »</em>, après l’annonce de l’ouverture du processus en béatification du roi Baudouin). <em>« Ces propos ne passent plus dans la toute grande majorité de l&rsquo;opinion publique, y compris auprès de très nombreux catholiques »</em>, a ainsi rappelé alors le rédacteur en chef de <em>La Libre Belgique</em> <sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>On peut évidemment reprocher au pape François d’avoir pris ces positions extrêmement conservatrices alors que, globalement, il est rarement monté en pointe sur ces thématiques dites «&nbsp;morales&nbsp;». Pour poursuivre avec Anne Morelli, on peut considérer qu’il s’agit au fond de positions qui n’engagent que ceux et celles qui souhaitent s’y soumettre et ne peuvent aucunement primer sur les lois «&nbsp;humaines&nbsp;». À cet égard, sans doute peut-on aussi regretter de n’avoir pu voir, malgré la fermeté qu’il a affichée en la matière (notamment quant au primat de la Justice), François clore définitivement le dossier des scandales sexuels dans l’Église par des actions judiciaires, des indemnisations et des réformes. Sur ces sujets, comme sur les questions de genre au sens large mais aussi la gestion financière du Vatican, faire bouger la Curie romaine, souvent prise en ennemie par François, se serait révélé miraculeux. <strong>Il existe au XXI<sup>e</sup> siècle, encore plus qu’au précédent, un gouffre gigantesque entre les attentes des médias et des commentateurs qui attendent d’un nouveau pape qu’il applique un «&nbsp;programme de campagne&nbsp;» dès son entrée en fonction comme dans une démocratie classique</strong> et le temps de l’Église, régie par une horlogerie savante visant à équilibrer en permanence mouvements vers l’avant et vers l’arrière dans un climat d’éternité.</p>



<p>Ces sujets, pour fondamentaux qu’ils soient, ne sont pas ceux qui nous occupent ici lorsque l’on évoque la dimension universelle de son message. En effet, sur la pauvreté, sur la migration, sur l’environnement, le discours de François n’est pas spécifiquement un discours dédié aux seul·es chrétien·nes. Si chacun·e est totalement libre – dans nos pays évidemment – de faire ce qu’il/elle veut en matière de morale personnelle, <strong>notre rapport à la justice sociale et environnementale implique la totalité des êtres humains et des êtres vivants de la planète. C’est en ce sens que le discours de François est très rapidement apparu universel aux yeux de la gauche sociale et écologiste.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’écologie intégrale, la justice sociale et environnementale</strong></h2>



<p>Voici dix ans juste, le 24 mai 2015, <strong>l’encyclique <em>Laudato Si’</em></strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>a posé les jalons de cette nouvelle vision de l’Église : l’écologie intégrale. <strong>Instantanément, ce texte apparaîtra comme le plus important de la part du Saint-Siège depuis <em>Rerum Novarum</em></strong> (1891, Léon XIII ; base de la doctrine sociale de l’Église et référence du nouveau Souverain pontife, Léon XIV<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>) et <em>Pacem in terris</em> (1963, Jean XXIII ; annonçant Vatican II). Par la suite, l’encyclique <em>Fratelli Tutti</em> <sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> (2020) et l’exhortation apostolique <em>Laudate Deum</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>(2023) viendront renforcer la puissance de ce discours. <em>« Il est évident que ces textes peuvent être lus par chacun et chacune d’entre nous, croyant, athée ou agnostique, chrétien ou non, comme un appel à prendre soin de la planète, de ses écosystèmes et de tous ses habitants, humains et autres qu’humains</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup> <em>», </em>écrivaient les ONG et associations belges d’inspiration chrétienne avant la visite du pape en 2024.</p>



<p>Une règle non écrite veut qu’un pape ne revient pas en arrière par rapport à ce qui a été dit par ses prédécesseurs et qui s’inscrit dès lors dans la doctrine de l’Église. <em>« Dans l&rsquo;Église il y a des manières plus élégantes de bloquer les avancées. On ne dit rien, on ne fait rien si on n&rsquo;est pas d&rsquo;accord avec un projet », </em>dit le vaticaniste Marco Politi <sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>.</p>



