A l’invitation du doyen Jules Solo qui avait préparé cette rencontre avec Jean-Pol Gallez, coordinateur d’Entraide et Fraternité pour la province de Namur , Roseline Raymonde, militante de la SOFA — la Solidarité des Femmes Haïtiennes a témoigné de la situation actuelle en Haïti et du travail de son organisation la SOFA le jeudi 12 mars dans la bonne humeur conviviale du repas solidaire du doyenné de Rochefort précédé d’une courte messe.
La SOFA : des femmes qui n’attendent pas
Autour des tables, beaucoup n’avaient jamais entendu parler de la SOFA.
Fondée en 1986 dans le sillage des luttes pour la démocratie haïtienne, la SOFA est un mouvement de femmes du terrain — enraciné dans les quartiers populaires de Port-au-Prince, dans les campagnes reculées, dans les communautés frappées de plein fouet par les violences, l’instabilité politique et les catastrophes à répétition.
La SOFA accompagne les victimes de violences conjugales et sexuelles quand l’État est absent. Elle forme des femmes leaders communautaires qui deviennent la voix de leurs voisines. Elle défend les droits des paysannes dépossédées de leurs terres. Elle organise des ateliers de conscientisation dans les cours de quartier, des émissions sur les radios communautaires. Elle tient des permanences juridiques — souvent le seul recours pour des femmes qui n’ont nulle part où aller.
Roseline l’a dit simplement, avec ce calme qui porte les paroles loin : « En Haïti, si vous attendez que quelqu’un vienne régler vos problèmes, vous attendez longtemps. Alors nous, on n’attend pas. »
Un silence. Puis des hochements de tête tout autour des tables.
Un public de Rochefort qui découvre, qui questionne, qui s’engage
La soixantaine de convives de ce repas solidaire n’étaient pas des spécialistes de la coopération internationale. C’étaient des Rochefortois, Rochefortoises — des voisins, des habitués des initiatives locales, des gens de bonne volonté venus passer une soirée. Certains savaient vaguement qu’Haïti souffrait. Peu savaient comment et pourquoi des femmes là-bas se battaient avec autant d’acharnement et d’intelligence.
Après la projection du film « Résister, c’est faire vivre la solidarité », les questions ont surgi, directes et sincères, entre deux plats. La terre a l’air si fertile, pourquoi tant de misère ? Comment les femmes osent-elles s’organiser dans un pays aussi dangereux ? Comment la SOFA tient-elle quand les financements manquent ? Et que font les hommes ? Et nous, ici, à Rochefort — est-ce que notre solidarité change vraiment quelque chose ?
Roseline n’a esquivé aucune question. Elle a raconté les femmes qui apprennent à nommer ce qu’elles subissent pour mieux le refuser. Les petits groupes d’entraide qui deviennent des forces collectives. Les victoires minuscules et immenses — une femme qui porte plainte pour la première fois, une autre qui prend la parole en public, la lutte contre la spoliation de leur terre, un village qui change de regard sur ses filles.
Peu à peu, quelque chose a bougé dans la salle. On ne regardait plus Haïti comme un pays-catastrophe à plaindre de loin. On découvrait une terre habitée par des femmes organisées, lucides et déterminées — qui ne demandent pas de la pitié, mais de la solidarité concrète et durable.
Le doyen Jules Solo a déclaré « c’est exactement ça, le sens de ce repas. Pas un geste charitable venu d’en haut, mais une rencontre entre égaux ».
À Rochefort, ce soir-là, on a fraternisé ensemble. Et ça change tout.





