Deux personnes, une femme et un homme sont assises sur des tabourets et épluchent du maïs. Devant eux, un grand plateau rond est rempli d’épis de maïs disposés en tas. La scène se déroule en plein air, dans un environnement simple et rural.
Analyses

La méthode « GALS » : Avancer ensemble vers l’égalité hommes-femmes  

par Valentine Matuszczak
# ACORD Burundi # Genre
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En matière d’égalité entre les hommes et les femmes, les discours et les intentions ne suffisent pas. Sur le terrain, chez nous ou ailleurs, des méthodes, des formations et des outils contribuent à passer de la théorie à la pratique pour ancrer l’égalité dans la vie quotidienne.

Utilisée dès 2008 par Linda Mayoux et des partenaires ougandais dans le cadre d’un programme d’Oxfam Novib1Voir : Étude de cas − Le système d’apprentissage interactif entre les sexes − Ghana, Nigéria, Ouganda, Rwanda et Sierra Leone, FIDA, 2014, ifad.org, la méthode GALS, pour Gender Action Learning System, s’est aujourd’hui répandue dans de nombreux pays, notamment au Burundi où elle est pratiquée par ACORD Burundi et plusieurs autres associations partenaires d’Entraide et Fraternité.

Se démarquant par de nombreux aspects, elle est inclusive et éduque aussi bien les hommes que les femmes. En outre, la méthode GALS aborde la sphère privée et intime du couple et engage les apprenant·es dans une démarche de diffusion de la formation, permettant ainsi un progrès durable de l’ensemble de la communauté. Cette méthode, qui fait ses preuves au Burundi, peut aussi nous inspirer dans notre quotidien, alors que la Belgique présente encore de nombreuses lacunes quant à l’égalité de genre.

Partenaire d’Entraide et Fraternité depuis 2019, ACORD Burundi est une association qui lutte pour la justice et l’égalité des droits en s’attaquant aux causes profondes de la pauvreté2acord.bi et ACORD Burundi. Alors que le Burundi est le deuxième pays le plus pauvre du monde3Chiffre de 2025, carefrance.org, donneesmondiales.com et que plus de 84% de la population y vit de l’agriculture4Chiffre du Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage burundais mineagrie.gov.bi, elle s’attache à promouvoir l’égalité de genre au sein des familles paysannes, une gestion équitable des revenus et à faire entendre la voix des femmes dans leur communauté5Burundi : une approche égalitaire pour sortir de la pauvreté. Pour ce faire, l’Association de coopération et de recherche pour le développement au Burundi (ACORD Burundi) allie analyses de terrain et actions, en développant notamment des outils et approches participatives, dont la méthode GALS.

GALS qu’est-ce que c’est ?

Gender Action Learning System, en français : système d’apprentissage par l’action en matière de genre. Utilisée par plusieurs des partenaires d’Entraide et Fraternité au Burundi et dans le monde, cette méthode se diffuse et fait ses preuves.

Depuis 2016, ACORD Burundi utilise la méthode GALS dans les provinces où elle intervient. Par la suite, l’ONG a pu diffuser ses savoir-faire aux autres associations burundaises partenaires d’Entraide et Fraternité, donnant lieu à un renforcement mutuel de leurs capacités et à un développement de la méthode à plus large échelle.

GALS, un outil propice au changement

Dans certaines régions du Burundi, les femmes ont peu d’espace pour prendre part aux décisions collinaires (une colline est une entité administrative, l’équivalent d’un village). Ce constat a poussé ACORD Burundi à mettre en place des projets de renforcement des capacités des femmes – des projets qui ont évolué au cours du temps, comme l’explique Alice Harushimana, directrice nationale d’ACORD Burundi :

« On nous a enseigné que moi et mon mari avions de la valeur, comme le diamant. Ensemble, nous brillons comme le diamant. »

Goretti, participante puis formatrice GALS pour la colline et zone Gitaba, de la province Rutana.

« Quand on a renforcé les capacités des femmes pour ces aspects, on s’est rendu compte que la femme avançait mais que son mari restait en arrière. » Constatant le manque d’efficacité, l’ONG a changé d’approche et s’est centrée sur le couple : « Là, on s’est intéressé à la femme et à l’homme, pour les aider à se comprendre mutuellement, partager le travail, se concerter sur les décisions du ménage, l’affectation des ressources. Mais là aussi on s’est rendu compte qu’il y avait encore des choses à améliorer et c’est comme ça que nous avons utilisé le Gender Action Learning System ». Selon elle, la méthode est particulièrement intéressante car elle travaille sur les relations de genre entre l’homme et la femme, mais elle amène aussi le couple à analyser son fonctionnement et lui permet de développer une vision commune pour le fonctionnement du ménage. 

Les innovations de l’approche GALS ? L’inclusion de l’ensemble du ménage, un module sur les relations intimes et la diffusion des savoirs au reste de la communauté par les participant·es.