<p>En espérant que le successeur de Jorge Bergoglio ne fasse pas exception à la règle, revenons en quelques mots sur les acquis paradigmatiques du pontificat du pape François dans les matières «&nbsp;politiques&nbsp;», ces sujets qui font largement écho aux préoccupations de la société civile bien au-delà des cercles catholiques.</p>



<p>De <em>Laudato Si’</em>, on retient quelques formules fortes : <em>« Tout est lié », « Écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres », « Sauvegarde de notre Maison commune ». </em><strong>S’ajoutant au corpus social de l’Église<em>, Laudato Si’</em> introduit et développe le concept d’écologie intégrale, lui donne autorité et en fait une valeur à promouvoir et à mettre en pratique en vue de la <em>« sauvegarde de notre maison commune »</em></strong> <sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup> . L’écologie intégrale est désormais partie de la doctrine catholique et les institutions du monde catholique sont parmi les plus zélées à prendre des mesures en faveur de la décarbonation par exemple <sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>. Dans un deuxième temps, inquiet notamment de la montée des discours climatosceptiques, François publiera un nouveau texte, <em>Laudate Deum</em>, sur l’urgence climatique <em>(« Je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture »), </em>rappelant notamment que les plus pauvres sont les premières victimes des dérèglements climatiques<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup><br>.</p>



<p>Si l’écologie vue par François est <em>« intégrale »</em>, c’est parce qu’elle <em>« intègre la vie spirituelle, les enjeux de respect de la dignité de toute vie et de toute personne et l’exigence de fraternité et de justice sociale </em><sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup><em>.</em>»  <strong>Le grand message de François est clair : la justice sociale et la justice climatique sont une seule et même exigence.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La critique du capitalisme</strong></h2>



<p>Pour cette raison, et parce qu’il s’est d’emblée placé sous les auspices de François d’Assise, l’ami des pauvres et de la Création<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup>, <strong>Bergoglio s’est forgé une image de « pape anticapitaliste ».</strong> Prophétique au sens littéral du terme, il a dénoncé « <em>la nouvelle idolâtrie de l&rsquo;argent »,</em> un <em>« marché divinisé »</em>, une <em>« économie de l&rsquo;exclusion »</em> et <em>« qui tue »</em> <sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup> . Il pense même, à la grande fureur des tenants de l’ultralibéralisme <sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup> , le capitalisme responsable de la faim dans le monde. Riccardi confie avoir entendu le Pape lui dire en tête-à-tête que <em>« le capitalisme devait s’effondrer comme le Mur de Berlin avant lui. »</em>Il s’en prend également au technicisme : <em>« Supposer que tout problème futur pourra être résolu par de nouvelles interventions techniques est un pragmatisme homicide, comme un effet boule de neige ».</em></p>



<p>Enfin, à l’occasion du Jubilé 2025, qu’il n’aura pu mener à son terme, François, invoquant la <em>« dette écologique »</em> des pays riches par rapport aux pays pauvres, avait mis un point d’honneur à mettre l’annulation de la dette des pays du Sud au centre de ses préoccupations<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>. Autant de sujets qui faisaient de lui un porte-parole pour de nombreux pans d’une gauche traditionnellement peu sensible aux discours religieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La défense des populations indigènes</h2>



<p>Premier pape issu de l’Amérique du sud, François a organisé en octobre 2021 un synode sur l’Amazonie. Publiée à cette occasion, <span><b>l’exhortation apostolique </b><em><b>Querida Amazonia</b></em></span><strong>  </strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup><strong> </strong><span><b>est porteuse de messages très forts. Sur le plan écologique</b></span>, on s’en doute vu l’importance de l’écosystème amazonien pour la planète, <strong>mais également sur le plan social puisqu’il défend le droit des populations autochtones</strong> à cultiver leur mode de vie sans être forcées au déracinement. Soit exactement l’inverse de la vision de populistes comme le Brésilien Bolsonaro ou l’Argentin Milei.</p>



<p>Au-delà de cette évidence, le texte a provoqué l’ire des cardinaux les plus conservateurs parce qu’en se faisant fort de tracer une « voie amazonienne » pour l’Église <sup class="modern-footnotes-footnote ">30</sup>, <strong>François a reconnu à demi-mots que l’Église locale fonctionnait grâce aux femmes </strong>(y compris, peut-on comprendre en filigrane, dans des rôles « cléricaux »), mais sans oser aller jusqu’au bout de la logique qui aurait consisté à reconnaître un rôle officiel (diacres….) pour les femmes et encore moins, alors que le demandaient les évêques des pays de l’Amazonie, qui ouvrirait la prêtrise aux hommes mariés <sup class="modern-footnotes-footnote ">31</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les migrants</h2>



