SOFA : semer l’autonomie, récolter la dignité
C’est pour briser ce cercle que la SOFA (Solidarité Fanm Ayisyèn — Solidarité femmes haïtiennes), partenaire d’Entraide et Fraternité, a mis en place une ferme-école où les paysannes cultivent la terre, mais aussi leur autonomie, leur solidarité et leur dignité.
Une ferme-école née de la lutte des femmes
Mise en place en 2016 à Saint-Michel de l’Attalaye, dans le nord du pays, la ferme-école Délicia Jean est née des revendications de femmes paysannes désireuses de transformer durablement leurs conditions de vie.
Elle s’inscrit dans une vision de long terme : lutter contre la féminisation de la pauvreté et de l’exclusion, et renforcer le pouvoir d’agir des femmes au sein de leurs communautés.
Cultiver la souveraineté alimentaire
À la ferme-école, les paysannes se forment principalement à l’agroécologie : techniques de multiplication des plants (bouturage, greffage, marcottage), compostage, gestion durable des sols ou encore techniques d’élevage.
Depuis sa création, la ferme-école a permis de former et d’accompagner plus de 2.500 paysannes. Grâce à la mise en place de jardins collectifs, elles peuvent s’exercer aux techniques apprises et améliorer leur production agricole.
« La souveraineté alimentaire ne peut exister sans production. Et pas n’importe laquelle. Une production de qualité, digne de confiance. C’est l’esprit de la ferme-école. Grâce à la formation en agroécologie, les paysannes sont aujourd’hui mieux outillées pour faire face aux défis de la vie. »
Esther Jolissaint, coordinatrice des programmes de la ferme-école
L’approche de la SOFA repose sur le renforcement des compétences. Elle contribue directement à l’autonomisation des paysannes. Aujourd’hui, ce sont des centaines de familles qui bénéficient d’une alimentation plus stable et diversifiée.
« Aujourd’hui, je sais que je peux nourrir mes enfants par moi-même. Avant la ferme-école, je travaillais la terre sans comprendre pourquoi mes récoltes étaient si faibles. À la ferme-école, j’ai appris à améliorer mes cultures, à faire du compost, à multiplier mes plants. Aujourd’hui, je produis davantage, je vends au marché et je peux payer l’école de mes enfants. Je ne baisse plus la tête quand je parle. Je sais que je suis capable. »
Roselande Louis, paysanne accompagnée par la SOFA
Un lieu de résistance
La formation ne se limite pas aux techniques agroécologiques. Les paysannes y développent également leurs connaissances quant à leurs droits (notamment l’accès à la terre), aux manières de se mobiliser pour les revendiquer, ainsi que des compétences telles que la prise de parole.
La ferme-école constitue ainsi un lieu concret de résistance, où les paysannes renforcent leur capacité à défendre leurs droits.
Un espace de protection et de reconstruction
En Haïti, les violences envers les femmes, notamment sexuelles, sont quotidiennes. Aggravées par la présence des gangs armés, elles peuvent survenir sur le chemin vers les champs, au sein du foyer familial ou simplement dans leurs quartiers.
Dans ce contexte, la ferme-école joue un rôle essentiel comme espace de protection et de reconstruction. La SOFA y propose un accompagnement psychosocial (écoute, soutien moral…). Environ 350 paysannes en ont déjà bénéficié, afin de sortir de l’isolement et de reprendre confiance.
« La ferme m’a redonné la force de continuer. Après avoir été victime de violence, je me suis sentie seule et honteuse. Je ne savais pas vers qui me tourner. À la ferme-école, j’ai trouvé des femmes qui m’ont écoutée sans me juger. On m’a orientée, soutenue. Aujourd’hui, je ne suis plus seulement une victime : je suis une femme qui construit quelque chose pour l’avenir. »
Maudeleine Atteius, paysanne accompagnée par la SOFA
Des femmes debout
Soutenir la ferme-école de la SOFA, c’est par conséquent permettre aux paysannes de rester debout, de se reconstruire, de nourrir leurs familles et de contribuer activement à l’amélioration des conditions de vie de leur communauté.