Une méthode qui fait ses preuves

L’approche GALS est transversale : en formant sur le genre et le partage des tâches quotidiennes, notamment agricoles, elle sensibilise aussi à l’agroécologie et procure aux apprenant·es des outils adaptés à leur quotidien qui est centré sur l’agriculture familiale.

Aujourd’hui, la méthode porte ses fruits : lorsque 50 ménages sont formés par ACORD Burundi, ils arrivent à leur tour à former 150 ménages autour d’eux, permettant une diffusion à large échelle et une pérennisation des bonnes pratiques dans chaque communauté, autant en matière de genre que d’économie et d’agroécologie.

Triphose a suivi le parcours GALS après avoir été abandonnée par son mari, alors que la maison tombait en ruine. Elle déclare : « J’ai suivi la formation GALS et ça m’a remis les idées en place. J’ai compris que je pouvais tenter quelque chose. » Retrouvant petit à petit confiance en elle, elle a décidé de rester dans sa colline et de commencer à épargner. Grâce à son travail et à ses économies, elle a obtenu un petit crédit qui lui a permis de construire sa propre maison. Elle témoigne que, pour elle, l’association est devenue sa famille. Aujourd’hui, elle se sent fière, a repris confiance et veut être candidate aux élections collinaires.

Silvane, quant à elle, avait beaucoup de mal à communiquer dans son ménage. Elle a participé aux ateliers GALS et a affiché les dessins chez elle. Son mari s’y est intéressé et ils ont commencé ensemble à faire les exercices et à construire une vision commune. Un an après, ils ont pu acheter une parcelle de terres de 40 ares et ont fondé à leur tour une école GALS sur leur colline.

« Ce n’est pas facile de changer les mentalités et les comportements, mais on s’est donnés corps et âme. Nous sommes heureuses de voir des résultats palpables. »

Silvane, participante puis formatrice GALS.

Une autre histoire est celle de Goretti. Alors qu’il y avait beaucoup de conflits entre elle et son mari, celui-ci allant jusqu’à déménager, elle a été invitée aux formations GALS. Elle a commencé les formations seule, puis son mari s’y est rendu aussi et ils ont appris comment prendre des décisions sur les principaux biens de la famille et à se concerter pour les dépenses et le travail. « Ce que j’ai aimé, c’est que c’est une formation qui soude les personnes séparées et qui s’occupe des cœurs. (…) Je ne croyais pas que là où j’avais échoué, le GALS allait réussir. » Par la suite, les voisins de Goretti, qui connaissaient ses problèmes, ont été surpris du changement qu’ils observaient et, plusieurs d’entre eux, hommes et femmes, ont rejoint la classe GALS de Goretti.

Et en Belgique ?

Cetteméthode utilisée au Burundi peut nous inspirer ici, en Belgique, où des progrès en matière d’égalité de genre sont encore à faire. On le voit dans le partage des tâches domestiques : chez nous, 81% des femmes effectuent quotidiennement ces tâches, contre seulement 33% des hommes6Chiffres de 2020. Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. igvm-iefh.belgium.be. La charge mentale d’un ménage repose encore majoritairement sur la femme. Sans oublier le masculinisme qui se répand sur les réseaux sociaux et touche particulièrement les adolescents, prônant sans complexe un retour à la domination masculine et aux rôles traditionnels. Une tendance soutenue par les partis d’extrême droite qui gagnent du terrain, en Europe comme aux États-Unis.

De même, au niveau des revenus, les inégalités de genre persistent. Dans le monde agricole, alors que le statut de « conjoint·e-aidant·e » devait permettre une reconnaissance du travail des femmes et une meilleure protection juridique, le terme lui-même maintient une hiérarchie des rôles.

Au Burundi, où la majorité de la population vit de l’agriculture, les pratiques agroécologiques se répandent de plus en plus. Ce type d’agriculture aborde notamment, dans sa dimension sociale, l’égalité de genre7Pour les différentes dimensions de l’agroécologie, voir « Les principes de l’agroécologie », CIDSE, 2018, FR_Les_Principles_de_lAgroecologie_CIDSE_2018.pdf. En Belgique, au Burundi et ailleurs dans le monde, ce sont principalement les femmes qui pratiquent l’agroécologie, attirées par la durabilité des pratiques et le respect accordé à la terre. Cependant, malgré leur rôle central pour une transition responsable de nos sociétés, elles sont encore souvent confrontées au sexisme et au machisme régnant dans le milieu agricole8Voir « Cultiver la terre, pas le sexisme », Eloïse Tuerlinckx, analyse, Entraide et Fraternité, 2024. Cultiver la terre, pas le sexisme : le potentiel de l’agroécologie.

Finalement, si les stéréotypes et le sexisme persistent, les méthodes pour les combattre se perfectionnent elles aussi. La méthode GALS, comme le féminisme, nous rappelle que ce n’est pas en nous opposant les un·es aux autres que nous parviendrons à faire progresser la société, mais bien en agissant collectivement. Éduquer et apprendre ensemble, agir ensemble, se montrer inclusif et faire front commun, c’est ainsi que nous pourrons bâtir une société plus juste et plus égalitaire où chacun·e peut trouver sa place.

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