<p><em>« Dans ce monde de la mondialisation, <strong>nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence.</strong> » </em>Cette fameuse formule de François n’est pas uniquement une critique du capitalisme. Elle s’adresse là à la façon dont les autorités (européennes et américaines au premier chef) réagissent aux mouvements migratoires de plus en plus importants vu les nombreuses crises – politiques comme climatiques. On sait que son premier voyage aura été pour les migrants de Lampedusa (2013) &#8211; <strong><em>« Ne permettons pas que la “mare nostrum” ne se transforme en une désolante “mare mortum” »</em></strong><em> &#8211; avant de « récidiver » à Lesbos (2016 et 2021) et Ciudad Juarez (2016)</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">32</sup><em>, comme il a demandé que des sans-abri assistent à sa mise en terre à la Basilique Santa Maria Maggiore, comme il a accueilli des migrants sous les ors du Vatican et travaillé à des couloirs humanitaires avec la Communauté de Sant’Egidio, <strong>François a fait œuvre de boussole morale pour ceux et celles qui refusent le repli sur soi et prônent l’accueil inconditionnel</strong>. </em></p>



<h2 class="wp-block-heading">La reconnaissance de la Palestine</h2>



<p><em>« Nous avons perdu un ami fidèle du peuple palestinien et de ses droits légitimes</em>.<sup class="modern-footnotes-footnote ">33</sup><em> » </em>Ces mots sont ceux de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Alors que de nombreux dirigeants populistes brandissent un catholicisme identitaire (Vance, Orban, Le Pen/Bardella, le Vlaams Belang) pour justifier la politique israélienne au nom de leur islamophobie, alors que d’autres (Trump) flattent l’État hébreu au nom des délires évangéliques <sup class="modern-footnotes-footnote ">34</sup>, <strong>le pape François, lui, ne s’est jamais fourvoyé une seule seconde dans ce dossier. Dans son dernier livre</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">35</sup><strong>, il n’a pas hésité à reprendre l’idée que <em>« d’après certains experts, ce qui se passe à Gaza a les caractéristiques d’un génocide</em></strong> <sup class="modern-footnotes-footnote ">36</sup>. »</p>



<p>Dès 2014, il s’est rendu dans le Territoire palestinien occupé (à Jérusalem-Est et en Cisjordanie). Et, en 2015, avec dix ans d’avance sur l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie, et alors que la France et la Belgique s’interrogent encore sur cette démarche, le Vatican reconnaissait officiellement l’État palestinien<sup class="modern-footnotes-footnote ">37</sup>. Le jour de Pâques encore, la veille de sa mort, François, dans sa bénédiction <em>urbi et orbi</em>, dénonçait la <em>« situation humanitaire dramatique et ignoble » </em>à Gaza.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion&nbsp;: le dernier rempart face au fascisme&nbsp;?</h2>



<p>Du jour de son élection en 2013<sup class="modern-footnotes-footnote ">38</sup> à celui de sa mort<sup class="modern-footnotes-footnote ">39</sup>, le lundi de Pâques 2025, la question n’a cessé d’être posée par la presse : le pape était-il de gauche ?  Cela n’a évidemment pas de sens intrinsèque à partir du moment où la papauté existait 2000 ans avant le clivage gauche-droite.</p>



<p>Plus sérieusement, on dira que François/Bergoglio n’a rien fait qui le place à gauche d’un supposé échiquier politique. Ou plutôt <strong>qu’il n’a rien fait d’autre que donner une lecture de l’Évangile renouant avec ses origines plutôt que rongée par le repli sur soi</strong>. C’est pourquoi, oui, il a considéré que justice sociale et justice climatique et environnementale étaient intimement liées&nbsp;; c’est pourquoi, oui, il a défendu les pauvres, les vulnérables de tous horizons, les migrants, les indigènes et autres peuples victimes des prédateurs&nbsp;; c’est pourquoi, oui, il a vu que l’ultralibéralisme détruisant les hommes comme la nature. Pour toutes ces raisons, il est salué, un peu tard certes, par la frange progressiste de la société.</p>



