À première vue, tout oppose les populations paysannes haïtiennes et les élèves de l’Institut Technique Libre (ITL) d’Ath: distance, contexte, conditions de vie. Pourtant, un même besoin les relie: celui de parler pour exister et résister. En Haïti, les communautés paysannes ont longtemps vécu sous une conspiration de silence. Absentes des médias francophones, ignorées des élites, elles étaient réduites au mutisme dans leur propre pays. À Ath, les jeunes de l’ITL connaissent une autre forme d’invisibilité : parcours scolaires abîmés, orientations imposées, filières techniques dévalorisées. Eux aussi ont appris à se taire, à douter de la légitimité de leur parole.
Les radios communautaires haïtiennes sont nées pour briser cette exclusion. En s’exprimant en créole, elles ont ouvert les médias aux communautés paysannes et transformé des auditeurs silencieux en citoyens et citoyennes capables de débattre et de revendiquer.
L’ITL d’Ath poursuit la même conviction: offrir aux jeunes fragilisés des espaces d’expression, c’est leur redonner une place. Projets médiatiques, ateliers de podcast ou valorisation simple de la parole en classe : l’école mise sur l’expression comme outil d’émancipation.
Les effets, ici comme là-bas, sont spectaculaires. En Haïti, les radios communautaires font émerger des producteurs de contenus, des leaders locaux, des voix qui racontent leurs réalités et organisent leur résistance. À Ath, les élèves qui retrouvent confiance découvrent la même force: ils passent du statut d’élèves en difficulté à celui de jeunes capables d’argumenter, de créer, d’analyser le monde.
L’expression devient plus qu’une compétence : un levier d’émancipation. Avec Entraide et Fraternité, ces voix se rassemblent pour parler justice climatique, paix et solidarité.
Pour celles et ceux qu’on a habitués au silence, prendre la parole est un acte de résistance. Une société qui permet à ses membres les plus fragiles de s’exprimer ne leur accorde pas une faveur : elle se transforme elle-même. Car dans les voix longtemps oubliées se trouvent souvent des clés pour affronter nos crises communes





