5 personnes tenant une banderole Entraide et Fraternité et une banderole rouge “SEM Cerrado Água e Vida – Campanha Nacional em Defesa do Cerrado”.
De gauche à droite, Daniel Fernandez (chargé de partenariats Brésil), Adrien de Vreese (président du Conseil d’administration), Alexandre Blanchart (Service politique), Joao Palhares (chargé de communication d’Agro é Fogo) et Jacqueline Freitas Vaz (secrétaire générale d’Agro é Fogo), à Belém, en novembre dernier.

Une COP controversée, un Sommet fédérateur 

# COP # jt229
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L’année 2025 a été marquée par la tenue de la COP 30 et du Sommet des peuples, à Belém, au Brésil, où Entraide et Fraternité s’est rendue. À cette occasion, Alexandre Blanchart, chargé d’analyse et de plaidoyer pour Entraide et Fraternité, raconte. 

COP 30 vs Sommet des peuples 

Alors que la COP est le rassemblement mondial le plus important sur le changement climatique – dont on espère chaque année qu’il ressortira des accords ambitieux, le Sommet des peuples est un rassemblement de la société civile (peuples autochtones, ONG et syndicats) qui s’organise en parallèle. 

Les deux rassemblements ont eu lieu à Belém, à la frontière de la forêt amazonienne. L’occasion pour le Brésil de mettre en lumière les peuples les peuples autochtones qui y vivent. Saisissant cette occasion, de nombreuses organisations défendant les droits des peuples d’Amérique latine ont souhaité organiser le Sommet des peuples, pour faire entendre leurs voix, alors que les COP précédentes se tenaient dans des pays moins propices aux mobilisations civiles. 

Parmi les organisateurs se trouvaient Agro é Fogo, une coalition partenaire d’Entraide et Fraternité qui a invité notre ONG à les rejoindre au Brésil pour ce sommet. Sur place, d’autres partenaires les ont rejoints : la CPT de Goiás (Brésil) et le MOCCIC (Pérou). 

« Ce qui était vraiment intéressant avec le Sommet des peuples c’est qu’il a été organisé par et pour les peuples d’Amazonie : les revendications sont vraiment venues du terrain. », explique Alexandre Blanchart, chargé d’analyse et de plaidoyer pour Entraide et Fraternité. 

A contrario, la COP est de plus en plus critiquée. Dans les groupes de travail qui élaborent les accords, on retrouve les ministres de l’environnement de différents pays, mais aussi des entreprises multinationales, connues pour leur impact écologique immense. La COP laisse peu de place aux mouvements sociaux et s’apparente surtout à une foire au greenwashing, dans laquelle lobbys et multinationales parasitent les discussions et bloquent tout accord un peu ambitieux. 

Face à ce constat, le Sommet des peuples affirme son rôle : « Il ne dénonce plus seulement mais représente une réelle alternative et propose des revendications concrètes. » 

Parmi ces revendications, relevons notamment : 

  • la mise en place d’une réforme agraire et la promotion de l’agroécologie pour garantir la souveraineté alimentaire et la restitution des terres aux peuples qui y vivent ;
  • la démarcation et la protection des terres des peuples autochtones : les États doivent reconnaître le droit à la terre des peuples autochtones et lutter contre la prédation des grands propriétaires terriens et/ou des entreprises extractivistes ;
  • la fin de l’exploitation pétrolière et de la déforestation en Amazonie ;
  • la reconnaissance par les États occidentaux de leur responsabilité dans la crise écologique et une compensation juste et complète de leur part pour les pertes et dommages imposés aux autres peuples ;
  • la participation et le leadership des populations concernées dans la construction de solutions climatiques.

Après leur rédaction et leur acceptation par toutes les parties prenantes du Sommet des peuples, les revendications communes ont été présentées au président de la COP et sont parvenues aux groupes de négociation. Cependant et sans grande surprise, l’accord final de la COP a été décevant. 

Pourtant, dans ce contexte de manque d’engagement international, quelques pays d’Amérique du sud se sont distingués : la Colombie a interdit l’exploitation du pétrole en Amazonie colombienne et le Brésil s’est engagé à accélérer la démarcation des terres autochtones. Mais alors, pourquoi certains pays sont-ils prêts à prendre de telles mesures et pas d’autres ? Selon Alexandre Blanchart, cela s’explique grâce aux directions politiques des gouvernements : « Il faut quand même reconnaître que c’est plus simple de faire du plaidoyer quand ce sont des gouvernements de gauche. Même s’ils ne sont pas parfaits, ils se montrent plus sensibles aux questions sociales et environnementales que les gouvernements de droite et d’extrême droite. » 

Ces avancées montrent que le Sommet des peuples et l’alliance de toutes les organisations participantes donnent vraiment du poids à ces revendications. Il y a eu un plaidoyer de réseau, réalisé par l’ensemble de la société civile présente, qui a formé un réel contrepoids face à la COP. La marche pour le climat organisée par le Sommet des peuples, a réuni plus de 70.000 participants et participantes, marquant un vrai rapport de force et une mobilisation historique face à la COP 30. 

Lors de cette marche, on a aussi noté l’hétérogénéité des participants et participantes : « Ce n’était pas comme une marche climat en Europe où il y a surtout des écolos ; là, il y avait toutes les ONG liées de près ou de loin aux luttes écologiques, de nombreux représentants et représentantes des peuples autochtones de toutes les régions d’Amazonie et les principaux syndicats brésiliens. C’était intéressant, ce gros mélange car les revendications correspondaient à tous les groupes. Alors qu’on parle souvent de justice climatique et sociale, ici les revendications communes ont été un réel exemple d’alliance entre le social et l’environnement. » 

On retiendra surtout que ce plaidoyer de réseau a été particulièrement fort et inspirant. Pour gagner en visibilité et mieux se faire entendre, il est à présent primordial de travailler ensemble. « À l’avenir, se réunir en parallèle de la COP, puis porter ensemble les revendications de la société civile et former un collectif plus grand pour se faire entendre au milieu des multinationales et des pays pétroliers semble nécessaires. »

Pour désigner les peuples d’Amazonie, plusieurs termes existent mais aucun d’eux n’est parfait. Dans cet article nous privilégions l’appellation « Peuples autochtones », le terme « indigènes » ayant une connotation négative puisqu’il a été utilisé par les colons, puis vivement critiqué par de nombreux peuples autochtones au sein du groupe de travail sur la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies, entre 1987 et 2007. 

Photo de groupe d'une trentaine de personnes
Des participants et participantes au Sommet des peuples de Belém : peuples autochtones d’Amazonie, syndicats brésiliens, ONG (dont Entraide et Fraternité) réunis pour porter ensemble des revendications climatiques et sociales face à la COP 30.

À l’avenir, se réunir en parallèle de la COP, puis porter ensemble les revendications de la société civile et former un collectif plus grand pour se faire entendre au milieu des multinationales et des pays pétroliers semble nécessaires.