<p>Toutefois, pour Andrea Riccardi<em>, «&nbsp;il ne faudrait pas se méprendre sur un souverain pontife qui fut loin d’être&nbsp;un progressiste&nbsp;au sens où on l’entend dans le monde séculier, rappelant une sortie homophobe récente malgré d’autres ouvertures aux personnes LGBT+ ainsi que ses propos sur l’avortement</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">40</sup><em>. » </em><strong>Il existe au sein de l’Église une gamme subtile de nuances «&nbsp;progressistes&nbsp;».</strong></p>



<p>Lors de la visite du pape en Belgique en 2024, les associations précitées<sup class="modern-footnotes-footnote ">41</sup> avaient rappelé combien l’engagement social et environnemental portait leurs thématiques. Cela n’a évidemment pas toujours loin, s’en faut, été le cas de la part du Saint-Siège. Elles ont plutôt eu le sentiment d’évoluer aux marges de l’Église. Certaines, comme Entraide et Fraternité, ont été inspirées par la théologie de libération née en Amérique latine et des personnalités comme Gustavo Gutierrez, décédé en 2024<sup class="modern-footnotes-footnote ">42</sup>, ou Dom Helder Camara. Le premier disait : <em>« On ne peut pas être chrétien aujourd’hui sans un engagement de libération. » </em>Le second a prononcé cette fameuse phrase : <em>« Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste. »</em></p>



<p>François étant sud-américain, il était facile d’y voir une explication de son engagement. Encore une fois, rien n’étant simple, <strong>Bergoglio n’a jamais été un tenant de la théologie de la libération</strong>, bien au contraire même. Sans être considéré comme un soutien à la dictature durant ses années argentines, il n’a pas brillé par une critique du régime. <em>« Bergoglio est jésuite, mais d’une école conservatrice et traditionnelle dont la vision sociale est très assistantialiste »</em>, résumait le théologien argentin Panetto lors de son élection<sup class="modern-footnotes-footnote ">43</sup>.</p>



<p>Bergoglio a-t-il changé en devenant François&nbsp;? Rien n’est moins sûr au regard de tout ceci. Certes, François a choisi son nom et ses thèmes de prédilection en fonction de son parcours. Il s’est différencié de ses prédécesseurs, peu intéressé qu’il était par la théologie en chambre de l’Allemand Benoît XVI ou le conservatisme moral (contraception, avortement…) du Polonais Jean Paul II.</p>



<p>Mais peut-on oser une autre analyse&nbsp;? <strong>Si le Pape a semblé marqué à gauche alors que rien ne l’y prédisposait, c’est aussi parce que… le monde a fortement glissé vers la droite durant son pontificat.</strong> Le monde de François n’a plus rien à voir avec celui dans lequel vivait Jean Paul II, considéré comme un des principaux responsables de la chute du Mur de Berlin et de la fin de la Guerre froide. Un monde polarisé certes, mais autrement qu’aujourd’hui. L’Église a-t-elle changé en accordant la priorité aux pauvres et aux vulnérables, en proclamant que la terre souffrait autant que ceux et celles qui y vivent&nbsp;? Ou n’est-ce pas plutôt le monde dans lequel nous vivons qui assiste à la victoire des rhétoriques et des idées réactionnaires, conservatrices et ultralibérales, lesquelles misent sur l’exclusion, la stigmatisation et ne voient la planète que comme une manne infinie de ressources, sourds aux mises en demeure climatiques&nbsp;?</p>



<p>On pourrait alors se demander, comme le philosophe athée espagnol Santiago Alba Rico, si le pape François n’était pas le dernier dirigeant antifasciste avant la catastrophe <sup class="modern-footnotes-footnote ">44</sup>: <em>« La vérité est que l&rsquo;opinion publique a accordé très peu d&rsquo;attention aux douze années de pontificat de François par rapport à celles accordées à Benoît XVI et, surtout, à Jean Paul II. La droite parce qu&rsquo;elle l&rsquo;a considéré comme un pape hérétique et ennemi, l&rsquo;Antéchrist qu&rsquo;il fallait combattre et renverser, et contre lequel elle a conspiré dans le secret des catacombes réactionnaires ; une partie de la gauche parce que, aveuglée par son anticléricalisme infantile, elle refusait même d&rsquo;envisager une alliance tactique avec le Vatican, cette caverne de violeurs d&rsquo;enfants. À droite, renforcée et en pleine croissance, le pape semble trop féministe, trop écologiste, trop anticapitaliste, trop </em>woke<em> ; la gauche, au contraire, le considère comme le prolongement strict d&rsquo;une très longue tradition de conservatisme, d&rsquo;hétéro-patriarcat et de fanatisme anti-avortement. (…) <strong>Au cours de ces douze dernières années, alors que le fascisme se répandait comme une traînée de poudre, le pape François a pourtant été presque le seul </strong></em><strong>katechon</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">45</sup><em style="font-weight: bold"> à le freiner. »</em></p>



