Deux manifestations gigantesques dans les rues de Bruxelles (deux fois environ 140.000 personnes) et le travail acharné des ONG ont fait quelque peu plier le gouvernement belge en 2025-2026. La partie est loin d’être gagnée mais le génocide à Gaza et la perspective d’une annexion de la Cisjordanie ne laissent aucune place aux atermoiements.
À l’heure où l’on regrette régulièrement le désinvestissement de la génération Z du combat militant, ce constat doit être relativisé. Dans de nombreux pays du Sud (Pérou, Philippines, Madagascar, Maroc, Népal, Indonésie), cette génération, plus diplômée que les précédentes, s’est soulevée devant l’absence de perspectives. En Belgique, les jeunes ont encore montré que leur capacité de mobilisation était intacte pour de grandes et justes causes, comme le climat ou la Palestine. Entraide et Fraternité a d’ailleurs publié en ce début d’année une analyse sur la question : Free Palestine - Une nouvelle génération militante ? 1Entraide et Fraternité analyse 5 2026
Devant la gravité des événements perpétrés à Gaza par Israël (70 000 morts), deux énormes marches apolitiques et un travail opiniâtre de la coalition réunissant les ONG belges engagées en Palestine ont porté leurs fruits, preuve que mobilisation et plaidoyer sont intimement liés pour atteindre des objectifs a priori impossibles. En l’occurrence, il s’agissait ici de faire bouger le gouvernement belge qui adopte souvent une position médiane qui veille à ne pas se fâcher avec Tel-Aviv. En diplomatie comme en plaidoyer, il faut souvent choisir entre voir le verre à moitié plein et le verre à moitié vide.
Interdiction des produits des colonies
Le chemin parcouru a été tel que nous avons choisi de voir le verre à moitié plein lorsque, début septembre 2025, le gouvernement a abouti à une batterie de sanctions envers Israël. La reconnaissance pleine et entière de la Palestine, initiée par la France devant l’Assemblée générale des Nations unies, n’a pas été obtenue : même si le gouvernement s’en défend en estimant que la mesure symbolique est prise, cette reconnaissance reste malheureusement liée à des conditions difficilement applicables. En revanche, la joute médiatico-politique sur le sujet a permis d’obtenir en parallèle de véritables avancées au vu de la situation toujours plus dramatique de la Cisjordanie : la privation des services consulaires aux Belges installés dans les colonies, l’interdiction d’exportation et de transit d’armes en direction d’Israël et l’interdiction des produits issus des colonies. Il est absolument invraisemblable que des supermarchés belges distribuent en Belgique des produits (fruits, jus, confitures, vin, produits cosmétiques…) des colonies israéliennes alors même que celles-ci occupent cette terre en violation complète du droit international.
Alors qu’Israël viole quotidiennement le soi-disant cessez-le-feu à Gaza, les extrémistes ultrareligieux du gouvernement israélien ne cachent plus leur dessein d’annexer la Cisjordanie et d’en chasser ses habitants et habitantes historiques : c’est pourquoi ces mesures sont le minimum vital pour sauver ce qui peut encore l’être. Début 2026, cinq mois après l’accord de l’Arizona, le CNCD-11.11.11 a inventorié l’implémentation de ces mesures dans une Scorecard Palestine.2Mise en œuvre des engagements du gouvernement fédéral concernant la Palestine – PDF
Puisqu’il est manifeste que l’aile droite du gouvernement (MR, N-VA) traîne les pieds, les associations impliquées ont, à l’initiative d’Amnesty International, lancé un appel au gouvernement à enfin adopter cette interdiction des produits des colonies.
Le ministre Clarinval invoque la complexité du dossier. « Pourtant, l’exemple espagnol montre que la volonté politique peut se traduire rapidement en actes. La Belgique peut s’inspirer de ces solutions. Ce qui manque, ce n’est pas l’expertise, c’est la volonté politique », rappelle un collectif d’ONG – dont Entraide et Fraternité – dans une carte blanche publiée dans Le Soir le 2 mars 2026.3Le soir – carte blanche – 2 mars 2026 Laquelle a toutefois été rapidement suivie d’une annonce du ministre promettant un texte dans les prochaines semaines… Le verre à moitié plein ou le verre à moitié vide ?

No other land, plus qu’un film
Tout au long de l’année 2025, des centaines de personnes en Belgique francophone, de Mons à Habay-la-Neuve en passant par Genappe, ont assisté à des soirées-événement organisées par Entraide et Fraternité autour du film No other land, récompensé de l’Oscar du meilleur documentaire. Les réalisateurs (palestinien) Basel Adra et (israélien) Yuval Abraham ont notamment été reçus au Parlement européen. Pour rappel, Entraide et Fraternité a participé au financement de ce film choc dont le tournage s’est terminé juste avant le 7 octobre 2023.
Ce dernier point est crucial pour comprendre les enjeux : le film montre effectivement le harcèlement et le déchaînement de violences de la part des colons israéliens installés illégalement en Cisjordanie avec pour but de les chasser de leur terre. Cette situation dramatique n’est donc pas une conséquence de la guerre de Gaza : c’est l’enfer que vivaient déjà les Palestiniens et Palestiniennes de Cisjordanie avant le déchaînement de violence israélien. « Merci de nous avons avoir montré une réalité que nous ne voyons jamais » : telle est la phrase sans doute le plus souvent entendue de la part des spectateurs et spectatrices venus découvrir ce film.
L’agriculture comme mode de résistance
En Palestine, plus qu’ailleurs encore, on comprend la symbolique de la terre. En Palestine, l’accaparement des terres se fait à échelle géante. Quand on parle de « terre » dans ce cas-là, ce n’est pas une formule : les colons israéliens attaquent les Palestiniens et Palestiniennes durant la cueillette des olives, un moment importantissime pour les populations du pourtour méditerranéen.
Entraide et Fraternité soutient le RWDS (Rural Women Development Society). C’est l’une des plus importantes associations féminines et agricoles puisqu’elle est active au sein de communautés locales (environ 3000 membres) dans l’ensemble des territoires palestiniens au travers d’une soixantaine de clubs de femmes. L’analyse L’agriculture : de la subsistance à la résistance4Entraide et Fraternité analyse 4 2026 aborde leur travail. Cette analyse s’inscrit dans une série dédiée au rôle des femmes dans l’agriculture à l’occasion de l’Année mondiale des agricultrices déclarée par l’ONU.
Il est absolument invraisemblable que des supermarchés belges distribuent en Belgique des produits (fruits, jus, confitures, vin, produits cosmétiques…) des colonies israéliennes alors même que celles-ci occupent cette terre en violation complète du droit international.
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