À l’occasion de la campagne de Carême 2026, une rencontre inspirante a eu lieu à Watrinsart, dans la commune de Florenville. Une quinzaine de personnes, dont des femmes hébergées par La Maison du Pain (confrontées à des difficultés de logement ou de surendettement), se sont réunies pour croiser les regards sur la paysannerie ici et ailleurs.
Au cœur des échanges : les témoignages d’Ariane Charrière, de la Ferme du Marronnier, et de Roseline Raymond, responsable de la ferme-école biologique de la SOFA en Haïti. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, leurs récits révèlent une réalité commune : l’agriculture de demain sera féministe, résiliente et profondément liée au droit à la terre.
La Ferme du Marronnier : choisir le vivant face à la crise
Pour Ariane Charrière et son mari Marc Galloy, agriculteurs depuis 30 ans, le déclic a eu lieu lors de la crise laitière de 2009. À l’époque, produire un litre de lait coûtait 30 centimes pour une vente à seulement 19 centimes. Face à cette impasse financière et au désir de retrouver un contact direct avec les consommateurs, ils ont choisi de passer à l’agriculture biologique.
Ce choix a impliqué de produire moins pour mieux respecter le vivant. En réduisant de moitié le volume de lait produit par chaque vache — lui laissant ainsi plus d’espace et de soin —, ils ont vu leurs frais vétérinaires chuter grâce à une meilleure santé animale, équilibrant ainsi la rentabilité de la ferme.
Mais gérer une ferme biologique n’est pas aisé. Le prix de la terre en Wallonie a explosé, rendant l’acquisition de nouveaux terrains presque impossible. À cela s’ajoute la discrimination de genre : « Lorsque vous êtes une femme, il est par exemple beaucoup plus difficile d’avoir accès à un crédit ». Ariane Charrière
Haïti : la SOFA, une résistance au service des droits
À des milliers de kilomètres de là, Roseline Raymond, agronome pour la SOFA (Solidarité des Femmes Haïtiennes), mène un combat similaire avec une urgence vitale. Dans les zones rurales isolées d’Haïti, l’agriculture biologique est souvent le seul moyen de survie durable pour les femmes.
Comme Ariane en Belgique, Roseline se heurte à des obstacles structurels bien connus : l’accès à la terre et la discrimination envers les femmes. Le gouvernement haïtien a tenté à plusieurs reprises d’accaparer des terres de la SOFA et des femmes paysannes. Heureusement, une mobilisation sans répit a permis de les conserver. En outre, pendant longtemps, le droit haïtien spoliait les femmes : au décès des parents, la terre revenait au mari. « C’était avant. Grâce aux victoires de la SOFA, cela a changé », explique fièrement Roseline.
Les médias disent des bêtises quand ils disent qu’en Haïti, c’est l’insécurité partout. La vie continue dans les campagnes
Roseline Raymond
Conclusion : Cultiver la justice et la dignité
Le message de cette journée est clair : que ce soit en Wallonie ou en Haïti, les femmes paysannes font face aux mêmes batailles — accès à la terre, accès au crédit, reconnaissance de leur rôle. La transition écologique est indissociable de la justice sociale. Résister, c’est lutter pour que chaque femme puisse vivre dignement de son travail, avec un accès sécurisé aux droits et aux ressources. L’agroécologie ne s’épanouira durablement que si celles qui nourrissent le monde en sont les actrices centrales, libres et fières.