<p>L’exercice visant à analyser par avance les tendances d’un pontificat est, l’Histoire ne cesse de nous l’enseigner, un exercice extrêmement périlleux. Toutefois, on peut penser que si le profil de Léon XIV est celui de la synthèse, sa façon de se placer dans les pas de François et de <em>Laudato Si’</em> <sup class="modern-footnotes-footnote ">46</sup> autant que dans ceux de Léon XIII et de <em>Rerum Novarum</em> en fait bien l’apôtre de la justice sociale et climatique, comme son prédécesseur. C’est à cette aune que certains ont voulu entendre son premier discours<sup class="modern-footnotes-footnote ">47</sup>: <em>« Le Mal ne triomphera pas. »</em></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/23/vu-par-chappatte_6599304_3232.html. Lien raccourci&nbsp;: <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/23/vu-par-chappatte_6599304_3232.html">lemonde.fr</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean de Saint-Cheron, «&nbsp;Le pape François était-il woke&nbsp;?&nbsp;», La Croix, 25 avril 2025&nbsp;: <a href="https://www.la-croix.com/a-vif/le-pape-francois-etait-il-woke-20250425">la-croix.com</a> </div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sarah Belouezzane et Benoît Vitkine, « J.D. Vance, le converti devenu idéologue du catholicisme postlibéral », Le Monde, 19 avril 2025 : <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/19/j-d-vance-le-converti-devenu-ideologue-du-catholicisme-postliberal_6597589_3210.html">lemonde.fr</a> </div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sarah Belouezzane et Benoît Vitkine, « J.D. Vance au Vatican : le choc de deux catholicismes sur fond de succession du pape Frabçois », Le Monde, 19 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/3hz2ca8xhttps://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/19/j-d-vance-catholique-postliberal-en-delicatesse-avec-le-pape-francois-en-visite-au-vatican_6597606_3210.html">lemonde.fr</a> </div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Communauté de Sant’Egidio », Wikipédia : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_de_Sant%27Egidio">wikipedia.org</a> </div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sarah Belouezzane et Allan Kaval, « Succession du Pape : le mouvement Sant’Egidio, proche de François, craint un retour en arrière », Le Monde, 3 mai 2025 :   <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/03/le-pape-francois-etait-l-anti-trump_6602469_3210.html">lemonde.fr</a> </div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Isabelle Franck, « Laudato Si et Fratelli Tutti : François, un pape politique ? », analyse Entraide et Fraternité, septembre 2021 : <a href="https://entraide.be/wp-content/uploads/sites/4/2023/01/analyse-francois_pape_politique-2021-08.pdf">analyse Francois pape politique</a> </div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Olivier Bonnnel, « Migrations : la lettre du pape François aux évêques américains », Vatican News, 11 février 2025 :   <a href="https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-02/etats-unis-migrations-lettre-pape-eveques-dignite.html">vaticannews.va</a> </div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jérôme Cordelier, « Léon XIV, pape anti-Trump ? Pas si vite », Le Point, 9 mai 2025 : <a href="https://www.lepoint.fr/monde/leon-xiv-pape-anti-trump-pas-si-vite-09-05-2025-2589159_24.php#11">lepoint.fr</a> </div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Quand Léon XIV partageait des articles critiquant Vance et Trump », AFP, 8 mai 2025 : <a href="https://www.lalibre.be/international/europe/2025/05/08/quand-leon-xiv-partageait-des-articles-critiquant-vance-et-trump-4CFIBVD3ZRGJNP4FX4H56QZQHY/">lalibre.be</a> </div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;François Brousseau, « Anti-Trump et anti-Poutine ? », Le Devoir, 12 mai 2025 : <a href="https://tinyurl.com/ms9yuurf">ledevoir.com</a> </div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lina Sankari, « Mort du pape François : les condoléances hypocrites de l’internationale réactionnaire qui le traitait de ‘gauchiste’ et d’’imbécile’ », L’Humanité, 21 avril 2025 : <a href="https://www.humanite.fr/monde/pape-francois/mort-du-pape-francois-les-condoleances-hypocrites-de-linternationale-reactionnaire-qui-le-traitait-de-gauchiste-et-d-imbecile">humanite.fr</a> </div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Anne Morelli, « Incroyante, je considère le pape François comme un repère social et politique », La Libre, 23 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/muhtaakm">lalibre.be</a> </div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dorian de Meeûs, « Des mots forts et des mots qui choquent », La Libre, 29 septembre 2024 : <a href="https://tinyurl.com/yc53c7m5">lalibre.be</a> </div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lettre encyclique Laudato Si’ du Saint-Père François sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015 : <a href="https://tinyurl.com/3rssh9ku">vatican.va</a> </div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Myriam Sandouno, « Pape Léon XIV :  l’Église offre à tous l’héritage de la doctrine sociale », Vatican News, 10 mai 2025 :  <a href="https://tinyurl.com/ysmfsh7j">vaticannews.va</a> </div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lettre encyclique Fratelli Tutti du Saint-Père François sur la fraternité et l’amitié sociale, 3 octobre 2020 : <a href="https://tinyurl.com/mr3a6jez">vatican.va</a> </div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Exhortation apostolique Laudate Deum du Saint-Père François à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique, 4 octobre 2023 : <a href="https://tinyurl.com/nhfa43fw">vatican.va</a> </div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« L’urgence climatique doit rester à l’agenda », carte blanche de Action Vivre Ensemble, Alliance européenne Laudato Si’, Bâtir le Bien commun, BePax, Broederlijk Delen, Caritas Belgique, Cefoc, Centre Avec, Commission Justice et Paix, Conseil de la Jeunesse catholique, Entraide et Fraternité, Jesuit Refugee Service Belgium, Magma, Mouvement Laudato Si’, Welzijnszorg, 26 septembre 2024 : <a href="https://entraide.be/publication/lurgence-ecologique-et-sociale-doit-rester-a-lagenda/">entraide.be</a> </div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Valérie Dupont, « Ce sera sans doute le conclave le plus dramatique des cinquante dernières années », La Libre, 3 mai 2025 : <a href="https://tinyurl.com/pcz2mm">lalibre.be</a> </div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Claire Brandeleer : « Laudato Si’ : quand l’Église catholique invite à l’écologie intégrale », Centre Avec, septembre 2015 : <a href="https://tinyurl.com/47erk65r">centreavec.be</a> </div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Fabienne Loiseau, « Le pape François était un allié de taille dans la défense de l’environnement », Reporterre, 22 avril 2025 : https://tinyurl.com/mr2d4xtm </div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Claire Brandeleer et Christophe Renders, « Laudate Deum : un appel du pape François à la mobilisation face à la crise climatique », Centre Avec, 5 décembre 2023 : <a href="https://tinyurl.com/2uw87xy2">centreavec.be</a> </div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Écologie intégrale », Église catholique de France : <a href="https://tinyurl.com/bdhwv6tn">eglise.catholique.fr</a> </div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gaële de la Brosse, « Qui est François d’Assise, le ‘patron des écologistes’ ? », Le Pèlerin, 2 avril 2019 : <a href="https://tinyurl.com/3bk4jm3w">lepelerin.com</a> </div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cécile Bidault, « Le pape François, pourfendeur des outrances du capitalisme », France Inter, 21 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/5n6b3esx">radiofrance.fr</a> </div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;James Garagnon, « Le pape accuse le capitalisme d’être à l’origine de la faim dans le monde », Contrepoints, 13 novembre 2021 : <a href="https://tinyurl.com/3ypfdjtf">contrepoints.org</a> </div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean-François Lauwens, « La dette écologique, l’autre dette qui lie Nord et Sud »,  analyse Entraide et Fraternité, Avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/2zdtv3cf">entraide.be</a> </div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Querida Amazonia », Wikipédia : <a href="https://tinyurl.com/uf7ax9dc">wikipedia.org</a> </div><div>30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alessandro Gisotti, « Querida Amazonia : l’exhortation du Pape pour une Église au visage amazonien », Vatican News, 12 février 2020 : <a href="https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2020-02/querida-amazonia-exhortation-du-pape.html#:~:text=Le%20Pape%20a%20consacr%C3%A9%20un,%C3%89glise%20%C3%A0%20des%20structures%20fonctionnelles%C2%BB.">vaticannews.be</a> </div><div>31&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Le pape ne retient pas l’idée d’ordonner prêtres des hommes maries en Amazonie », AFP, Le Monde, 12 février 2020 : <a href="https://tinyurl.com/4t4wrt3c">lemonde.fr</a> </div><div>32&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Julia Pascual, « Le long combat du pape François pour défendre les migrants », Le Monde, 22 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/yc6s9fh2">lemonde.fr</a> [/note<em>]. Comme il célébrait des messes dans des prisons et y procédait, christique, au lavement des pieds des prisonniers et des prisonnières </em><sup class="modern-footnotes-footnote ">32</sup>Jean-Benoît Harel, « Devant des détenues, le pape invite à ne pas se fatiguer de demander pardon », Vatican News, 28 mars 2024 : <a href="https://tinyurl.com/2ymr6swd">vaticannews.be</a> </div><div>33&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Luc Bronner, « Gaza était un des symboles de son pontificat : à Jérusalem, le souvenir d’un pape engagé pour les Palestiniens », Le Monde, 21 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/3nfrtzuj">lemonde.fr</a> </div><div>34&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gaétan Supertino, « Aux sources de la ferveur des chrétiens évangéliques envers Israël », Le Monde, 17 mars 2024 : <a href="https://tinyurl.com/2s38xjtk">lemonde.fr</a> </div><div>35&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pape François, L’espoir ne vous déçoit jamais, Michel Lafon, 2025. </div><div>36&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Gaza : pourquoi parle-t-on de génocide ? », CNCD-11.11.11, 29 janvier 2025 : <a href="https://tinyurl.com/3tz4k4eb">cncd.be</a> </div><div>37&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alix Champlon, « Il y a 10 ans, le Vatican reconnaissait l’État de Palestine », La Croix, 23 mai 2024 : <a href="https://tinyurl.com/4j7mu5sz">la-croix.com</a> </div><div>38&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lucie Geffroy, « Le pape François est-il de droite ou de gauche ? », Courrier international, 14 mars 2013 : https://tinyurl.com/3ufu8mmp </div><div>39&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Santiago Alba Rico, « Merci François, pape le plus à gauche de l’histoire », Publico – Courrier international, 21 avril 2025 : <a href="https://tinyurl.com/ye24xc4m">courrierinternational.com</a> </div><div>40&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Note 6. </div><div>41&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Note 15. </div><div>42&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Gustavo Gutiérrez, père de la théologie de la libération, est mort à 96 ans », AFP, Libération, 23 octobre 2024 : <a href="https://tinyurl.com/2du3r858">liberation.fr</a> </div><div>43&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Henrik Lidell, « Le pape François est-il un théologien de la libération ? », La Vie, 26 mars 2013 : <a href="https://tinyurl.com/3xu8sthr">lavie.fr</a> </div><div>44&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Santiago Alba Rico, « Nuestro papa Francisco », Publico, 2 mars 2025 :  https://tinyurl.com/aduma82t </div><div>45&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le retour du Christ sur Terre, la parousie, ne surviendra pas tant que le katechon​, cette figure « ​qui retient » le déchaînement du mal, agira efficacement. C’est ce qu’affirme l’apôtre Paul dans sa seconde épître aux Thessaloniciens : <a href="https://philitt.fr/2017/10/23/le-katechon-selon-carl-schmitt-de-rome-a-la-fin-du-monde/">phillit.fr</a> </div><div>46&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dominique Lang, « Léon XIV : avec le nouveau pape, l’écologie est toujours à l’ordre du jour », Le Pèlerin, 9 mai 2025 : <a href="https://tinyurl.com/5cskt73k">lepelerin.com</a> </div><div>47&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://tinyurl.com/445knjy2">international.la-croix.com</a> </div>]]></content:encoded>
					
		
		
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